L’Inde et la Russie sur le point de signer un accord sur les armes de destruction massive

Article paru sur Strategic Culture, traduit par Soverain

La Russie conserve une forte présence sur le marché indien des armes. Delhi a travaillé avec Moscou pour développer le BrahMos, un missile de croisière supersonique antinavire et d’attaque terrestre. L’Inde utilise également le système de défense aérienne S-300 de la Russie, son porte-avions INS Vikramaditya y est fabriqué et elle utilise des avions russes. La liste des armes russes utilisées par l’armée indienne est très longue. Ces pays ont presque 60 ans d’histoire de coopération militaire, mais ces dernières années, New Delhi s’est tournée vers l’achat d’armes produites aux États-Unis. Moscou a perdu quelques appels d’offres au profit des États-Unis et de la France. Il semble maintenant que la situation s’apprête à changer pour la Russie, elle se remettra sur pied après quelques accords décisifs.

L’Inde est en train de finaliser les négociations avec la Russie pour l’achat de 48 hélicoptères de transport Mi-17-V5 supplémentaires. Selon Jane’s, l’accord devrait être signé au début du mois d’octobre lors de la visite du président russe à Delhi. L’accord proposé comprend également une obligation de compensation qui exige que tous les fournisseurs investissent 30 % de la valeur contractuelle globale de tous les achats militaires de plus de 290 millions de dollars dans le budget de la défense indien. Les Mi-17-V5 supplémentaires sont destinés à compléter les 151 que possèdent déjà l’Inde. Au total, plus de 400 hélicoptères de fabrication russe seront en service en Inde. On ne sait pas encore si les Mi-17-V5 seront armés.

Chaque Mi-17V-5 indien est équipé d’un système de navigation complexe et d’une suite avionique KNEI-8. Selon l’Indian Express, la multitude d’indicateurs pour divers systèmes d’information a été remplacée par quatre écrans multifonctions. Le KNEI-8 permet également de réduire le temps d’inspection avant le vol.

Le Mi-17-V5 blindé peut fonctionner par mauvais temps, de jour comme de nuit, dans toutes les conditions climatiques, en effectuant simultanément des missions de transport et d’assaut. Son armure lourde de protection est un avantage. En 2013, un Mi-17 syrien a été touché par un missile air-air lancé par un chasseur turc. L’hélicoptère a survécu assez longtemps pour permettre à ses pilotes de sauter au-dessus d’un territoire ami et d’éviter ainsi la capture.

Avec un poids maximum au décollage de 13 000 kg, il peut transporter jusqu’à 36 soldats lourdement armés ou 4 000 kg de fret à l’intérieur de la cabine, avec une charge utile supplémentaire de 4 500 kg attachée à une élingue extérieure. Deux turbomoteurs TV3-117BM ou VK-2500 d’une puissance maximale de respectivement 2 100 shp ou 2 700 shp assurent un meilleur service et une meilleure performance à haute altitude par temps chaud. Ces moteurs modernes et puissants augmentent considérablement la capacité de l’hélicoptère à transporter des charges lourdes et encombrantes, en particulier dans les hauteurs et les montagnes indiennes. L’hélicoptère peut être armé de missiles antichar Shturm-V, de roquettes S-8 et de plusieurs mitrailleuses de différents calibres pour engager des véhicules blindés personnels, des installations au sol et d’autres cibles fixes et mobiles. Sa vitesse maximale est de 250 km/h et son autonomie standard est de 580 km. Cette autonomie peut être portée à 1 065 km avec deux réservoirs de carburant auxiliaires. Son altitude maximale est de 6 000 m.

Les États-Unis ont versé 1 milliard de dollars à la Russie pour fournir des Mi-17 aux forces de sécurité afghanes. Les aviateurs de l’armée de l’air afghane les préféraient aux hélicoptères américains. Le dernier lot a été livré en 2014.

Avant 2014, l’Inde avait étudié la possibilité d’acheter 12 hélicoptères de luxe AgustaWestland AW101 italiens pour ses VIP, mais l’accord a été abandonné suite à plusieurs scandales de corruption. En conséquence, leurs VIP ont des Mi-17-V5 russes.

En décembre, Delhi et Moscou ont convenu de produire 200 hélicoptères russes légers et polyvalents Ka-226T en Inde. Le contrat comprend l’entretien, l’exploitation, la réparation des hélicoptères et le soutien technique.

Il faut noter que les informations concernant l’accord sur les Mi-17-V5 sont apparues quelques heures seulement après que le Congrès américain ait annoncé l’accord entre la Chambre et le Sénat au sujet du projet de loi sur l’autorisation de la défense nationale (NDAA) pour l’année fiscale 2019. Cette loi permet des dérogations en vertu du Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act (CAATSA) pour l’Inde, le Vietnam et l’Indonésie (des pays achetant de l’équipement militaire russe) à condition qu’ils prennent des mesures pour se débarrasser de ces produits. La Turquie ne fait pas partie de ceux qui sont exemptés de cette « punition ».

L’Inde est déterminée à acquérir le célèbre système de défense aérienne S-400 de la Russie. C’est une question qui préoccupe les États-Unis. L’Inde peut payer des milliards pour les armes dont elle a besoin, mais l’achat du système n’a rien à voir avec la disposition de la Loi d’autorisation de la Défense nationale (NDAA) qui prévoit des dérogations pour ceux qui essaient de réduire et, éventuellement, de mettre fin à leurs achats de systèmes fabriqués en Russie. Delhi n’a jamais déclaré avoir une telle intention. Le ministre indien de la Défense Nirmala Sitharaman estime que « le CAATSA ne peut pas avoir d’impact sur la coopération entre l’Inde et la Russie en matière de défense ». La dernière réunion américano-indienne, entre les chefs des affaires étrangères et ceux de la défense, qui devait se tenir le 6 juillet, a été unilatéralement annulée par les Etats-Unis. Si le CAATSA crée des obstacles dans les relations entre les États-Unis et l’Inde, Washington perdra un marché lucratif et un partenaire important, sans rien gagner en retour.

L’Arabie saoudite, le Qatar et le Maroc négocient actuellement avec la Russie pour l’achat du S-400. Seront-ils également sanctionnés en vertu du CAATSA, ce qui rendrait l’Iran très heureux ? Qu’en est-il de l’Algérie, qui a acheté la moitié de toutes les armes russes vendues en Afrique et qui s’intéresse de plus en plus à d’autres achats ? Les Etats-Unis sanctionneront-ils les Philippines, ancien allié, pour avoir acheté des lance-grenades à Rosoboronexport ?

Le projet de loi NDAA 2019 n’inclut pas les États-Unis dans la liste des pays auxquels des dérogations doivent être accordées. Cela signifie que les États-Unis eux-mêmes devraient être sanctionnés pour avoir violé la loi CAATSA en continuant d’acheter des moteurs de fusée russes RD-180 et RD-181 dont la United Launch Alliance ne peut se passer pour propulser la fusée Atlas 5, utilisée pour les lancements du gouvernement américain. C’est un argument fort qui pourrait être utilisé par ceux qui font l’objet d’une attaque américaine pour achat d’armes et de technologies à la Russie.


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