Le coût réel du Brexit révélé

TruePublica : De nombreux journaux nationaux annonçaient récemment que l’accord sur le Brexit de Theresa May aurait un coût substantiel pour l’économie. Comme beaucoup d’autres l’ont fait il y a de cela quelques jours, le Guardian annonçait : « L’accord sur le Brexit de Theresa May devrait coûter à l’économie britannique jusqu’à 100 milliards de livres de plus sur les dix prochaines années que si elle restait dans l’UE, selon l’un des principaux think tank économiques du pays ». Mais en réalité, ce n’est pas vrai.


Le Guardian a affirmé :

« Une analyse de l’accord de retrait de l’UE du Premier ministre par le National Institute of Economic and Social Research (NIESR) a souligné que d’ici 2030, la Grande-Bretagne perdrait l’équivalent du PIB annuel Gallois en croissance ».

Dans sa déclaration, le NIESR déclarait plutôt :

« Nous estimons que le commerce avec l’UE, en particulier dans le domaine des services, sera plus coûteux après le Brexit. Cette situation risque d’avoir un effet négatif sur le niveau de vie au Royaume-Uni. Selon notre principale estimation, si l’accord du Brexit proposé par le gouvernement était mis en œuvre, le PIB à long terme serait inférieur d’environ 4% à ce qu’il aurait été si le Royaume-Uni était resté dans l’UE. Cela équivaut à peu près à la perte de la production annuelle du pays de Galles ou de la production du secteur des services financiers à Londres. Cela équivaut à une perte de 3% du PIB par habitant, soit en moyenne 1000 livres sterling par an pour la population du Royaume-Uni ».

Aucune de ces déclarations n’est parfaitement claire en raison de leur formulation ambiguë.

J’ai été contacté par un lecteur très vigilant qui, après avoir fourni des preuves, a jugé que ces chiffres étaient déformés. Pour être honnête, j’avais des doutes mais j’ai contacté le NIESR moi-même et, après quelques éclaircissements, je me suis rendu compte que le lecteur avait bien raison. C’était en fait un moment de révolte, car les conséquences de cette réalité sont plus que graves.

Arno Hantzsche, co-auteur du rapport initial du NIESR, a déclaré dans un tweet adressé à ce lecteur :

« Le chiffre de 3,9 % correspond au différentiel de PIB annuel relatif au Remain atteint en 2030 (ce différentiel s’accentue sur les années antérieures à 2030). Nous avons calculé le « coût » cumulé (c’est-à-dire l’addition des différences annuelles sur 12 ans) qui est de 770 milliards de livres sterling d’ici 2030, dont 30 milliards entre 2019 et 2020. En espérant que cela clarifie les choses. »

J’ai ensuite interpellé le deuxième coauteur, Amit Kara, qui a dit :

« Il n’y a pas de contradiction. La perte cumulée sur 12 ans est de 770 milliards de livres sterling. Si vous aviez demandé à Arno quelle était la perte de la douzième année, il vous aurait dit 100 milliards de livres. »

Le titre et l’article du Guardian intitulé : « L’accord sur le Brexit de Theresa May pourrait coûter 100 milliards de livres sterling sur une décennie » sont donc trompeurs.

Il convient de noter que le rapport du NIESR et d’autres rapports parus dans les médias citant ce chiffre trompeur de 100 milliards de livres sur une décennie ne tiennent compte que de l’actuel accord sur le Brexit conclu par Theresa May. Il ne fait pas de calculs ou d’hypothèses concernant un Brexit sans accord ou un Brexit incontrôlé.

Après avoir déterminé que la perte réelle pour l’économie au cours de la période 2020-2030 était de 770 milliards de livres sterling (plus 30 milliards en 2019), il serait utile de les comparer à des chiffres reconnus comme fiables.

Compter le coût de la crise financière sur une décennie

Le rapport de l’Institute of Fiscal Studies (IFS) de septembre dernier soulignait que la crise financière qui avait éclaté en 2008 avait alors été suivie par la plus profonde récession que le Royaume-Uni ait connu depuis la Seconde Guerre mondiale. Ses effets persistants continuent jusqu’à ce jour à ravager la Grande-Bretagne au travers de mesures d’austérité.

Se référant à cette récession en cours, l’IFS a déclaré :

« Nous nous étions habitués à l’économie, et avec elle, les finances publiques et les revenus des ménages ont fortement rebondi dans la foulée des précédentes crises. Cela ne s’est pas produit cette fois-ci. »

Mais la dure réalité de l’IFS montre clairement le coût du sauvetage des banques en 2008 :

« Le PIB (revenu national) est aujourd’hui 11% plus élevé qu’il ne l’était au pic atteint avant la crise en 2007-2008. En conséquence, l’économie est inférieure de 16%, soit 300 milliards de livres sterling, à ce qu’elle aurait été si elle avait suivi la tendance d’avant la crise. Le PIB par habitant est aujourd’hui inférieur de 5 900 livres sterling par personne à ce qu’il aurait pu être si les tendances d’avant la crise s’étaient poursuivies. »

De là, nous pouvons faire quelques comparaisons. La crise financière a causé la récession la plus douloureuse et la plus longue depuis non seulement la Seconde Guerre mondiale, mais elle a en fait été la pire depuis la Grande Dépression des années 1930. Les pertes prévues dans le cadre de l’accord sur le Brexit de Theresa May représentent plus du double de ce montant. La Grande-Bretagne traverse une période économique très difficile entre 2020 et 2030. En fait, d’après ces chiffres, la Grande-Bretagne se dirige vers une dépression économique.

Le pire, c’est que la Grande-Bretagne en est encore à remettre de la crise de 2008 et qu’il n’existe aucun indicateur économique indiquant que des recettes fiscales suffisamment élevées pour mettre fin au programme d’austérité du gouvernement (et/ou réduire la dette nationale). Ajoutez-y les effets du Brexit de Theresa May, qui doit être achevé dans trois mois seulement, et les mesures d’austérité actuelles devront être intensifiées dans les années à venir – au moins jusqu’en 2030.

L’un des effets de l’austérité est clairement visible au niveau de la santé globale de la population. Selon des chiffres récemment publiés par l’Office for National Statistics, l’amélioration de l’espérance de vie au Royaume-Uni a le plus ralenti parmi tous les grands pays industrialisés. À l’exception des États-Unis, qui sont le pilier du libre marché de la corruption dans le domaine de la santé mondiale. C’est seulement depuis 2011 que le rythme d’amélioration de l’espérance de vie des hommes s’est effondré de plus de 75% ; pour les femmes, il est pire : à 91%. Pendant des décennies, l’espérance de vie n’a cessé d’augmenter en Grande-Bretagne et, soudain, au moment où les conservateurs ont pris le pouvoir et imposé une idéologie d’austérité pour sauver leurs amis dans la City de Londres, cette amélioration a culminé, puis a chuté.

Le British Medical Journal a également écrit sur les effets de l’austérité l’année dernière. Il a constaté qu’elle avait causé 120 000 décès supplémentaires depuis 2010. C’est 9 fois plus que le nombre de tués sur la route en Grande-Bretagne au cours de la même période. Ces décès supplémentaires liés à l’austérité et à la réduction de l’espérance de vie ont été attribués à une seule et unique chose : le financement du NHS [NDT : National Health Service, le système de santé publique Britannique] a subi sa plus longue contraction en pourcentage de l’économie depuis sa fondation après la guerre.

D’autres effets de l’austérité sont tout aussi terribles. Plus de 14 millions de personnes, dont 4,5 millions d’enfants, vivent en dessous du seuil de pauvreté, dont plus de la moitié dans la pauvreté. C’est un million d’enfants de plus dans la pauvreté qu’en 2010. Il représente également exactement un tiers (33%) de tous les enfants au Royaume-Uni. Au total, 12% de la population du Royaume-Uni vit dans une pauvreté « persistante », ce qui signifie qu’elle a passé la totalité ou la majeure partie des quatre dernières années dans la pauvreté.

Pour remplir leur frigo, les ménages britanniques ont dépensé environ 900 livres sterling de plus en moyenne qu’ils n’en ont reçu en revenus en 2017, plongeant leurs finances dans le déficit pour la première fois depuis le boom du crédit des années 1980. La crise financière des dix dernières années est à l’origine de la perte du pouvoir d’achat et de la diminution du revenu moyen des ménages.

Sur la même période de dix ans, les effets de la crise du logement, de la crise sanitaire, de la crise des services de soins et autres ont connu une hausse spectaculaire. Par exemple, le nombre de sans-abri a tellement augmenté que plus de 500 personnes en sont mortes l’année dernière. Certains conseils locaux spéculent d’énormes sommes d’argent sur le marché immobilier pour tenter de combler les déficits de financement imposés par le gouvernement. D’autres sont déjà techniquement insolvables.

La Grande-Bretagne est-elle préparée à une dépression économique qui serait considérablement plus grave que la plus longue récession qu’elle ait connue en cent ans ?

Réponse : elle ne l’est pas. La dette publique sera probablement poussée à bien plus de 100% du PIB. Cela s’explique par le double effet de l’augmentation des emprunts pour lutter contre la baisse des revenus. Actuellement, la dette publique s’élève à environ 1800 milliards de livres sterling, soit environ 85 % du PIB total. Les frais d’intérêts payés sur ce seul montant s’élèvent à environ 48 milliards de livres sterling. Cela représente plus de la moitié du budget total de l’éducation du Royaume-Uni et 35% de plus que l’ensemble du budget de la défense britannique en 2019. Et les taux d’intérêt augmentent pour la première fois en plus de 20 ans.

N’oubliez pas que cette perspective fournie par le National Institute of Economic and Social Research est en fait un scénario idéal car elle ne tient compte que de l’accord sur le Brexit proposé par Theresa May et, comme vous l’avez probablement déjà lu aujourd’hui, ce sont déjà des milliers de soldats, marins et aviateurs qui sont mis en alerte pour parer à un éventuel Brexit sans accord. Personne ne sait à quoi cela pourrait ressembler, mais le gouvernement fera bientôt des annonces au sujet de la Loi sur les contingents civils, car la menace de troubles publics se renforcera de manière exponentielle si une rupture désordonnée avec l’UE se profile.

Quoi qu’il en soit, la Grande-Bretagne est dans une situation très, très grave.


Source : TruePublica, traduit par Soverain





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