Le suicide de la France

  • La « francité » disparaît et est remplacée par une sorte de balkanisation en enclaves qui ne communiquent pas les unes avec les autres…. ce n’est pas l’exemple à suivre.
  • Plus les élites françaises se cloîtrent dans leurs enclaves avec leurs revenus aisés et leurs loisirs culturels, moins elles sont propices à comprendre l’impact quotidien de l’échec de l’immigration massive et du multiculturalisme.
  • Les classes supérieures mondialisées « boboisées » remplissent les « nouvelles citadelles » – comme dans la France médiévale – et votent en masse pour Macron. Elles ont développé « une façon unique de parler et de penser […] qui permet aux classes dominantes de se substituer à la réalité d’une nation soumise à un stress sévère et de mettre à rude épreuve la fable d’une société aimable et accueillante » – Christophe Guilluy, Twilight of the Elites, Yale University Press, 2019.

« Quant à la France en 2019, on ne peut plus nier qu’une transformation majeure et incertaine, un « Grand Changement », est en cours de réalisation », a observé le fondateur et président de l’Institut Jean-Jacques Rousseau, Michel Gurfinkiel. Il pleure « le décès de la France en tant que pays distinct, ou du moins en tant que nation judéo-chrétienne occidentale qu’elle était jusqu’alors présumée être ». Un article paru récemment en couverture de l’hebdomadaire Le Point l’appelait « le grand bouleversement ».

Changement ou bouleversement, les jours de la France telle que nous la connaissions sont comptés : la société a perdu son centre de gravité culturel, l’ancien mode de vie s’estompe et est en voie de « disparition« . La « francité » disparaît et est remplacée par une sorte de balkanisation en enclaves qui ne communiquent pas les unes avec les autres. Pour le pays le plus touché par le fondamentalisme islamique et le terrorisme, ce n’est pas la bonne voie.

Le changement de la France devient également géographique. La France apparaît aujourd’hui divisée entre « ghettos pour les riches » et « ghettos pour les pauvres », selon une analyse de la carte électorale par le plus grand journal français, Le Monde. « Dans le secteur le plus pauvre, 6 ménages nouvellement installés sur 10 ont une personne née à l’étranger », note Le Monde. Une sorte d’abîme sépare aujourd’hui la France périphérique – petites villes, banlieues et zones rurales – de la métropole mondialisée des « bourgeois bohème », ou « bobos ». Plus les élites françaises se cloîtrent dans leurs enclaves avec leurs revenus aisés et leurs loisirs culturels, moins elles sont propices à comprendre l’impact quotidien de l’échec de l’immigration massive et du multiculturalisme.

Un récent sondage européen a reflété ces « deux France qui ne se croisent pas ou ne se parlent pas », a observé Sylvain Crepon de l’Université de Tours, en analysant le succès du Rassemblement National de Marine Le Pen lors des récentes élections européennes. Le Pen et le président Emmanuel Macron, les deux lauréats de l’élection, parlent à des groupes sociologiques complètement différents. En banlieue parisienne – Aulnay-sous-Bois, Sevran, Villepinte et Seine-Saint-Denis – le Rassemblement National d’extrême droite connaît un boom. Dans les villes, Le Pen est largement en retard : cinquième à Paris, troisième à Lille, quatrième à Lyon. Selon Crepon :

Ces villes seront protégées du vote du Rassemblement National par leur structuration sociologique. Il donne du crédit au discours populiste qui pose le diagnostic d’une élite déconnectée. Ce [point de vue] soutient l’idée d’une rupture sociologique, ce qui n’est pas complètement faux.

D’un côté de cette rupture se trouvent des villes comme Dreux, que Valeurs Actuelles décrit comme « la ville qui préfigure la France de demain » :

D’un côté une cité royale, vestige d’une histoire plus que millénaire, de l’autre des cités gangrenées par les trafics et l’islam. Les bourgeois du centre-ville qui votent pour Macron, les “petits Blancs” déclassés qui ne jurent que par Le Pen.

De l’autre côté, c’est Paris. « Toutes les métropoles du monde connaissent le même sort. C’est là que la richesse circule et que l’alliance entre les « gagnants de la mondialisation » et leurs « serviteurs », des immigrés venus servir les nouveaux maîtres du monde, garder leurs enfants, apporter leurs pizzas ou travailler dans leurs restaurants », écrit l’éminent commentateur social Éric Zemmour dans Le Figaro. Désormais, écrit-il, « Paris est une ville globale, pas vraiment une ville française ».

Les classes supérieures mondialisées « boboisées », selon l’un des auteurs les plus respectés de France Christophe Guilluy, remplissent les « nouvelles citadelles » – comme dans la France médiévale – et votent en masse pour Macron. Elles ont développé « une façon unique de parler et de penser […] qui permet aux classes dominantes de se substituer à la réalité d’une nation soumise à un stress sévère et de mettre à mal la fable d’une société aimable et accueillante ». Guilluy a été critiqué par certains médias français pour avoir abordé cette réalité.

Le récent mouvement des « gilets jaunes » – dont les manifestants protestent tous les samedis à Paris, depuis des mois, contre les réformes du président Macron – est un symbole de cette division entre la classe ouvrière et les progressistes gentrifiés. Selon Guilluy, c’est un « choc social et culturel« . Ce choc, selon le philosophe français Alain Finkielkraut, consiste en la « laideur de la France périphérique et ses effets sur la vie concrète, la tristesse de ces classes populaires qui ont perdu non seulement un niveau de vie mais aussi un référent culturel ». En France, le sentiment de « dépossession » est aujourd’hui omniprésent.

Le parti de Marine Le Pen a remporté l’élection dans plus de deux fois plus de départements que celui de Macron. Le Pen a gagné dans les régions déprimées et désindustrialisées du nord, du centre-sud et de l’est de la France qui ont donné naissance aux gilets jaunes.

« Depuis mon arrivée en France en 2002, j’ai vu le pays accomplir une révolution culturelle », écrivait récemment Simon Kuper dans le Financial Times.

Le catholicisme a presque disparu (seulement 6 % des Français assistent habituellement à la messe), mais pas autant que son rival de longue date, le communisme. La population non blanche n’a cessé de croître.

Macron, explique Kuper, est le symbole d’une « nouvelle société individualisée, mondialisée, irréligieuse ».

La fuite de la France du catholicisme est si évidente qu’un nouveau livre, L’archipel français : Naissance d’une nation multiple et divisée, du sondeur Jérôme Fourquet, a décrit l’échec culturel de la société française comme une « ère post-chrétienne » : la sortie de la société française de sa matrice catholique est devenu presque total. Le pays, selon Fourquet, est en train de mettre en œuvre sa propre déchristianisation. Et il n’y a qu’un seul substitut faisant le poids à l’horizon. Il y a déjà aujourd’hui, selon une nouvelle étude académique, autant de musulmans que de catholiques parmi les 18-29 ans en France, et les musulmans représentent 13% de la population des grandes villes françaises, soit plus du double de la moyenne nationale.

Parfois, les sentiments musulmans de solidarité communautaire semblent avoir profité de cette fragmentation pour créer leurs propres « ghettos de la charia ». Un rapport de l’Institut Montaigne, « L’usine islamiste », a détaillé la radicalisation de la société musulmane française. Au lieu de l’intégration, de l’assimilation et de l’européanisation, les extrémistes musulmans en France poursuivent le multiculturalisme, la séparation et la partition. Les enclaves d’immigrés à la périphérie des villes françaises, pose Gilles Kepel dans son livre La Fracture, fomentent « une rupture des valeurs avec la société française, et une volonté de la subvertir ». « Les gens ne veulent pas vivre ensemble », a déclaré l’ancien ministre français de l’Intérieur, Gérard Collomb, dans des commentaires rapportés par Valeurs Actuelles.

Cette « fracture » a été relevée à nouveau dans la même publication : « Quatre garçons sur dix en Seine-Saint-Denis ont des prénoms arabo-musulmans ». Le sondeur Jérôme Fourquet a révélé dans une nouvelle étude que « 18% des nouveau-nés en France ont un nom arabo-musulman ».

Le « Grand Changement » de la France est en cours de réalisation. Comme l’écrivait récemment le philosophe Alain Finkielkraut : « L’incendie de Notre-Dame n’est ni un attentat ni un accident, mais une tentative de suicide. »

Giulio Meotti, éditeur culturel à Il Foglio, est un journaliste italien et auteur.

 

Source : Gatestone Institute ; Traduit par XCN

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