Les Allemands favorables à un retrait des troupes américaines de leur sol, d’après un dernier sondage

Article de Zerohedge, traduit par Soverain

Selon un nouveau sondage, les Allemands ne souhaitent pas vraiment que les troupes américaines restent sur leur sol, ironie du sort par rapport à la « menace » de Trump selon laquelle il pourrait se retirer ou du moins réduire considérablement les troupes américaines stationnées en Allemagne, qui a fait part le mois dernier à Angela Merkel de la « frustration croissante aux Etats-Unis que certains alliés n’ont pas augmenté comme promis » sur les dépenses de défense.

Mercredi, Trump a fustigé l’Allemagne dès son atterrissage à Bruxelles d’avoir pensé que les Etats-Unis paieraient la facture de la sécurité de l’Europe face à l’agression russe, tandis que l’Allemagne et d’autres concluent des accords énergétiques gigantesques avec les compagnies énergétiques russes. Dans un échange que le président a rapidement affiché sur Twitter, il a dit que l’Allemagne est « totalement contrôlée par la Russie » en référence au projet de gazoduc Nord Stream 2, destiné à approvisionner le pays en gaz naturel russe. « L’Allemagne est un pays riche », a dit M. Trump, ce qui sous-entend qu’elle devrait augmenter ses dépenses pour sa propre défense.

Il semble que l’opinion publique allemande soit d’accord avec Trump sur ce point d’après un sondage YouGov – dont les résultats ont été publiés pour la première fois pour l’agence de presse dpa (NDT : Deutsche Presse-Agentur) le premier jour du sommet de l’OTAN – qui révèle que les Allemands souhaiteraient un retrait des troupes américaines de leur sol (même si une politique de retrait total des Etats-Unis n’est pas sur la table cette semaine, ni qu’il est prévu d’aborder…. mais avec Trump, qui sait ?).

Le sondage révèle que « 42% des Allemands sont favorables au retrait des Américains, tandis que 37% seulement souhaitent que les soldats restent, dont 21% sont indécis ».

Les citoyens interrogés qui appartenaient à des partis politiques non-traditionnels ou contestataires avaient tendance à être plus fortement en faveur du retrait militaire américain de l’Allemagne :

Les électeurs de l’aile gauche de Die Linke sont particulièrement favorables au retrait, avec 67% d’entre eux, tout comme les partisans de l’extrême droite de l’AfD, sur 55%. Les Verts soutiennent également le retrait à 48%.

Les électeurs du CDU (35 %), du SPD (42 %) et du FDP (37 %) sont moins favorables au retrait. L’Indépendant

M. Trump a récemment reproché à d’autres États membres de l’OTAN de ne pas respecter l’engagement pris en 2014 d’atteindre 2 % du PIB en matière de défense d’ici 2024, puisque seuls trois pays européens ont atteint cet objectif. L’Allemagne, qui a eu des relations tendues avec les États-Unis ces derniers mois, a déjà indiqué qu’elle ne sera pas en mesure d’atteindre cet objectif ; la Pologne a toutefois atteint l’objectif.

Un thème sur lequel le président devrait mettre l’accent cette semaine à Bruxelles est d’exhorter les autres gouvernements de l’alliance à augmenter considérablement les dépenses militaires et à abaisser les droits de douane à l’importation.

Sur ce point, le sondage YouGov montre que le grand public allemand est en désaccord avec les dirigeants américains et ceux de l’OTAN :

Le même sondage a également révélé une importante opposition au militarisme en général dans le pays. Seuls 15% des Allemands sont d’accord avec Angela Merkel que le pays devrait augmenter ses dépenses militaires à 2% du PIB d’ici 2024, et 36% disant que le pays dépense déjà trop pour son armée.

Il est donc intéressant de constater que les personnes interrogées ont tendance à favoriser la sécurité américaine au cœur de l’Europe ainsi qu’une modeste politique étrangère allemande.

Il se pourrait que, comme beaucoup aux Etats-Unis, les Allemands soient de plus en plus conscients que de telles alliances enchevêtrées (et certains pourraient dire obsolètes) alors que l’OTAN ne fait que créer des tensions et des problèmes inutiles dans un monde de plus en plus nerveux face à l’expansion occidentale et à l’hégémonie (l’alliance « Atlantique Nord » de la guerre froide utilisée pour le changement de régime en Afrique du Nord en est un excellent exemple).

Faut-il y voir une surprise ? Des sondages similaires au cours de la dernière décennie ont montré que l’opinion publique allemande était en même temps désireuse d’entretenir des liens étroits avec les États-Unis tout en s’opposant systématiquement à ce que Washington entraîne l’Europe dans des campagnes militaires à l’étranger.

En 2015, Foreign Policies a résumé cette tendance comme suit :

Les enquêtes ont toujours montré que les Allemands sont bien moins favorables que les Américains à l’utilisation de la force militaire pour maintenir l’ordre dans le monde : en 2011, 75 % des Américains étaient d’avis que la force est parfois nécessaire, contre seulement 50 % des Allemands. Plus de 80% des Allemands ont soutenu la décision de Berlin de ne pas utiliser la force militaire en Irak, selon les enquêtes de Pew Research de l’époque. En Afghanistan, où l’Allemagne avait des troupes, en 2010 et 2011, la majorité des Allemands voulaient que l’OTAN et les troupes américaines se retirent.

Et l’Allemagne s’est abstenue lors du vote des Nations Unies sur l’intervention en Libye. En effet, la dernière enquête de Pew Research révèle une réticence allemande à assumer une plus grande part du fardeau de la sécurité mondiale. A la question de savoir si Berlin devrait jouer un rôle militaire plus actif dans le maintien de la paix et de la stabilité dans le monde, seuls 25 % des Allemands sont d’accord.

Le mois dernier, un rapport suggérait que le Pentagone est déjà en train de calculer le coût du maintien des troupes et de ses vastes bases militaires (les États-Unis en ont plus de 20 – et de nombreux autres sites de commandement interarmées – la base aérienne de Ramstein étant la plus grande ; et au plus fort de la guerre froide, il y en avait plus de 200) en Allemagne avant un éventuel retrait. Cependant, au début du mois, les responsables du Pentagone ont nié qu’une telle vérification était en cours.

Il sera intéressant de voir si Trump, avec son franc-parler et son discours imprévisible, en fait une carte de négociation, que ce soit publiquement ou dans le cadre d’échanges privés à Bruxelles cette semaine.

* * *

Chiffres de l’ambassade allemande aux USA en 2016 dans la fiche d’information sur la présence militaire américaine en Allemagne depuis le début des années 2000 :

  • Chaque année, l’Allemagne contribue près d’un milliard de dollars à l’entretien des bases américaines en Allemagne.
  • La base aérienne de Ramstein, la plus grande base américaine en Allemagne, coûte environ 1 milliard de dollars par an – un montant égal à la contribution annuelle de l’Allemagne pour l’entretien des bases américaines.
  • En moyenne, les 43 autres bases ont coûté environ 240 millions de dollars chacune, soit à peu près le même prix qu’un seul avion de chasse F/A-22.
  • Avec 34 000 résidents américains, Kaiserslautern est la plus grande communauté américaine en dehors des États-Unis.
  • Depuis 1945, quelque 17 millions d’Américains ont fait leur service en Allemagne. Nombreux sont ceux qui reviennent en tant que touristes.

Article de Zerohedge, traduit par Soverain

Partager cet article sur :
À l'attention de nos lecteurs:
  • Soverain a réalisé cette traduction d'article pour vous faire partager un point de vue bien souvent non abordé par nos médias francophones. Les propos tenus par l'auteur ne reflètent pas forcément la ligne éditoriale de Soverain; dès lors qu'un article traite un sujet de façon intéressante, cohérente et vérifiée, il a sa place sur notre site.
  • Tous les articles/auteurs ayant un parti-pris, nous attirons votre attention sur le fait, qu'ici comme ailleurs, vous devez faire preuve d'esprit critique, et croiser plusieurs sources d'informations pour vous faire un avis personnel sur un sujet/événement.
  • Cet article est soumis à la licence [Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International], vous pouvez donc le reproduire à des fins non commerciales.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *