Les entreprises réclament des certitudes – c’est pourquoi reporter le Brexit serait une chose inquiétante

Parmi tous les drames et l’enthousiasme exprimés par la couverture, au cours des quinze derniers jours, des défections des travaillistes et des conservateurs au profit du The Independent Group [NdT : récent groupe parlementaire pro-UE, formé par d’anciens travaillistes et conservateurs], la voix des entreprises britanniques a été perdue.

Un report du Brexit ajouterait de l’incertitude pour les entreprises britanniques.

L’écrasante majorité des entreprises britanniques veulent simplement que le gouvernement poursuive la mise en œuvre du Brexit et qu’il obtienne enfin une certaine certitude quant aux règles devant les concerner. Mais si le gouvernement n’est pas en mesure de fournir cette certitude, les décisions d’investissement pour notre pays seront retardées jusqu’à ce que la situation devienne plus claire. Cela nous appauvrit tous.

Le fait que le premier ministre donne maintenant aux députés l’occasion de faire échouer notre sortie devrait alerter toutes les vraies entreprises du pays. La certitude, la clarté et la finalité doivent être la priorité.

C’est pourquoi l’Alliance of British Entrepreneurs plaide en faveur d’une sortie de l’UE aux conditions de l’OMC, plutôt qu’en l’accord de retrait du Premier ministre avec son dangereux filet de sécurité. Nous avons maintenant plus de 450 entreprises qui se sont inscrites pour soutenir publiquement nos diverses campagnes contre les mythes prédominants sur la position des entreprises dans cette affaire. Bien qu’opérant uniquement de bouche à oreille, nous représentons plus d’entreprises (de plus de secteurs et de régions) que le CBI ou le n°10 (NdT : le principal syndicat patronal britannique, et la résidence du Premier Ministre) ont pu générer dans toutes leurs lettres conjointes visant à instiller le Project Fear au peuple britannique. Cela donne une indication du niveau de colère et de frustration des milieux d’affaires à l’égard des tergiversations politiques.

À moins que le filet de sécurité ne soit remplacé, l’accord n’apportera aucun sentiment de finalité au Brexit. Il se traduira pour le Royaume-Uni par d’éventuels retards, d’éventuelles prolongations des périodes de mise en œuvre, une éventuelle participation à une union douanière (par le biais du filet de sécurité ou autre) et l’annulation éventuelle de la décision de quitter l’UE, dans son intégralité, tout au long du processus. Il n’y aura aucune certitude quant à la direction à suivre pour le Royaume-Uni avant les prochaines élections générales en 2022, au moins. Ce n’est pas satisfaisant pour le peuple britannique ou ses entreprises.

Le plan du TIG est encore plus troublant pour les entreprises. La reprise du référendum et la tenue d’un second vote maintenant ne peuvent être prises au sérieux pour apporter un caractère définitif à la question de notre relation avec l’UE. Même dans l’éventualité d’une victoire du Remain (cette fois-ci), il n’y a guère de raisons de croire que les électeurs considéreraient ce résultat comme plus légitime que celui de la première fois. Les entreprises n’ont pas besoin de plus de débats qui divisent. Nous devons aller de l’avant, aussi difficile que cela puisse paraître pour certains à l’heure actuelle.

Le peuple semble également d’accord. Si vous regardez le sondage où l’on lui demande s’il est en faveur d’un deuxième référendum, il répond par la négative avec constance – il ne reçoit de l’appui que lorsque les gens ne sont pas certains s’il s’agit d’un référendum pour quitter ou rester dans l’UE, pour quitter l’UE ou l’accord de May, ou bien les trois. Lorsque ces questions sont posées à la place, l’appui à l’égard de cette proposition disparaît.

Cependant, une chose est claire pour le peuple, c’est son désir d’élections partielles lorsque les députés choisissent de se démettre de leur profession de foi. Dans les sondages de Survation et de YouGov, la semaine dernière, une nette majorité a appuyé le retour des députés du TIG auprès de leurs électeurs pour voir s’ils étaient d’accord avec leur décision de faire défection. Le soutien à ce projet est beaucoup plus élevé que n’importe lequel des sondages de « People’s vote » (NdT : un groupe appelant à un second référendum pour « trancher » la question du Brexit) en faveur d’un second référendum.

Les arguments en faveur de la certitude commerciale et de la capacité de faire des plans à long terme seraient également favorables à cela. Si les députés veulent se soustraire à leurs engagements – honorer le référendum et faire en sorte que le Royaume-Uni quitte l’UE – les citoyens et les milieux d’affaires devraient pouvoir les tenir responsables devant les urnes. Bizarrement, cependant, les TIGgers prétendent que ce ne serait pas le moment pour faire des élections ou des partielles – à cause de l’incertitude qu’ils penseraient créer avec cela ! Ceci tout en appelant explicitement à un plébiscite national extrêmement diviseur. Le fait qu’ils puissent le dire publiquement, sans ridicule généralisé, montre que nous vivons une époque vraiment extraordinaire.

Bien que toute l’attention ait porté la semaine dernière sur les TIGgers, les entreprises sont au moins rassurées de voir d’autres députés, y compris ceux qui n’ont jamais été aussi ferme à propos du Brexit, se réconcilier avec nous, être prêts à faire le dur travail et à faire des compromis dans leur parti, notamment avec ceux qui n’étaient pas d’accord avec nous. Les entrepreneurs sensés sont soulagés de voir des députés comme Nicky Morgan faire preuve de pragmatisme et véritablement agir dans l’intérêt national. Ces députés méritent notre appui sans réserve. Ils ont accepté le résultat et recherchent aujourd’hui, aux côtés de leurs collègues eurosceptiques, de vraies solutions adultes. C’est ainsi que l’on obtient de bons résultats, dans l’intérêt supérieur du pays, et non par le biais de voyages à l’étranger.

En réalité, les entreprises britanniques authentiques ne sont pas représentées par la CBI ni par les nombreuses têtes d’affiche pro-UE qui apparaissent constamment sur nos écrans de télévision. Il s’agit de groupes qui ont tout intérêt à rester liés par les règles bruxelloises, car cela joue en leur faveur. Les multinationales dépensent des millions et des millions pour faire pression sur ce système afin qu’il établisse des règles qui leur permettent d’écarter leurs concurrents. Chaque année, des fortunes sont dépensées en lobbying professionnel afin d’éviter que les jeunes entreprises et les PME disruptives n’empiètent sur les groupes industriels établis, au détriment du consommateur. La machine politique de Bruxelles a été totalement prise en main par ces groupes, sans véritable voix ni contrôle pour les électeurs, ni même pour les entreprises britanniques. Un exemple ? Il y a deux fois et demie plus de lobbyistes du secteur bancaire à Bruxelles qu’il n’y a de députés européens.

Seule une entreprise britannique sur vingt fait du commerce avec l’UE – l’idée que tous les entrepreneurs veulent que tout reste en place pour que leurs règles soient fixées par Bruxelles est à jeter. Ils ne veulent certainement pas le faire au détriment de la capacité de continuer à faire des affaires entre-temps.

Ce qu’il nous faut maintenant, c’est de la certitude. Parlez à n’importe quelle entreprise, dans n’importe quel secteur, ils vous diront la même chose. Rien n’est plus dommageable pour l’emploi, l’investissement et l’innovation que ce malaise sans espoir et sans fin ; cette mort par mille coupures alors que la confiance s’effrite au goutte à goutte. La certitude ne peut être obtenue qu’en abandonnant toute idée de répétition, d’annulation du référendum ou de report de son application. Il faut juste qu’on s’y mette et qu’on reprenne le contrôle.

Tom Bohills

Source : BrexitCentral, traduit par Jean





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