L’Égonomie en une leçon

  • Ils se disent socialistes et progressistes, mais ce sont en réalité des Égonomistes.
  • Pourquoi la résurgence du socialisme est vraiment un retour à la pensée médiévale.
  • La grande folie de l’Égonomie, c’est de penser que nous avons les connaissances nécessaires pour planifier une économie.

 

Pendant une grande partie de l’histoire de l’humanité avant les Lumières et la naissance de la science économique au XVIIIe siècle, le pouvoir, les faux-semblants et la superstition ont marqué la pensée de l’homme. Certains aujourd’hui, souvent sous la bannière du « socialisme » ou du « progressisme », semblent déterminés à revenir à ces temps bienheureux.

Choisissez un siècle avant 1700. N’importe lequel d’entre eux après la chute de l’Empire romain d’Occident serait suffisant pour illustrer mon propos. En termes d’idées sur la société, ce qui la fait fonctionner et qui devrait la diriger, les bouleversements de ces siècles ont été douloureusement glaciaires par rapport à l’explosion de la libération intellectuelle et de la créativité du XVIIIe siècle.

Hiérarchie économique médiévale

Au Moyen Âge, le consensus était que certains hommes (et parfois aussi certaines femmes) étaient censés gouverner et que tous les autres étaient censés recevoir des ordres. Si le roi, la reine ou leurs serviteurs ne dirigeaient pas nos vies pour nous, le chaos prévalait. Là où il y avait de l’ordre, ce n’était pas un ordre paisible, « spontané » hayekien, mais plutôt le résultat de la peur de ceux qui avaient le pouvoir politique ou ecclésial.

Puis vinrent les penseurs des Lumières avec des noms comme Diderot, Bacon, Descartes, Locke, Hume, Ferguson, Spinoza, Montesquieu, Voltaire, et Smith. Ils ont mis l’accent sur la raison plutôt que sur l’irrationnel ; sur la démonstration et la preuve plutôt que sur l’hypothèse sans fondement ; sur le caractère sacré de l’individu et ses droits sur les diktats arbitraires des rois et des prêtres.

Le « Siècle de la philosophie » a légué au monde une nouvelle compréhension de choses comme la liberté, les marchés, la science, le potentiel humain, la tolérance, la séparation de l’Église et de l’État, et un gouvernement représentatif limité.

C’est à cette époque qu’est née l’économie en tant que discipline à part entière. En France, les philosophes ont été les premiers à suggérer que l’horloge de la société n’a pas besoin d’être remontée par un gouvernement omnipotent, qu’il y a des forces naturelles à l’œuvre qui peuvent nous pousser à progresser sans l’emprise des despots qui jouent à Dieu.

Adam Smith a tout synthétisé dans La Richesse des nations, où il expliquait le formidable mécanisme de « la main invisible » et proclamait que « dans le grand échiquier de la société humaine, chaque pièce a un principe de mouvement qui lui est propre, totalement différent de celui que le législateur pourrait choisir de lui imposer ».

Avant Smith et les Lumières, les hommes vaniteux qui rationalisaient leur pouvoir sur la société croyaient en ce que j’appelle l’ « égonomie » – ou ce que F. A. Hayek pourrait appeler « la prétention fatale » ou « une prétention au savoir ». Ce qu’ils voulaient, c’était ce qu’on devait avoir. Après tout, ce sont eux qui étaient assez intelligents pour se mettre à la place du commandant. Ils pouvaient fournir l’ordre dont la société avait besoin. Et ils ont convaincu beaucoup de gens que c’était parfaitement naturel, bénéfique et incontestable.

La distinction entre l’Économie et l’Égonomie

Après Smith et les Lumières, la pseudo-science de l’égonomie a cédé la place à la véritable science de l’économie. Pour reprendre l’application de Hayek, cette fois avec un peu de liberté, la curieuse tâche de l’Égonomie était d’amener les hommes à croire bien plus qu’ils ne savent ce qu’ils rêvaient de pouvoir planifier, alors que « c’est la curieuse tâche de l’Économie de montrer aux hommes combien ils sont peu conscients du véritable travail à réaliser qu’ils peuvent imaginer ».

C’est ainsi qu’avec l’essor de l’économie au cours des deux siècles qui ont suivi l’arrivée de Smith, le monde a commencé à apprendre quelques vérités très importantes. En voici quelques-unes :

  1. Les rois et les reines ne savent pas vraiment ce qu’ils font la plupart du temps (et les Parlements modernes ne sont pas beaucoup mieux) et ils rendent inutilement malheureuse la vie des autres à qui ils imposent des caprices et des magouilles.
  2. L’information est décentralisée et non concentrée dans l’esprit de quelques-uns. La sagesse commence, dit le vieil adage, par l’admission par chacun de nous du peu de choses que nous savons réellement. Dans les marchés libres, l’information est coordonnée à partir de sources disparates par l’interaction de l’offre et de la demande, comme en témoignent les prix flottants.
  3. La valeur est une question très personnelle et subjective. Elle n’est pas inhérente à une chose ; elle est « attachée » aux choses par des individus, chacun agissant sur le marché pour améliorer son bien-être. Cela, à son tour, entraîne une amélioration généralement involontaire du bien-être d’autrui dans le processus.
  4. Un ordre spontané naît naturellement des acteurs du marché qui est infiniment plus « ordonné » et propice à la création de richesse que tout plan des détenteurs du pouvoir ne pourrait l’être. (Comme l’économiste autrichien Murray Rothbard l’a souligné, il s’agissait en fait d’une résurrection d’une notion avancée au moins dès le IVe siècle avant J.-C. par le philosophe chinois Zhuangzi, qui a écrit que « le bon ordre résulte spontanément lorsque les choses sont libérées »).

Les économistes Frédéric Bastiat au XIXe siècle et Henry Hazlitt au XXe nous ont montré que si notre pensée économique est éclairée, chacun de nous sera assez humble pour reconnaître que planifier sa propre vie est un travail à temps plein ; planifier la vie des autres est futile et destructif. Si notre réflexion économique est approfondie, nous tiendrons compte des effets de toute proposition, de tout acte ou de toute politique sur le long terme et sur l’ensemble de la population, et pas seulement sur le court terme et sur quelques uns.

Du regard d’un enfant

Le psychologue suisse Jean Piaget, père de l’étude du « développement cognitif », affirme que les enfants sont « égocentriques » parce qu’ils contemplent le monde de leur propre perspective exclusivement. Un enfant ne se rend pas compte que les autres n’apprécient ou ne valorisent pas les choses de la même façon ou dans la même mesure que lui. Il ne comprend pas que les autres peuvent avoir des valeurs très différentes, donc l’idée que ce serait mal de les lui imposer ne lui vient pas à l’esprit.

En grandissant, l’enfant ne perd pas son intérêt personnel, mais pour être un adulte responsable, il doit comprendre qu’il ne devrait être satisfait que par le respect des autres. Assumer sa propre supériorité et chercher à l’imposer, c’est pratiquer l’Égonomie bien au-delà de ce qu’elle devrait être, alors qu’elle devrait au contraire être jetée aux oubliettes.

Il y a tant de choses que le monde de l’économie nous a enseignées que l’égonomie d’antan a obscurci ou contrarié.

Le « Green New Deal » est plein de nouvelles mesures qui vont au plus profond de la nécessité de rénover votre maison avec des astuces environnementales.

Alors, qu’en est-il de la déclaration de mon premier paragraphe ? Certains aujourd’hui, souvent sous la bannière du « socialisme » ou du « progressisme », semblent déterminés à revenir à ces temps bienheureux ?

Je vois la récente résurgence du socialisme et de sa sœur euphémiste, le progressisme, comme les réincarnations de l’Égonomie médiévale. Écoutez chaque candidat à la présidence qui se présente sous l’une ou l’autre étiquette. Chacune a une litanie de propositions qui pèsent sur la société et pratiquement toutes sont obligatoires. Bernie Sanders déclare qu’il est absolument nécessaire de « transformer fondamentalement notre culture » par le biais de nouveaux programmes et mandats d’en haut.

Le « Green New Deal » d’Alexandria Ocasio-Cortez est plein de propositions qui vont jusqu’au moindre détail de la mise à niveau de votre maison avec des éco-gestes. Dans son infinie sagesse, elle sait quelles industries devraient être supprimées et lesquelles devraient être subventionnées. Elle le sait, c’est tout. Pour tout. Elle déclare également qu’elle est « aux commandes » même si elle ne l’est pas. Et ces deux personnes ne sont pas isolées ; elles sont encouragées par les médias grand public et de larges pans d’au moins un grand parti politique.

Prenons la question de la création de richesses, une nécessité absolue si l’on veut réduire la pauvreté et la détresse. Comme ils nous apprennent beaucoup sur l’origine de la richesse, les économistes sérieux utilisent des termes comme entrepreneuriat, investissement, rendement du capital, prise de risque, division du travail, innovation, service à la clientèle, incitations, etc. Les égonomistes de la persuasion socialiste/progressive semblent n’avoir aucune théorie de la création de richesse. Ils n’ont que des plans interminables pour s’en emparer et la redistribuer. Ils parlent et agissent comme si la richesse se matérialisait par magie juste pour pouvoir la redistribuer en leur nom personnel.

Ni science, ni économie

Ce n’est pas de la science. Ce n’est pas de l’économie. C’est l’Égonomie médiévale qui renaît de ses cendres. Cela vient des gens, qui ont confiance en leur ignorance, qui ont fait une surdose d’estime de soi. Ils se prennent pour des scientifiques pour la société. Dans les cas les plus flagrants, c’est une illustration de l’effet Dunning-Kruger sur stéroïdes.

L’économie nous apprend à être attentifs à ce que les choses coûtent et qui les paie. Les socialistes et les progressistes sont allergiques à ces questions. Même face à des déficits budgétaires annuels massifs et à une dette nationale de plus de 22 milliards de dollars ici en Amérique, ils proposent des choses « gratuites » par milliers.

Ils ne font presque aucun effort pour établir le prix de leurs propositions. Comment tout cela peut-il être payé ? C’est la même chose à chaque fois : essorer les riches. Peu importe que vous puissiez prendre chaque centime que les riches ont et ne financer qu’une fraction de leurs propositions, et que le gouvernement ne puisse le faire qu’une seule fois avant que les riches ne s’en aillent ou qu’ils ne se sauvent.

Les égonomistes disent essentiellement : « Ayez confiance en nous. Nous avons de bonnes intentions. Tout va s’arranger, d’une façon ou d’une autre. Et si vous continuez à nous interroger sur les chiffres et les raisons pour lesquelles ils ne concordent pas, c’est parce que vous êtes avide, raciste, égoïste ou que vous ne voulez pas que les gens reçoivent des soins de santé. »

En regardant ces bouffonneries aux infos du soir, je me dis : « Intellectuellement parlant, c’est comme ça que devait être l’âge des ténèbres. »

Mises sur l’utopie socialiste

L’économiste autrichien Ludwig von Mises l’a bien compris lorsqu’il a écrit Bureaucracy en 1944.

Les champions du socialisme se disent progressistes, mais ils recommandent un système qui se caractérise par une observation rigide de la routine et par une résistance à toute forme d’amélioration. Ils se disent libéraux (Ndt: dans le sens américain, c’est-à-dire de gauche), mais ils sont résolus à abolir la liberté. Ils se disent démocrates, mais ils aspirent à la dictature. Ils se disent révolutionnaires, mais ils veulent rendre le gouvernement omnipotent. Ils promettent les bénédictions du jardin d’Éden, mais ils projettent de transformer le monde en un gigantesque bureau de poste. Tous les hommes sauf un sont des employés subalternes d’un bureau. Quelle utopie séduisante ! Quelle noble cause pour se battre !

Les socialistes et les progressistes devraient recevoir des doctorats honorifiques en Égonomie, mais tout ce qu’ils ont « gagné » en Économie mériterait d’être retourné à son expéditeur.

Égonomie ou économie. C’est comme l’alchimie contre la physique. Ils ne sont pas compatibles, alors faites votre choix. Voulez-vous être un égonomiste ou un économiste ? Une seule lettre fait toute la différence.

 

Lawrence W. Reed Foundation for Economic education via CapX ; traduit par XPJ





À l'attention de nos lecteurs:
  • Soverain a réalisé cette traduction d'article pour vous faire partager un point de vue bien souvent non abordé par nos médias francophones. Les propos tenus par l'auteur ne reflètent pas forcément la ligne éditoriale de Soverain; dès lors qu'un article traite un sujet de façon intéressante, cohérente et vérifiée, il a sa place sur notre site.
  • Tous les articles/auteurs ayant un parti-pris, nous attirons votre attention sur le fait, qu'ici comme ailleurs, vous devez faire preuve d'esprit critique, et croiser plusieurs sources d'informations pour vous faire un avis personnel sur un sujet/événement.
  • Cet article est soumis à la licence [Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International], vous pouvez donc le reproduire à des fins non commerciales.

3 Commentaires

  1. Si c’est pour lire de la soupe libérale digne des discours reagano-thatchériens, je vais commencer à regretter d’avoir apporté mon (maigre) soutien à Soverain… Parce que, avec un tel nom, un média ne peut pas – selon moi, mais je dois être naïf – tenir des discours qui nous ont conduit, depuis bientôt cinquante ans, à la situation dans laquelle nous sommes – et que vous prétendez rejeter. J’ai bien peur que vous n’ayez pas conscience d’être là en pleine contradiction, et c’est grave…

    • La comme ça je répondrais que Soverain partage de l’étatiste comme du libéral et qu’il ne faut pas se formaliser, si vous n’êtes pas libéral, attendez le prochain article qui ne l’est pas.

    • La contradication est nécessaire ! Soverain est peut-être un média militant mais nous sommes aussi à notre mesure un espace de réflexion notamment via les traductions anglosaxonnes que l’on offre.

      Ne soyez pas déçu ! Il faut bouger les lignes, l’égonomie était le point de cet article, que la thèse soit écrite par un auteur pro libéral n’a aucune importance.