Le plan derrière l’extension de l’article 50

Caroline Bell soutient que les pourparlers du premier ministre avec les travaillistes sont une feinte. Le véritable plan de May est l’obtention du soutien du Labour pour l’organisation, après Pâques, d’un second référendum pouvant mener à l’annulation du Brexit.

Vous pouvez oublier toutes les absurdités concernant l’accord de retrait et la réouverture de la clause “backstop”. Elle est définitivement fermé. L’UE a clairement indiqué qu’elle ne changera pas d’avis. Theresa May essaiera quand même de faire adopter par le Parlement le projet de loi avec l’appui des travaillistes. C’est une étape nécessaire pour aller au delà. En effet, si les travaillistes se retirent des pourparlers, elle pourra alors profiter de l’occasion pour que la Chambre des communes lui donne la possibilité d’annuler le Brexit.

Les discussions que May tient avec les travaillistes sont un simulacre. L’union douanière est déjà dans le “backstop” et dans la Déclaration politique. Le fait de réclamer un verdict pour renforcer cet engagement ne fait aucune différence. Si Corbyn était assez naïf pour tomber dans ce piège, on s’attendrait à ce qu’il incite les députés travaillistes à voter pour l’accord de retrait lors d’un quatrième vote, pour que le gouvernement puisse ensuite présenter le traité (totalement inchangé et non modifiable) pour une ratification complète.

On ne peut même pas dire que le projet de loi sur l’accord de retrait serait adopté. Il y a suffisamment de députés de tous les partis qui pensent que c’est indéfendable. La ratification n’est donc manifestement pas la dernière étape. Il s’agit d’arrêter le Brexit dans son ensemble.

Et pourquoi Corbyn accepterait-il de soutenir l’accord de retrait maintenant ? Il serait entaché de la politique ratée de May et ce soutien limiterait ainsi les politiques qu’il voudrait mettre en oeuvre s’il était élu. Il légitimerait également l’emprise de May sur le numéro 10, et elle et Olly Robbins négocieraient le futur partenariat avec l’UE, pas avec le parti travailliste. Si cela leur convenait, toute modification textuelle de la Déclaration politique serait oubliée dès qu’ils se seraient assis à Bruxelles. Corbyn serait un autre des pigeons de May, coincé avec elle jusqu’aux prochaines élections.

Il est donc probable que les pourparlers avec le parti travailliste échoueront rapidement. May s’attèlera ensuite à la préparation de « la voie à suivre » pour annuler le Brexit. Il y aura à nouveau des votes répétés sur des options qui ont déjà été rejetées, comme l’union douanière, la révocation de l’article 50, et surtout un second référendum. Il n’y aura pas de vote pour honorer le résultat du référendum et partir sans accord de retrait.

Si May réussissait à convaincre Corbyn d’inciter ses députés à soutenir un second référendum afin de révoquer l’article 50, le projet de loi référendaire serait alors adopté à la vitesse de l’éclair. Le référendum aurait lieu quand beaucoup de gens seraient en vacances, et la question serait arrangée pour que le vote du “remain” soit majoritaire. Il s’agit évidemment là du vrai plan, et cela a toujours été ainsi.

Mais encore une fois, on pourrait se demander dans quelle situation cela mettrait Corbyn. Toujours coincé avec May, contrairement à la volonté de ses électeurs. Il ne semble pas qu’il ait une opinion fermée sur le Brexit. Il la modifiera à volonté pour remporter les élections générales et avoir une chance de gouverner. May, d’un autre côté, est largement du côté du maintien dans l’Union européenne. Elle ne reculera devant rien pour enfermer le Royaume-Uni dans l’UE. Corbyn pourrait donc toujours jouer le jeu pendant que les Conservateurs implosent, en espérant qu’une élection surprise lui donnera sa chance.

Mais ni May ni Corbyn ne voudront rester trop longtemps dans cette situation. Les Brexiteers font déjà des progrès dans les sondages (le soutien aux conservateurs a chuté de 10% en une semaine), et une réussite aux élections européennes serait un tremplin utile pour eux dans toute élection ultérieure.

Il faut donc s’attendre à une détérioration rapide des discussions entre les partis, à une multiplication des votes et à la proposition du gouvernement d’organiser un second référendum peu après Pâques.

Si les députés conservateurs ont un peu de jugeote ou au moins du bon sens, ils feront exploser cette stratégie en renversant May. Sinon, ils couleront avec elle.

Caroline Bell

Source : Briefings For Brexit, traduit par Padam





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1 Commentaire

  1. Pourquoi passer par un référendum ? Pourquoi ne pas tout simplement révoquer l’article 50 ? C’est beaucoup moins risqué, du moins si leur but est effectivement d’empêcher le Brexit.

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