L’Italie sauve la dignité de l’Europe face aux intimidations américaines à l’encontre du Venezuela

C’est comiquement ironique. La France vient de rappeler son ambassadeur de Rome après la prétendue « ingérence » de l’Italie dans les affaires politiques intérieures françaises. C’est au même moment que la France et d’autres Etats européens se joignent à une campagne effrontée des Etats-Unis pour renverser le président élu du Venezuela, Nicolas Maduro. L’ironie n’est pas plus compliquée que ça.

La querelle entre la France et l’Italie n’est que la dernière d’une longue dispute entre le président français Emmanuel Macron et le gouvernement de coalition nouvellement élu à Rome. Le gouvernement italien est une coalition improbable entre le Mouvement des cinq étoiles de gauche (M5S) et un parti de droite, La Lega (La Ligue).

Les deux partis sont très critiques à l’égard de la classe politique européenne et des politiques capitalistes néolibérales qu’incarne l’ancien banquier français Rothschild, devenu président Macron.

Rome a également critiqué la France pour sa responsabilité dans la création de problèmes d’immigration massifs pour l’Europe et l’Italie, notamment à travers les interventions militaires criminelles de Paris, avec les Etats-Unis et d’autres puissances de l’OTAN, au Moyen Orient et en Afrique du Nord.

Les événements ont atteint leur paroxysme cette semaine lorsqu’il est apparu que le vice-Premier ministre italien Luigi Di Maio (et le dirigeant de M5S) avait rencontré des membres du mouvement de protestation des gilets jaunes en France. Le mouvement des gilets jaunes a organisé des manifestations à l’échelle nationale au cours des 12 dernières semaines pour protester contre les politiques économiques de Macron et ce qu’ils appellent son mode élitiste de gouvernement. Di Maio et l’autre vice-premier ministre italien Matteo Salvini (leader de la Ligue) ont ouvertement soutenu les manifestants français, auxquels ils s’identifient comme faisant partie d’une révolte populaire en Europe contre l’austérité néolibérale.

Réagissant aux informations faisant état de contacts entre le gouvernement italien et les manifestants français, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a déclaré qu’il s’agissait d’une « ingérence scandaleuse » dans les affaires intérieures de son pays. Le conflit s’est encore aggravé après que la France a rappelé son ambassadeur de Rome. La dernière fois que cela s’est produit, c’était en 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit d’une rupture majeure dans les relations entre deux des membres fondateurs de l’UE.

C’est ici que l’ironie se transforme en farce. La France se déchaîne avec rage contre l’ingérence présumée de l’Italie dans ses affaires souveraines alors que le gouvernement français est partie prenante à un effort international mené par les Etats-Unis pour provoquer un changement de régime au Venezuela. L’arrogance hypocrite n’a pas de prix.

Cette semaine, la France et plusieurs autres membres de l’UE, dont l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Espagne et les Pays-Bas, ont annoncé qu’ils « reconnaissaient » un président autoproclamé au Venezuela. Juan Guaido, figure marginale de l’opposition, s’est déclaré « président par intérim » du pays d’Amérique du Sud le 23 janvier. Il existe des liens bien établis entre Guaido et son parti d’extrême droite d’opposition à la CIA américaine. Le mouvement de délégitimation du président élu, Nicolas Maduro, a été orchestré par l’administration Trump. Il s’agit d’une manœuvre illégale flagrante de changement de régime qui viole la Charte des Nations Unies et le droit international. Le gouvernement socialiste de Maduro et la richesse pétrolière naturelle de la nation – les plus grandes réserves connues de la planète – sont des cibles évidentes pour Washington et le capital européen.

La Russie, la Chine, l’Iran, la Turquie, ainsi que certains pays d’Amérique latine, dont le Mexique, le Nicaragua, la Bolivie et Cuba, ont dénoncé à juste titre cette ingérence dans les affaires souveraines du Venezuela. La demande de Washington pour que Maduro se retire sous la menace d’une invasion militaire américaine est une démonstration stupéfiante d’agression impérialiste. Mais le gangstérisme international est l’apanage de certains États européens, principalement la France, qui donnent un vernis de légitimité à l’ensemble de cette affaire honteuse.

L’Italie est l’un des rares États membres de l’UE à avoir refusé de participer à la campagne criminelle menée par les États-Unis pour un changement de régime au Venezuela. Le gouvernement italien a empêché l’UE de publier une déclaration politique commune appelant à la reconnaissance du Guaido comme « président » à la place de Maduro. Les puissances européennes qui s’engagent dans la violation du Venezuela par Washington doivent le faire de leur propre chef, et non au nom de l’UE.

La position de principe de l’Italie, aux côtés de la Russie et de la Chine, pour défendre la souveraineté du Venezuela est une adhésion louable au droit international. En ne permettant pas à l’UE d’être associée aux projets sournois américains, c’est un revers vital pour les manigances de Washington.

Ainsi, le gouvernement italien a sauvé l’UE d’une déconsidération totale. Il est déjà assez grave que certains membres comme la France s’engagent dans le gangstérisme dirigé par les États-Unis contre le Venezuela, mais au moins l’action de blocage de l’Italie a empêché l’UE en tant que bloc d’être complice.

Si le principe fondamental de non-ingérence dans les affaires souveraines des États-nations n’est pas respecté, c’est tout le système du droit international qui s’effrite. Ce principe a été violé à de nombreuses reprises ces dernières années, notamment lors de guerres illégales menées par les États-Unis et leurs partenaires de l’OTAN au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Mais le dernier épisode de changement de régime au Venezuela est peut-être le plus audacieux à ce jour. Washington et ses laquais européens sont résolus à abolir le mandat démocratique du président Maduro et la décision de la Cour suprême du Venezuela.

Washington et ses pathétiques complices européens ouvrent une boîte de Pandore de l’anarchie mondiale s’ils s’en tirent avec leurs brimades criminelles contre le Venezuela.

La Russie, la Chine, l’Italie et d’autres pays tiennent essentiellement la ligne entre un semblant d’ordre et un chaos sans entraves.

On peut considérer le contact du vice-premier ministre italien avec les manifestants français comme une politique peu judicieuse. Mais quelle que soit l’erreur que l’Italie ait pu commettre à cet égard, elle est négligeable par rapport à l’arrogance et à la criminalité stupéfiantes de la France et d’autres États européens dans leur violation de la souveraineté du Venezuela. L’arrogance de la réaction de la France face à la prétendue ingérence de l’Italie cette semaine est un spectacle à ne pas manquer.

Au contraire, l’Italie mérite les applaudissements et le respect pour avoir dénoncé l’hypocrisie de la France et d’autres candidats néocolonialistes européens.

Un aspect amer de l’ironie est que le président français et les autres méprisent la démocratie et le droit international, non seulement au Venezuela, mais envers leur propre peuple.

Source : Strategic-Culture


À l'attention de nos lecteurs:
  • Soverain a réalisé cette traduction d'article pour vous faire partager un point de vue bien souvent non abordé par nos médias francophones. Les propos tenus par l'auteur ne reflètent pas forcément la ligne éditoriale de Soverain; dès lors qu'un article traite un sujet de façon intéressante, cohérente et vérifiée, il a sa place sur notre site.
  • Tous les articles/auteurs ayant un parti-pris, nous attirons votre attention sur le fait, qu'ici comme ailleurs, vous devez faire preuve d'esprit critique, et croiser plusieurs sources d'informations pour vous faire un avis personnel sur un sujet/événement.
  • Cet article est soumis à la licence [Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International], vous pouvez donc le reproduire à des fins non commerciales.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.