Lois et légitimité, par Régis Chamagne

Article de Régis Chamagne

En ces temps où de nombreuses lois sont votées, au nom du peuple français, pour le profit de quelques-uns et au détriment de la multitude, il est nécessaire de se demander si ces lois sont légitimes et quelles sont les conditions de leur légitimité. Doit-on respecter la loi ? Sous quelles conditions ? Après tout, en 1942, sous le régime pétainiste, il y avait aussi des lois… anti-juives entre autres…

Aux origines de la justice

Dans son livre La violence et le sacré, René Girard explique comment les sociétés primitives régulaient la violence au sein du groupe social, puis comment est née la justice moderne dans la Grèce antique, à Athènes plus précisément.

Rompant avec les polémologues de son époque, René Girard postule que la violence est consubstantielle à l’homme et à l’humanité, et que les sociétés ont toujours essayé de la juguler par la mise en place de procédés rituels ou institutionnels.

La victime émissaire

Il pose que dans les sociétés primitives, le rite sacrificiel et sa victime émissaire avaient pour objet de détourner la violence de ceux que l’on voulait protéger, c’est-à-dire les siens. D’après lui, le sacrifice est une violence de substitution qui a une fonction sociale de régulation, de baisse des tensions internes au sein d’un groupe social. C’est la substitution d’une violence « pure » à une violence « impure ». Par contre, la vengeance, elle, est dissuasive. C’est parce que l’homme est convaincu que la violence est insupportable qu’il se fait un devoir de la venger. La vengeance constitue donc un dispositif de régulation par la dissuasion. Mais si la dissuasion ne fonctionne pas, alors il n’y a plus de limite à la spirale de la vengeance réciproque.

Au VIIe siècle avant JC, à Athènes, survient ce que René Girard nomme la crise sacrificielle, qui se trouve être au cœur de la tragédie grecque. La crise sacrificielle est la perte de différence entre violence impure et violence pure. Il y a usure du sacrifice ; le courant ne passe plus. Cette crise prend une forme symétrique. D’ailleurs, d’après Girard, la tragédie grecque peut se définir comme l’opposition d’éléments symétriques, dont le retournement catastrophique du sacrifice est un trait essentiel. Il y est souvent question de la décadence du sacrifice et de son impuissance à purifier l’impur.

Dracon aux origines de la justice moderne

C’est alors que Dracon propose un procédé institutionnel pour remplacer le procédé rituel de la victime émissaire, devenu inopérant à juguler la violence au sein de la société athénienne. Vers 621 avant JC, il édicte les premières lois écrites, identiques pour toutes les classes sociales. Il supprime l’autorité du patriarche du Génos et surtout la vengeance privée. Les pauvres ne sont plus jugés selon le bon plaisir des Eupatrides. Dracon fait aussi la distinction entre le meurtre volontaire et l’homicide involontaire. Dans le contexte de violence de cette époque, Dracon veut retirer aux familles puissantes l’envie de se venger, en leur donnant l’assurance que le coupable d’un délit sera plus sévèrement puni par la société que par eux-mêmes ! La justice de Dracon se veut implacable, et de là vient l’adjectif draconien.

L’idée centrale du système judiciaire draconien est qu’il s’accapare la vengeance pour arrêter la montée aux extrêmes. De privée, la vengeance devient publique et institutionnelle ; elle s’exerce au nom de la collectivité. Bien qu’il n’existe pas de différence de nature entre les deux vengeances, il existe une différence d’ordre social. Le système judiciaire peut donc s’en prendre au coupable, mais rationalise la vengeance au point de pouvoir sortir du cercle vicieux. L’idée de génie de Dracon, de créer une asymétrie d’ordre social entre le justiciable et la justice, fait qu’aujourd’hui, en France par exemple, la justice est rendue au nom du peuple français.

Logiquement, puisque la justice est rendue au nom du peuple, les lois doivent être décidées au nom du peuple. C’est ainsi que la naissance de la démocratie suit l’invention de la justice moderne à Athènes. D’abord embryonnaire, elle se consolide en 594 avant JC grâce à Solon.

De la légitimité de la loi

L’histoire des origines de la justice et de la démocratie nous montre à quel point les deux sont liées. Il peut certes y avoir de la justice sans démocratie mais il ne peut pas y avoir de démocratie sans justice, fonction régalienne par excellence, puisque la démocratie découle de la justice.

Depuis Dracon, le champ de la justice s’est certes considérablement élargi et dépasse aujourd’hui de loin le simple domaine de l’homicide et de la vengeance. Néanmoins, le principe fondateur demeure : puisque les contrevenants à la loi sont punis, au nom du peuple français, alors les lois doivent être absolument, ontologiquement, écrite pour le bien commun des Français. C’est la condition sine qua nonpour que l’asymétrie d’ordre social que Dracon a créé entre le justiciable et la justice ait un sens et une valeur.

Une loi, pensée, écrite et imposée, pour le profit d’une poignée de privilégiés au détriment du reste du peuple français, n’est pas véritablement une loi, au sens draconien du terme ; c’est une contrainte de type maffieux, c’est un racket. D’autant plus quand ce racket nous est imposé par des maffias supranationales.

Ainsi, les lois de privatisation entrent-elles dans la catégories des lois-racket. Dans mon livre Relève-toi, j’écrivais, à propos de la privatisation des autoroutes : « Ils ont été financés par un emprunt d’État, si bien que pendant le temps du remboursement de cet emprunt, le prix du péage servait pour partie à rembourser l’emprunt et pour partie à entretenir les autoroutes. À partir du moment où l’emprunt fut remboursé le prix du péage aurait dû normalement diminuer d’au moins la moitié pour ne plus servir qu’à l’entretien. Et c’est à ce moment que les traîtres qui nous gouvernent décidèrent de privatiser les autoroutes pour une bouchée de pain. Et depuis, le prix du péage ne cesse d’augmenter. » Ce raisonnement est évidemment valable pour toutes les lois de privatisation. J’ajoute que cela est criminel dans le cas de la privatisation de nos systèmes de santé, d’éducation et de retraites.

Je ne vais pas commenter toutes les lois-racket émises depuis un an. Les médias alternatifs et autres blogs en rendent compte régulièrement. Constatons simplement que Micron-Jupiler est là pour finir le boulot d’assujettissement du peuple français à la finance apatride. Avec Sarkozy et Hollande, nous avions eu deux sous-préfets à l’Élysée : la version petit-excité-à-Ray-Ban et la version gros-mou-à-scooter. Avec Micron-Jupiler, nous avons un majordome à l’Élysée : il en a l’allure et le caractère, soumis à ses maîtres. Sarkozy avait bien commencé le travail ; Hollande, un moment libre par rapport à la critique des syndicats et associations de gauche, a poussé le bouchon ultralibéral plus loin et plus vite. Micron-Jupiler est là pour finir ce qui a été commencé et c’est ainsi que nous assistons à une blitzkrieg législative contre le peuple français, dans absolument tous les domaines de la vie en société.

La force à la loi

Dans une société correctement organisée, quand les lois concourent effectivement au bien commun, la force à la loi, celle qui contraint les contrevenants au bien commun, est bien acceptée par le peuple. Les forces de l’ordre, et plus généralement les fonctionnaires chargés de faire appliquer la loi, sont considérées avec bienveillance, voire sympathie.

Quand les lois sont, comme aujourd’hui, des privilèges accordés à une caste maffieuse au détriment de la multitude, ceux qui sont chargés de les faire appliquer sont considérés par le peuple, à leur insu, comme des collabos. Cette réaction est structurelle, elle est d’ordre biologique. Rien à voir avec la personnalité des fonctionnaires.

Disons-le différemment :

  • quand la loi est légitime la force à la loi l’est également ;

  • quand la loi est illégitime, la force à la loi n’est plus la force, c’est la violence.

Conclusion

Je vais conclure par une note d’espoir, en reprenant la dernière phrase de mon livre : « Il se pourrait que dans un avenir assez proche, les fonctionnaires, et particulièrement ceux qui détiennent une part de la violence légitime d’État – policiers, gendarmes et militaires – aient à choisir entre leur devoir d’obéissance à la classe politicienne française sous la coupe de l’oligarchie financière anglo-saxonne et ce que pourrait leur dicter leur conscience d’Hommes libres au service de la patrie et du peuple français. »

Espérons !

Régis Chamagne

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