L’Italie dans le doute ? Rome envisage de réduire son objectif de déficit à 2,1%

Article paru sur ZeroHedge, traduit par Soverain

Dans ce qui pourrait être la confirmation que les récents remous autour des obligations italiennes aient pu effrayer le gouvernement de coalition italien et l’amener à « douter » de sa position face à la Commission européenne, le journal Il Foglio rapporte que « certains conseillers économiques » pousseraient les coalisés à réduire la dette cible pour 2019 suite aux pressions de Bruxelles.

Plus précisément, le journal cite des sources anonymes selon lesquelles certains conseillers de la Ligue et du Mouvement Cinq Étoiles (M5S) seraient en faveur d’une réduction de l’objectif de déficit, actuellement prévu à 2,4 %, dont 2,1 % serait considéré comme un compromis envisageable.

Pour rappel, hier, la Commission rejetait le budget proposé par l’Italie, le qualifiant d’excessif, et les déviations par rapport aux directives européennes étaient « sans précédent ».

Dans le même temps, les tensions au sein de la coalition au pouvoir s’intensifient, le vice-premier ministre italien, M. Salvini, a interrompu ses interventions dans le nord de l’Italie, où son parti participera aux élections régionales dimanche, pour retourner à Rome s’occuper de la confrontation avec l’Europe.

Bloomberg a indiqué que M. Salvini s’était disputé avec son partenaire de coalition, Luigi Di Maio, sur la politique fiscale, pendant que les marchés italiens dégringolaient ce vendredi, l’Union européenne s’apprêtant à rejeter le budget 2019. Concrètement, Di Maio a accusé le parti pro-business de Salvini, la Ligue, d’avoir secrètement édulcoré une proposition d’amnistie fiscale qu’il n’avait acceptée qu’à contrecœur. Salvini a nié tout ce qui s’est passé et revient du Trentin, non loin de la frontière avec l’Autriche, pour aborder la question lors d’une réunion du cabinet à Rome, samedi à 13 heures.

« Nos ennemis sont à l’extérieur, et non à l’intérieur du gouvernement, parlons-en en famille », a déclaré Salvini dans une vidéo en direct sur Facebook. « Certains législateurs Cinq Étoiles agissent comme s’ils s’opposaient au gouvernement », a-t-il ajouté.

L’administration a été la cible de critiques de la part des investisseurs et de l’UE. Avec la hausse des taux obligataires, le programme de dépenses 2019 a été attaqué par plusieurs dirigeants européens lors d’un sommet à Bruxelles cette semaine, alors que la Commission européenne avertissait qu’un projet de budget ne serait pas approuvé.

« Si un pays enfreint ces règles et que l’Italie s’écarte de Maastricht, cela signifie que l’Italie se met en danger et, bien sûr, met en danger les autres », a déclaré vendredi le chancelier autrichien Sebastian Kurz à la presse, se référant au traité de Maastricht qui gouverne la monnaie unique. « Nous, en tant qu’Union européenne, ne sommes pas prêts à prendre ce risque. »

Les marchés n’ont pas tardé à punir l’Italie dès vendredi matin, l’écart entre les obligations italiennes et allemandes à 10 ans atteignant jusqu’à 341 points de base sur cinq ans ce vendredi, après l’échec du premier ministre Giuseppe Conte à convaincre ses partenaires européens que l’Italie devrait être autorisée à faire fi du règlement budgétaire de l’UE.

Même si Di Maio et Salvini ont tous les deux exclu d’apporter des changements au budget, cherchant à tenir leurs promesses électorales, y compris un « revenu citoyen » pour les pauvres, des réductions d’impôts et un âge de retraite plus bas, ils se disputent sur le projet d’amnistie fiscale.

Di Maio déclarait ce mercredi que quelqu’un avait changé le libellé du projet de décret du gouvernement pour permettre aux Italiens de contourner la limite de 100 000 euros (115 000 dollars) que son parti avait demandé avec insistance. La Ligue avait réclamé un plafond de 1 million d’euros, selon la presse locale, et Di Maio montrait clairement du doigt l’équipe de Salvini.

Par ailleurs, le Premier ministre Conte a déclaré dans un message sur Facebook que le débat entre les différents groupes de la coalition était parfois « vif », mais que le gouvernement a « fait preuve de sa capacité à travailler en équipe « . Cependant, les tensions croissantes au sein de la coalition jettent le doute sur le fait que les plus grands ennemis de l’Italie soient bien « extérieurs » et que l’absence de compromis ne conduira pas à un effondrement du gouvernement populiste encore jeune.

ZeroHedge

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