Les États-Unis défient la Russie d’une guerre nucléaire

Article de Eric Zuesse de Strategic Culture, traduit par Soverain

Maintenant que les États-Unis (avec la coopération de leurs partenaires de l’OTAN) ont transformé les États de l’ex-Union soviétique autres que la Russie en alliés de l’OTAN et ont également transformé les alliés du Pacte de Varsovie de l’Union soviétique en alliés militaires de l’Amérique au sein de l’OTAN, les États-Unis sont en train de serrer la vis directement contre la Russie elle-même, en mettant la Russie au défi de défendre son allié, la Syrie. Les États-Unis avertissent le gouvernement syrien que les territoires syriens, qui sont occupés par les États-Unis et par les forces antigouvernementales que les États-Unis protègent en Syrie, ne sont plus vraiment des territoires syriens. Les États-Unis annoncent qu’il y aura une guerre directe entre les forces armées syriennes et les forces armées américaines si la Syrie tente de rétablir son contrôle sur ces terres. Tacitement, le message de l’Amérique à Moscou est le suivant : le moment est venu pour vous de cesser de défendre le gouvernement syrien, parce que, si vous ne le faites pas – si vous venez défendre la Syrie alors que la Syrie tente de tuer les forces d’occupation (y compris les troupes américaines et les conseillers qui occupent la Syrie) – alors vous (la Russie) serez en guerre contre les États-Unis, même si les États-Unis sont clairement l’envahisseur, et la Russie (en tant qu’alliée de la Syrie) est clairement le défenseur.

Peter Korzun, mon collègue de la Fondation Strategic Culture, titrait le 29 mai : « Le département d’État américain dit à la Syrie ce qu’elle peut et ne peut pas faire sur son propre sol » et il a déclarait :

« Le département d’État américain a mis en garde la Syrie contre le lancement d’une offensive contre les positions terroristes dans le sud de la Syrie. La déclaration indique que l’armée américaine réagira si les forces syriennes lancent une opération visant à rétablir le contrôle du gouvernement légitime sur les zones tenues par les rebelles, y compris le territoire situé au sud-ouest de la Syrie, entre Daraa et le plateau du Golan occupé par Israël. Washington donne des ordres à une nation dont les dirigeants n’ont jamais invité l’Amérique ! L’idée même qu’un autre pays dirait au gouvernement syrien internationalement reconnu qu’il ne peut pas prendre des mesures pour établir un contrôle sur certaines parties de son propre territoire national est absurde et grotesque à n’importe quel point de vue ».

La partie pro-gouvernementale les qualifie de « positions terroristes », mais la partie américaine et alliée, les envahisseurs, les appelle des « combattants de la liberté » (même si la partie américaine a longtemps été dirigée par l’affilié syrien d’Al-Qaïda et s’appuie de plus en plus sur les Kurdes anti-arabes). Mais quels qu’ils soient, les États-Unis n’ont aucune autorité légale pour dire au gouvernement syrien ce qu’il faut faire ou ne pas faire sur les terres syriennes.

La position fondamentale de la Russie, du moins depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, est que la souveraineté de chaque nation sur sa propre terre est la pierre angulaire essentielle sur laquelle la démocratie a le plus de possibilité d’exister – sans cela, une pays ne peut même pas être une démocratie. Le gouvernement américain remet directement en cause ce principe de base et le fait d’ailleurs sur une partie du territoire souverain de la Syrie, allié de la Russie, qui dépend largement de la Russie pour l’aider à vaincre les dizaines de milliers de forces d’invasion et d’occupation.

Si la Russie permet aux États-Unis de prendre le contrôle – soit directement, soit par l’intermédiaire des forces du gouvernement américain liées à Al-Qaïda, soit par l’intermédiaire des forces kurdes anti-arabes – de certaines parties du territoire syrien, alors le dirigeant russe, Vladimir Poutine, sera considéré comme la version actuelle du dirigeant britannique Neville Chamberlain, célèbre, comme le dit Wikipedia, pour « sa signature de l’accord de Munich en 1938, concédant à l’Allemagne la région germanophone du Sudetenland de la Tchécoslovaquie« .

En résumé : M. Poutine devra soit se soumettre, soit respecter les principes démocratiques internationaux fondamentaux, en particulier le principe selon lequel la souveraineté de chaque nation est sacro-sainte et constitue le seul fondement sur lequel la démocratie est même possible d’exister ou d’évoluer.

Cependant, cette situation est loin d’être le seul moyen par lequel le gouvernement américain défie maintenant la Russie à mener une troisième guerre mondiale. Le 30 mai, le journal turc Yeni Safak a titré « Les États-Unis entraînent des groupes armés à la base de Tanf pour un nouveau corridor terroriste » et a rapporté :

De nouvelles organisations terroristes sont créées par les États-Unis à la base militaire de Tanf, dans le sud de la Syrie, qui est dirigée par Washington, où un certain nombre de groupes armés sont formés pour servir de prétexte pour justifier la présence des États-Unis dans ce pays déchiré par la guerre…

Des entraînements militaires sont organisés pour les groupes d’opposition « modérés » à al-Tanf, où les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont des bases.

Ces groupes sont constitués de formations qui ont été mises en place grâce à des financements américains et qui n’ont pas été acceptées sous l’égide de groupes d’opposition approuvés par la Turquie et l’Armée Syrienne Libre.

De Deir Ezzor à Haïfa

Se revendiquant de  » former l’opposition  » à Tanf, les Etats-Unis forment des combattants en donnant l’impression d’être « à égale distance de tous les groupes ».

Outre la soi-disant opposition liée à Al-Qaïda, les terroristes de Daesh [ISIS] amenés de Raqqa, de l’ouest de Deir Ezzor et des hauteurs du Golan sont entraînés dans le camp de Tanf…

Le plan est de transporter le pétrole irakien jusqu’au port de Haïfa [Israël] sur la Méditerranée par Deir Ezzor et Tanf.

En fait, Deir Ezzor est aussi la capitale de la région pétrolière de la Syrie, et donc cette action des Etats-Unis est plus qu’une simple route de transit pour que le pétrole irakien atteigne Israël ; il s’agit aussi (et surtout) d’une tentative de vol du pétrole Syrien.

En outre, le 23 mai, Joe Gould à Defense News a intitulé « La Chambre rejette la limite sur les nouvelles ogives nucléaires » et il a rapporté que la Chambre US, dans le cadre de la « Doctrine nucléaire de l’administration Trump », qui cherche à abaisser le critère de la guerre nucléaire afin d’élargir les types de situations dans lesquelles les Etats-Unis vont « opter pour le nucléaire », a rejeté, par un vote de 226 à 188, une mesure soutenue par le Parti démocrate s’opposant à l’abaissement du seuil nucléaire. Le président Trump veut être autorisé à abaisser le seuil d’utilisation des armes nucléaires dans un conflit. Les nouvelles têtes nucléaires plus petites, une variante « W76-2 », ont 43% de la puissance de la bombe que les Etats-Unis ont lâché sur Hiroshima, mais c’est une « arme nucléaire tactique », ce qui signifie qu’elle est censée être utilisée dans les guerres « conventionnelles », de manière à éliminer complètement le principe méta-stratégique précédent, de « destruction mutuelle assurée » concernant la guerre nucléaire (les armes nucléaires ne sont justifiables que pour empêcher une autre guerre mondiale, pas dans le but d’en gagner une). Une fois qu’une partie a introduit des armes nucléaires dans un conflit militaire, elle a engagé une guerre nucléaire et défie n’importe quel adversaire de se livrer au nucléaire ou de se rendre – la nouvelle doctrine méta-stratégique de l’Amérique (depuis 2006) est la « primauté nucléaire » : gagner une guerre nucléaire. (Voir ceci et ceci.)

Le président américain Trump pousse maintenant jusqu’à la limite, probablement avec la conviction qu’en tant que président américain, il peut s’emparer en toute sécurité de tout territoire qu’il souhaite, et voler n’importe quel pétrole ou autre ressource naturelle qu’il souhaite, où il veut, indépendamment de ce que le gouvernement russe, ou toute autre personne, pense ou veut.

Bien que ses paroles contredisent souvent cette thèse, c’est de toute évidence ce qu’il fait (ou tente de faire), et l’actuelle Chambre des représentants des États-Unis, tout au moins, dit oui, en tant que valeurs et doctrines américaines.

Trump – pas dans les mots mais dans les faits – est en train de « parier la maison ».

De plus, comme j’étais en tête d’affiche le 26 mai à Strategic Culture, « Un rapport crédible affirme que les États-Unis délocalisent ISIS de Syrie et d’Irak en Russie via l’Afghanistan« . Trump tente apparemment d’utiliser ces terroristes comme – encore une fois comme les États-Unis les ont utilisés en Afghanistan pour affaiblir l’Union soviétique – afin d’affaiblir la Russie, mais cette fois-ci, il tente même de les infiltrer en Russie.

Même Adolf Hitler, avant la Seconde Guerre mondiale, n’a pas saisi la jugulaire de la Grande-Bretagne. Il est difficile de concevoir un dirigeant national aussi audacieux. J’avoue que je ne peux pas.

Carte de situation de la guerre en Syrie-Irak contre l’État islamique (ajout Soverain)

Article de Eric Zuesse de Strategic Culture, traduit par Soverain

Source : https://www.strategic-culture.org/news/2018/06/06/us-challenges-russia-to-nuclear-war.html

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