Législative partielle de l’Essonne: analyse des résultats

Suite au départ de « Blanco » Manuel Valls de la vie politique française, une législative partielle a été mise en place pour remplir son siège laissé vacant. Des candidats déjà présents en 2017, on ne retrouve que Farida Amrani (FI, a échoué à l’élection de 2017 à 73 voix près, le Conseil Constitutionnel ayant invalidé 66 des 139 voix d’avance de Manuel Valls), Jean Camonin (LO) et Michel Nouaille (PCF, qui a cependant changé de suppléante pour une membre de Génération.s). Pour le reste, nous notons que :
– Les Républicains, le Rassemblement National, l’UPR et le NPA, déjà présents en 2017, ont changé de candidat.
– EELV, soutenant Michel Nouaille en 2017, a décidé de présenter sa propre candidate, soutenue par le PS, en la personne d’Eva Sas, ancienne députée de la circonscription voisine.
– Francis Chouat, maire d’Evry, n’est pas investi par la République en Marche, mais à l’opposé exact de ce dernier, la République en Marche se reconnaît en lui, et lui a tenté de s’en détacher pendant sa campagne, préférant parler de « candidat des maires ». Il était, en effet, soutenu par les cinq autres maires de la circonscription.
– Deux candidats sans étiquette complètent l’élection : Mikaël Mantigou, ex directeur de cabinet de Francis Chouat, et Rémy Courteaux, réalisateur.

C’est donc un total de onze candidats qui se sont affrontés dans une campagne législative partielle étouffée par des cérémonies nationales, des manifestations à l’encontre du gouvernement en place, ou les événements liés à la France Insoumise et à leurs locaux. La participation en est un corollaire incontestable, puisque 18,09% des inscrits se sont rendus aux urnes, soit moins de la moitié des votants de l’année passée, et moins d’un inscrit sur cinq dans la circonscription. La médiatisation conséquente du duel Chouat-Amrani (Chouat étant l’héritier local de Manuel Valls, et Amrani médiatisée pour ses propos contre l’ancien Premier ministre) aurait supposé une mobilisation en leur faveur, venant d’électeurs, en général, faiblement intéressés par la politique et consommateurs des principaux médias. Mais ce n’est pas arrivé, et mis à part Francis Chouat, les candidats suivants ont réalisé des scores très proches les uns des autres. Ce qui nous laisse penser que les votants étaient principalement les bases militantes de chaque parti en lice. Cependant, ils n’expliquent pas la totalité du vote, comme nous allons le voir.

Avant toute explication supplémentaire, voici les résultats publiés par la préfecture la nuit du dimanche 18 novembre :

 

La première chose à mentionner sur cette élection, c’est que l’accroissement général des scores est dû au fait que moins de candidats étaient présents au premier tour (11 candidats contre 22 en 2017, soit moitié moins). Des candidats à forte notoriété ne se sont pas représentés (Dieudonné, Francis Lalanne qui était suppléant de Jacques Borie, ou le candidat Debout la France). Les seules augmentations significatives sont donc celles de LREM (+4,54%) et du RN (+3,52%).
Si le candidat de la République en Marche a réussi à augmenter son score, c’est avant tout grâce aux soutiens de tous les maires de la circonscription. Le soutien d’une municipalité est utile dans une élection de ce type, parce qu’il n’est pas difficile de contourner la loi interdisant à se servir de fonds publics pour financer une campagne législative.
Un maire favorable à un candidat, c’est aussi tout un réseau, tissé par des conseillers municipaux, puis leurs proches et sympathisants, qui devient une force militante potentielle. C’est en partie grâce à ça que s’expliquait, il y a deux mois, l’excellent score d’Aurélien Centon (SE) à la législative partielle de la Réunion : plusieurs conseillers municipaux et un adjoint au maire avaient fait campagne pour lui. Dans cette élection, Mikaël Mantigou et Michel Nouaille (conseiller municipal) ont certainement bénéficié du même effet, qui avait permis à Nouaille d’avoir un score supérieur de 5% à la moyenne nationale de son parti en 2017.
De plus, même s’il est son héritier, Francis Chouat ne peut pas autant incarner Manuel Valls que Manuel Valls ; l’effet repoussoir engendré a donc été moindre dans son cas.

La deuxième hausse significative est celle du RN, ce qui est étonnant pour une élection partielle, ces élections étant quasi-systématiquement, et ce depuis longtemps, le lieu d’une chute des scores du parti. Parmi les rares contre-exemples l’on peut citer Sophie Montel, qui a échoué de peu à la législative partielle du Doubs (2014). Ici, l’on peut notamment expliquer cette hausse par l’absence de Debout la France et de Dieudonné, présents en 2017. L’on peut donc supposer que les électeurs ont voté pour le candidat dont ils s’estimaient le plus proche après le leur. L’absence de DLF a peut-être également permis au candidat LR de limiter la casse.

Après les hausses, viennent les maintiens de scores de 2017, cela pouvant s’expliquer et pour une raison très simple : l’existence d’un socle militant quasi-indivisible. En effet, la caractéristique commune des formations politiques concernées (FI, UPR, LO, NPA) est la ferveur de leur base militante. On peut dire ce qu’on veut de leur score, mais leurs électeurs sont des convaincus, qui estiment n’avoir aucune raison de voter pour quelqu’un d’autre que le représentant de leur parti (sans que cela soit forcément péjoratif).

Parmi les scores de nouveaux candidats, l’on a déjà pu expliquer le beau score de Mikaël Mantigou (et l’on peut ajouter qu’il est l’un des premiers à s’être déclaré candidat). Éva Sas, quant à elle, a tout à fait pu profiter de sa notoriété et de son réseau local (elle est élue de la circonscription voisine) et de son expérience des élections législatives. Elle est, avec Francis Chouat, la seule candidate à avoir déjà remporté une élection de premier plan (comprendre par là : élection à la mairie ou à la députation), les autres n’ayant au mieux qu’obtenu des postes secondaires (adjoint au maire, conseiller municipal). Cet aspect a éventuellement pu influencer quelques électeurs, qui ont alors cru à ces candidatures.

Enfin, un seul parti a baissé son score dans cette élection : Les Républicains, perdant presque deux pourcents. Incontestablement, le soutien du maire LR de Corbeil-Essonnes à Francis Chouat y est pour quelque chose, puisque le réseau municipal qui servait naguère LR s’est divisé entre le parti de droite classique et le soutien au maire d’Evry. Ajoutez à cela les bourdes récentes de Laurent Wauquiez, qui venait de comparer la PMA au nazisme, et son accueil très mitigé à la manifestation des gilets jaunes, et vous comprendrez que le vote LR ne donnait pas particulièrement envie ces jours-ci.

Bien sûr, la faible participation remet tout à fait en cause la légitimité que quiconque aurait à discuter ces résultats. Mais il s’agit là, par certains aspects, de mon propos : les bases militantes, le désemparpillement des candidatures et l’utilisation de réseaux électoraux pour assurer la communication ont primé sur les médias et les images que chacun se faisait des partis candidats.

 

Olivier Rousseau

Je m’intéresse notamment à la politique française, mais aime parfois m’évader vers des sujets sociétaux ou internationaux. Hors du clivage gauche-droite, mais ceux qui veulent m’y coincer de force devront me définir comme étant de gauche patriote. Rédige également pour www.infopremiere.fr


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