Les troubles de Merkel ont commencé en Syrie et se terminent en Italie

Article de Tom Luongo traduit par Soverain

On dirait bien que nous entrons dans la fin du « Merkelisme » en Europe. La chancelière allemande Angela Merkel approche de ses derniers jours à ce poste.

Que ce soit la semaine prochaine ou à la fin de cette année, nous assisterons à un changement sans précédent de la politique européenne à cause de l’insistance de Merkel à accueillir des millions de réfugiés syriens et nord-africains et du chaos engendré par les actions agressives et insensées de la politique étrangère des États-Unis, soutenue par l’UE.

De la destruction de la Libye à la « guerre civile » organisée en Syrie, le déplacement de millions de personnes a été créé à partir du désir de déstabiliser toute la région pour le bien des Etats-Unis et de ses alliés dans la région : l’Arabie Saoudite et Israël. La Jordanie, la Turquie et le Qatar étaient impliqués à l’origine mais ont depuis quitté le navire au lendemain de l’intervention Russe en Syrie.

La détresse politique actuelle de Merkel découle de son incapacité à accepter les enchaînements d’événements qui nous ont menés à ce point. Tous les problèmes de l’Europe découlent maintenant de la confrontation de ces désastres de politique étrangère et de la dégradation économique de la zone euro en raison de la structure défectueuse de l’euro lui-même.

Et l’acharnement de l’alliance États-Unis/Arabie Saoudite/Israël à vouloir fabriquer une victoire en Syrie, qui échappe clairement à leur contrôle pour le moment, ne fait que resserrer la corde autour du cou de Merkel.

Laissez-moi vous expliquer.

En bref, une tempête parfaite sévit actuellement en Europe à cause d’un certain nombre de politique convergentes en ce moment. Ils sont les suivants :

1. Le fait que chaque pays maintienne une banque centrale différente pour émettre des dettes souveraines libellées en euros est la principale cause de l’enrichissement de l’Allemagne et du bloc du Nord, comme les Pays-Bas, et de l’appauvrissement du reste de l’Europe : Portugal, Espagne, Italie et Grèce, pour ne citer qu’eux.

2. Cela a mal évalué le risque des prêts en supposant un filet de sécurité allemand via la BCE et la Bundesbank.

3. Comme l’euro a augmenté dans les années 2000 la valeur réelle de la dette émise par ces pays est monté en flèche. Cela a détruit leur situation fiscale et a forcé une restructuration de leur dette, ce qui n’a fait que rallonger le problème.

4. La troïka du FMI, de la BCE et de l’UE, dirigée par l’Allemagne, a exigé de nouveaux prêts à ces pays avec des « conditions faciles » pour rembourser leurs anciens prêts, mais n’a jamais réglé le problème sous-jacent parce que… eh bien… le keynésianisme.

5. Pour obtenir ce « secours » de la Troïka, ces pays ont dû accepter des mesures d’austérité onéreuses et politiquement impopulaires qui visaient les déficits budgétaires sans pour autant réformer l’euro et parvenir à une quelconque croissance.

6. Ceci a alimenté la montée du populisme à travers l’Europe provoquant les retours en force du Mouvement Cinq Étoiles en Italie, de Syriza en Grèce et de l’UKIP au Royaume-Uni.

7. Le désastre économique de l’Europe a atteint son paroxysme avec le terrible effondrement de la dette grecque en 2015 qui révéla son vrai visage d’empereur bienfaisant à l’Allemagne et montra Merkel et son homme de main, le ministre des Finances Wolfgang Schauble, comme les oligarques rapaces qu’ils sont.

8. Pendant ce temps, les États-Unis ont entrepris le renversement d’Assad en Syrie en 2012, qui, au début de 2015, avait déplacé des millions de personnes dans des pays comme la Turquie, qui, à l’invitation de Merkel, a commencé à les expédier en Europe pour qu’elle puisse ensuite jouer Mère Thérèsa aux yeux du monde entier devant les « fatigués et affamés, désireux de respirer librement » ou d’autres absurdités de ce genre.

9. Suite à l’arrivée de tous ces réfugiés en Europe, les pays qui étaient sous austérité de la Troïka ne reçurent aucune aide de leur part. Merkel et al. ont insisté pour qu’ils les acceptent tout en respectant les restrictions budgétaires strictes qui leur étaient imposées par le programme de prêts usuriers de Merkel.

10. En 2017, la révolte contre les migrants en Europe occidentale a vu le renversement tout les partis au pouvoir. Merkel perdait des alliés à gauche et à droite. Cela continue aujourd’hui.

11. Les élections italiennes se sont terminées par une coalition hostile à son égard, tandis que ses propres élections l’ont laissée sans grand soutien au sein du Bundestag et vulnérable à une motion de défiance sur la politique d’immigration, ce qui est le cas aujourd’hui.

12. Le président Trump attaque le statut de l’Allemagne en tant que rentier de l’UE à travers les deux tarifs douaniers sur les principales exportations de l’Allemagne vers les États-Unis ainsi que son refus d’honorer son engagement envers l’OTAN sur les dépenses de défense.

13. Les États-Unis et Israël continuent de traîner leurs pertes en Syrie en s’opposant à toute nouvelle consolidation du pouvoir du président Assad en espérant conserver suffisamment de territoire pour que la Syrie reste une plaie ouverte avec laquelle faire la une des journaux tout en contrariant l’Iran et la Russie.

C’est le dernier point, cependant, sur lequel je veux me concentrer maintenant. Merkel est maintenant piégé par cette situation. Il n’y a pas de « troisième voie » pour s’en sortir. Les gens qui la soutiennent, le clan Soros, veulent un afflux continu de migrants en Europe.

Ceux qui s’opposent à Trump au niveau national se lient politiquement pour le garder en Syrie aussi longtemps que possible. Chaque fois qu’il parle de sortir de Syrie, il se produit un autre faux drapeau.

À l’heure actuelle, l’armée arabe syrienne (AAS) a commencé sa campagne pour reprendre la partie sud-ouest de la Syrie autour de Dara’a, ce que les États-Unis et Israël protestent avec véhémence. Est-ce que la protestation est réelle ou est-ce juste un peu de théâtre ?

Tant que les troupes iraniennes ne sont pas impliquées, ce n’est probablement que du théâtre. Mais, en même temps, comme nous le voyons dans cet article de Moon of Alabama, les États-Unis brouillent les cartes dans le sud-est, près de Deir Ezzor et de la frontière irakienne.

Ce qui est intéressant à ce sujet, c’est que l’AAS semble repousser la zone de désengagement unilatéral déclarée autour de la base américaine d’Al-Tanf, près de la frontière entre l’Irak, la Jordanie et la Syrie.

La campagne de Trump en Syrie va au-delà de la simple tentative de changement de régime en Iran. Cela fait aussi partie de son travail de pression pour imposer de réels changements en Europe. En gardant la Syrie en désordre, avec de multiples régions du pays instables, cela met encore plus de pression sur l’Europe pour qu’elle s’occupe des problèmes potentiels de migration.

Ce matin, dans le cadre de sa campagne électorale en Turquie, le président Erdogan s’est engagé à renvoyer les réfugiés syriens en Turquie chez eux. Mais où, exactement ?

Merkel elle-même, en soutien à sa politique, s’est rendue au Liban où se trouvent des millions de réfugiés syriens et a déclaré que la Syrie n’était pas assez stable pour qu’ils puissent rentrer chez eux.

Vous voyez ce que je veux dire ?

Cela dit, toute modification importante de la position militaire des États-Unis en Syrie changera cela en un battement de cil. La source principale de l’instabilité en Syrie prendrait fin et la vie pourrait commencer à revenir à la normale.

Malheureusement, cela ne sert pas les objectifs de l’élite au pouvoir ni leurs collabos, comme Merkel. Cette folie va donc continuer jusqu’à ce que cela ne soit plus possible et quelque chose de radical changera.

Merkel n’a plus d’alliés. Macron, en France, veut prendre sa place en tant que leader de l’UE, alors il soutiendra les États-Unis en Syrie.

C’est maintenant l’Italie qui a l’avantage sur elle. Ils ne peuvent pas se prononcer contre les États-Unis en Syrie lorsqu’ils ont besoin de l’aide de Trump contre Merkel. Ainsi, la question de l’immigration restera sur le devant de la scène assez longtemps pour que Merkel soit retirée du pouvoir et qu’elle obtienne le soutien du nouveau gouvernement.

De son côté, le nouveau plan de restructuration de l’UE par Merkel et Macron serait en faveur de l’Italie, mais il a été fermement rejeté par la plupart des nations créancières, comme on pouvait s’y attendre.

Que les négociations pour l’avenir de Merkel commencent !

Tom Luongo





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