Les tensions qui divisent l’Europe….. Le véritable ennemi est à l’intérieur

Edito de Strategic-Culture, traduit par Soverain

Peu de sommets de l’Union européenne ont été aussi conflictuels et rancuniers que le rassemblement de ses 28 dirigeants nationaux à Bruxelles cette semaine.

La question de l’immigration illégale est le « champ de bataille principal », comme l’a dit le Wall Street Journal. Mais il y a un certain nombre de questions litigieuses, y compris la politique économique de la zone euro et la manière dont le bloc devrait conduire ses relations avec la Russie.

Le président français Emmanuel Macron a déclaré avant le sommet de deux jours à Bruxelles : « Nous avons une crise politique plus qu’une crise migratoire ». Il faisait allusion aux tensions plus profondes au sein de l’UE.

Les dirigeants et les observateurs de l’UE s’inquiètent même du fait que l’Union pourrait se diriger vers une rupture catastrophique, ce que le Brexit qui doit avoir lieu l’année prochaine a préfiguré.

La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré cette semaine qu’il était temps pour l’UE de trouver une solution à son différend épineux sur l’immigration dans le bloc. Mais les tensions qui divisent sont beaucoup plus grandes et plus profondes que cette question.

Le problème avec l’establishment politique de l’UE à Bruxelles, c’est qu’il vit dans le déni des causes fondamentales des divisions croissantes dans le bloc. Cela a été illustré par le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui a déclaré cette semaine que l’Europe doit s’unir pour s’opposer aux « politiques anti-libérales » du président américain Donald Trump.

Il y a une arrogance mal placée parmi les dirigeants de l’UE comme Tusk et Macron en France, selon laquelle le bloc est en quelque sorte un modèle vertueux d’idéaux libéraux, alors que des gens comme Trump et les nouveaux gouvernements « populistes » en Europe sont une sorte de fléau. Macron a même comparé la montée de la politique populiste en Italie, en Autriche, en Hongrie et dans d’autres Etats membres à la « propagation de la lèpre ».

Une telle pensée arrogante pousse l’Europe dans une direction de plus en plus conflictuelle, qui pourrait finir par briser l’union vieille de plusieurs décennies.

La montée des partis populistes peut être mieux comprise comme une véritable révolte populaire, aussi nébuleuse et diffuse soit-elle, contre un establishment européen qui a systématiquement trahi les principes démocratiques.

L’adhésion intransigeante de l’UE au capitalisme néolibéral a causé d’énormes dommages à la majorité de ses 500 millions de citoyens, qu’il s’agisse d’emplois mal rémunérés, de pauvreté au travail, de chômage et d’austérité dans les services publics. Une telle obéissance servile aux priorités capitalistes des entreprises, indépendamment des conséquences sociales plus larges de la pauvreté, a inévitablement forcé un mécontentement populaire à l’égard de la classe politique. Ce qu’il faut c’est réformer l’ensemble du système socio-économique. Pourtant, des dirigeants comme Emmanuel Macron continuent de prendre des mesures d’austérité et d’attaquer les droits des travailleurs.

L’ancien premier ministre polonais Donald Tusk imagine l’Europe comme un bastion du libéralisme. Qu’y a-t-il de si libéral au sein de l’UE depuis des décennies après avoir suivi les guerres illégales des États-Unis au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ? L’UE a du sang sur les mains à cause de sa complicité dans la destruction de nations entières avec Washington. Maintenant que des foules de réfugiés se dirigent vers l’Europe, les dirigeants européens agissent comme s’ils étaient assaillis par des hordes d’étrangers.

Il est vain pour l’UE d’essayer de lancer une dichotomie entre les libéraux, les humanitaires d’une part, et les gouvernements populistes xénophobes d’autre part. C’est en fait l’ancienne faction qui a créé le problème de la migration illégale vers l’UE à partir de leur soutien indéfectible aux guerres impérialistes américaines.

Pour l’UE, vivre dans le déni de sa complicité dans les guerres criminelles tout en essayant d’être le bouc émissaire de gouvernements « anti-libéraux » ne fait que prolonger la crise politique qui corrode le bloc. Le problème de la migration illégale vers l’Europe en provenance du Moyen-Orient et de l’Afrique doit être traité en termes de réparations de guerre et de reconstruction de régions entières. Cela exigera, encore une fois, une rupture fondamentale par rapport aux limites de l’économie néolibérale et à sa soumission aux profits de l’élite.

En ce qui concerne les relations avec la Russie, l’establishment politique de l’UE a également créé sa propre situation difficile en adoptant, encore une fois, des politiques et des antagonismes erronés. Les partis eurosceptiques sont nés d’un mécontentement généralisé parmi les citoyens européens ordinaires au sujet de ce qu’ils considèrent comme une hostilité inutile et provocatrice à l’égard de la Russie. La « OTAN-isation » de l’Europe, qui transforme le bloc en un front hostile à la Russie, fait perdre aux entreprises et aux travailleurs européens leurs gagne-pain.

Les sanctions de l’UE à l’encontre de la Russie qui ont été imposées il y a quatre ans à la suite du conflit ukrainien, très faussé, doivent être révoquées immédiatement. Les craintes permanentes des politiciens alignés sur l’OTAN devraient être répudiées. Les relations entre l’Europe et son plus grand voisin de l’Est doivent revenir à une conduite normalisée, civilisée et mutuellement bénéfique. Il est ridicule, pour ne pas dire consternant, que l’inimitié entre l’Europe et la Russie puisse s’envenimer parce que certains dirigeants de l’UE se sont pliés à Washington et l’agenda de l’OTAN pour la confrontation avec Moscou.

En ce qui concerne la Russie, les gouvernements dits populistes en Europe ont fait preuve de beaucoup plus de bon sens dans leurs appels à la révocation des sanctions contre-productives. Ironiquement, la Britannique Theresa May est l’une des personnes les plus enthousiastes parmi les dirigeants de l’UE qui exigent que les sanctions à l’encontre de la Russie soient renforcées. Ainsi, en guise d’adieu à l’UE, la Grande-Bretagne souhaite que les relations de l’Europe avec Moscou soient encore plus dégradées. Comme c’est pittoresque !

Le sommet de l’UE de cette semaine met à nu les tensions qui divisent l’UE au sujet de l’immigration clandestine, mais aussi au sujet de politiques plus profondes qui sont liées à l’échec démocratique d’une classe politique jusqu’ici dominante. La montée du populisme est perçue comme une révolte populaire contre une gouvernance effrénée et antidémocratique. Il se peut que la révolte n’ait pas encore élaboré une politique clairement définie afin d’apporter des solutions réalisables. Mais une révolte est néanmoins en cours. Le snobisme des politiciens de l’UE est un signe de déni. Cela ne fera qu’exacerber les tensions et risque de faire s’effondrer le bloc.

Ironiquement, la Russie a longtemps été accusée d’essayer de saper l’UE et son alliance avec les États-Unis. L’amertume du sommet de l’UE montre que les problèmes du bloc viennent de lui-même, depuis son soutien aux guerres illégales des États-Unis et le dilemme des réfugiés qui en découle, jusqu’à la poursuite destructrice de l’austérité économique néolibérale par le bloc.

L’ennemi de l’Europe est à l’intérieur sous la forme d’une politique élitiste antidémocratique qui semble viser davantage à satisfaire les intérêts de Washington que les besoins des citoyens européens ordinaires. Si l’Union européenne doit être sauvée, elle doit trouver un système de gouvernance démocratique et véritablement indépendant, libre de toute soumission à Washington.

Article de Strategic-Culture, traduit par Soverain