Le Coup d’État, hier et aujourd’hui (1/5) par Anton Chaitkin

Soverain publie un dossier exclusif en Français sur les origines de l’impérialisme américain. Ce dossier a été traduit par la rédaction de Soverain à partir d’un article d’ampleur écrit par l’historien américain Anton Chaitkin et publié sur The Saker.

L’auteur peut être contacté à l’adresse suivante : antonchaitkin@gmail.com

Le dossier se composera de cinq parties que nous publierons chaque Vendredi.

Plan du dossier :
Partie 1
1. La trahison de Dulles et Lemnitzer envers Roosevelt
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Partie 2
2. Kennedy voit la tragédie de l’après-guerre
3. JFK prépare l’attaque
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Partie 3
4. Au coude à coude
5. L’âge de terreur, la nouvelle frontière
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Partie 4
6. Le changement de régime
7. L’Humanité mourra-t-elle ?
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Partie 5
8. Contre le mal absolu, JFK ne recula pas
9. Ce que le monde a perdu suite à la tentative américaine
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Première partie

L‘oligarchie anglo-américaine a intenté un coup d’État contre le président Donald Trump après sa victoire surprise aux élections de 2016. En effet, les oligarques étaient paniqués à l’idée que Trump établisse un partenariat avec la Russie, mette fin à la guerre permanente, rejette le libre-échange destructeur, et rétablisse le Glass Steagall (NDT : acte législatif bancaire de 1933) pour casser la puissance de Wall-Street. La panique s’est transformée en hystérie sur le dossier russe. Trump travaillait avec des conseillers en stratégie soucieux de rendre aux États-Unis leur soutien traditionnel à la souveraineté nationale, et d’abandonner la folie des renversements de régimes (NDT: “regime change”) que les Présidents Bush et Obama avaient opérés.

Nous avons déjà vu ce type de coup d’État auparavant, contre le remarquable Président américain nationaliste (NDT: nationaliste aux USA n’est pas aussi péjoratif qu’en France) de la seconde moitié du XXe siècle, John F. Kennedy. Nous avons toujours vécu dans l’ombre de ce coup d’État depuis. Faire la lumière sur ces événements, et surtout, sur ce que Kennedy lui-même avait compris, peut éventuellement nous aider à trouver la voie de la raison et de la survie.

Dans ce rapport, nous nous pencherons sur les principaux adversaires mortels de JFK : Allen Dulles, l’espion, et Lyman Lemnitzer, le militaire. Même s’ils étaient Américains, nous les considérerons comme ils se voyaient eux-mêmes : internationalistes. Ils étaient les hommes du pouvoir centralisé de Londres qui a encouragé la guerre froide contre la vision pacifiste de Franklin Roosevelt à la fin de la Seconde guerre mondiale. Ils ont affronté le Président Kennedy et ont promu une nouvelle guerre mondiale.

1. La trahison de Dulles et Lemnitzer envers Roosevelt

En novembre 1942, Allen Dulles s’établit à Berne, la capitale suisse, en collaboration avec le chef de station de Berne du renseignement britannique (British secret intelligence), Frederick Vanden Heuvel.

Allen Dulles était l’avocat le plus important des intérêts financiers et politiques des Morgan, Rockefeller et Harriman ; intérêts étroitement liés à la couronne britannique et à la City de Londres. Il était officiellement un haut responsable du Bureau des Services stratégiques (OSS), le renseignement américain supervisé par le Président Roosevelt. Néanmoins, Dulles et le Président étaient les pires ennemis.

Allen Dulles, à gauche et John Foster Dulles, 1948

Un mois avant que Dulles arrive à Berne, l’administration Roosevelt avait utilisé l’Acte de commerce avec l’ennemi (Trading with the Enemy Act) pour confisquer les parts financières nazies établies à New York à travers un dispositif de l’Union Banking Corporation contrôlé par les principaux clients d’Allen et de son frère John Foster Dulles, notamment la banque Brown Brothers Harriman [1]. La société mère des Harriman était alors la plus grande banque privée d’investissement et était étroitement liée à la Banque d’Angleterre. Ses avocats, les frères Dulles avaient été depuis longtemps des intermédiaires bancaires avec le régime hitlérien.

A Berne, Dulles et Vanden Heuvel commencèrent à discuter avec leurs contacts Nazis sur la manière dont les allemands devaient redéployer leurs forces contre l’Union soviétique, l’allié des États-Unis contre Hitler, après quoi les britanniques et les américains espéraient conclure un accord de paix séparé avec les Nazis.

Les stratèges britanniques du renseignement Ven del Heuvel et Dulles rencontrèrent en février 1943 des représentants des Nazis SS (“storm troopers”), la division du régime allemand en charge de l’extermination des juifs. Le porte-parole de la SS était un prince de Tchécoslovaquie, Max Egon Hohenlohe [2], un ami de Dulles depuis vingt ans.

En rapportant ces discussions de 1943 à Berne, Hohenlohe déclara que Dulles lui avait dit que ces arrangements d’après–guerre devaient permettre l’existence d’une “Grande Allemagne” qui comprendrait l’Autriche et une partie de la Tchécoslovaquie. Ceci… constituerait un “cordon sanitaire contre le bolchevisme et le panslavisme” et serait “la meilleure garantie d’ordre et de progrès en Europe centrale et orientale”. [3]

Pendant ce temps, le président Franklin D. Roosevelt s’entretenait avec le Premier ministre britannique Winston Churchill à Casablanca, au Maroc, en janvier 1943. Roosevelt déclara que la «capitulation inconditionnelle» des nazis devait être la condition ‘sine qua non’ des Alliés. FDR, en utilisant la terminologie du général de la guerre civile américaine Ulysses S. Grant, souligna que le potentiel militaire allemand devait être complètement anéanti, par opposition à l’idée de Londres de changer l’Allemagne en allié potentiel contre la Russie. Churchill était choqué par la position de Roosevelt, et bien qu’il ne s’y soit jamais opposé ouvertement, n’a jamais accepté ce point de vue.

La Russie était depuis longtemps une cible dans les guerres géopolitiques britanniques. L’Empire britannique voyait d’un mauvais œil la montée en puissance en Eurasie des puissances industrielles nationales qui pouvaient remettre en cause son hégémonie mondiale, basée sur le libre-échange, le contrôle des flux financiers et la suprématie maritime. La plus grande crainte était une hypothétique alliance entre la Russie et les États-Unis, deux nations transcontinentales dont les meilleurs penseurs se sont considérés comme des alliés naturels – une relation qui a pris forme grâce à l’étude russe de l’économie d’édification nationale d’Alexander Hamilton au début du XIXème siècle : la participation américaine à la construction des premiers chemins de fer russes dans les années 1830, un grand soutien populaire pour la Russie par les Américains lorsque la Russie a été attaquée par la Grande-Bretagne dans la guerre de Crimée des années 1850, le soutien militaire du tsar russe Alexandre II au président Abraham Lincoln et l’Union contre la Confédération sponsorisée à Londres, ainsi que la flambée de l’industrie russe de la fin du XIXe siècle sous la direction du ministre des Finances, le comte Sergei Witte, un partisan de l’économie hamiltonienne du système américain.

Au cours de son épopée solitaire à la fin du XIXème siècle pour perturber la propagation du système américain en Europe, principalement en montant l’Allemagne et la Russie l’un contre l’autre, la Grande-Bretagne parraina la guerre de 1905 de son allié Japonais, qui déstabilisa la Russie et conduit, en 1917, à des bouleversements que Londres essaya de contrôler. Mais les Britanniques n’ont pu réussir à contrôler la révolution bolchevique ou les politiques de Lénine et de Staline en Union soviétique. Et lorsque la Russie ne pouvait être contrôlée par des agents et des alliés à l’intérieur, la pratique traditionnelle britannique était de chercher à l’affaiblir par la guerre.

Les intérêts britanniques et leurs partenaires de Wall Street avaient soutenu la montée d’Hitler, en grande partie sur la logique qu’Hitler ferait la guerre à la Russie. La Grande-Bretagne commença à s’opposer vraiment à Hitler quand il tourna ses forces vers l’ouest, dans leur direction, en 1940. Une fois que les États-Unis rejoignirent la guerre contre l’Allemagne, l’Italie fasciste et le Japon à la fin de 1941, Churchill s’employa à prolonger le conflit, alors que les russes qui combattaient les Nazis qui les avaient envahis en juin de la même année mouraient par millions. Churchill empêcha, jusqu’en 1944, une invasion occidentale directe à travers la France pour frapper l’Allemagne. Les principaux alliés de Churchill dans cette tactique étaient le général Bernard Montgomery, commandant de la huitième armée britannique, et l’officier supérieur de Montgomery, le général Harold Alexander, commandant de la flotte méditerranéenne britannique, un aristocrate anglais très proche de la famille royale. Le président Roosevelt était bien conscient de la perfidie britannique et de Wall Street. Quand il rentra chez lui de Casablanca, Roosevelt expliqua la doctrine de la reddition inconditionnelle au peuple américain :

« Si la paix qui suit [cette guerre] ne reconnaît pas que le monde entier est un village et fait justice à toute la race humaine, les germes d’une autre guerre mondiale resteront une menace constante pour l’humanité … Dans une tentative d’éviter le désastre inévitable qui les attend, les propagandistes de l’Axe tirent leurs dernières cartouches afin de diviser les Nations Unies. — Ils cherchent à répandre l’idée que si nous gagnons cette guerre, la Russie, l’Angleterre, la Chine et les États-Unis vont se lancer dans un combat de chien et chat.

Cette tentative est leur dernier effort de monter les nations les unes contre les autres dans le vain espoir qu’ils puissent négocier avec un ou deux pays à la fois – mais personne n’était assez crédule et distrait pour être dupé de la sorte à travers quelque accord au mépris des Alliés.

A ces tentatives paniquées – et c’est le meilleur mot à employer : “paniqué” – pour échapper aux conséquences de leurs crimes, nous disons – toutes les Nations Unies disent – que les seuls termes sur lesquels nous négocierons avec le gouvernement de l’Axe ou toutes factions de l’Axe, sont les termes proclamés à Casablanca : “la capitulation sans condition”. Nous savons, et les peuples de nos ennemis finiront par savoir que dans notre politique inconditionnelle, nous ne ferons aucun mal aux peuples des nations de l’Axe. Mais nous voulons pleinement imposer le châtiment et les sanctions sur leurs dirigeants coupables et barbares.

Les Nazis devraient être affolés – pas juste paniqués mais affolés s’ils croient qu’ils peuvent imaginer quelque propagande qui ferait basculer l’opinion des gouvernements et peuples britanniques, Américains et Chinois contre la Russie – ou la Russie contre nous.

L’écrasant courage et l’endurance du peuple russe dans la lutte violente contre l’envahisseur – le génie avec lequel leurs grandes armées ont été dirigées par Staline et ses commandants – parlent d’eux-mêmes ». [4]

Les tactiques dilatoires de Londres furent une réussite en détournant les forces armées anglo-américaines en Afrique du Nord et en pénétrant en Italie, en commençant par l’invasion de la Sicile. Des décennies de troubles géopolitiques commenceront avec le débarquement britannique en Italie.

Les relations entre les Américains et les Britanniques étaient profondément méfiantes en juillet 1943 quand ils commencèrent leur débarquement en Sicile. En partant du principe que la qualité au combat des troupes américaines était inférieure à celle des troupes britanniques, le général Alexander ordonna au général américain George Patton de garder ses forces à la remorque des forces du général Montgomery pendant un effort de longue haleine à travers l’île. L’officier de liaison américain du personnel d’Alexander, le général Clarence Huebner, mit en colère le général Alexander en aidant Patton à se libérer de l’emprise britannique tout en dépassant Montgomery vers la victoire en Sicile. Alexander expulsa Huebner pour avoir été trop Pro-américain. (NDLT: “the too-yankee” en Anglais).

 

Présentation de Lyman Lemnitzer

 Le général Lyman Lemnitzer remplaça Huebner (le 25 juillet 1943) en devenant l’officier de liaison américain avec le commandement britannique en Méditerranée. Lemnitzer, un Américain issu de la classe moyenne mais ayant de grandes ambitions, admirait l’aristocratie britannique et les lords de la Haute comme les plus grands. Lemnitzer avait une “passion pour rester en dehors des projecteurs”, “lisait rarement un livre” et “ne pouvait parler aucune langue étrangère » [5]. Harold Alexander devint son mentor vénéré [6] et sa carrière, sous le leadership du général britannique, grimpa vers les sommets de l’armée américaine.

Lemitzer avait une pathétique vénération pour les oligarques et pour leurs supposés secrets magiques. Son biographe officiel a insinué que sa mentalité se réfléchissait dans la fierté du général d’avoir atteint les plus hauts niveaux de la Franc-maçonnerie. [7]

Le général Harold Alexander était le fils du comte de Caledon, et aide de camp du roi George VI. Le général avait été un grand maître de la grand loge maçonnique d’Angleterre, le corps dirigeant franc-maçon de l’empire britannique, dans lequel les princes de la famille royale sont traditionnellement grands maîtres.

JFK (à gauche), le général Lauris Norstad et le général Lyman Lemnitzer

Lord Alexander était un maître de la loge Athlumney dont les initiés étaient généralement aussi membres de la White’s – le club légendaire des gentlemen de Londres par lequel le directeur du MI6 Steward Menzies, supervisait depuis le bar, les “affaires informelles” du Secret Intelligence Service (MI6) durant la Seconde guerre mondiale. [8]

Pendant les deux dernières années de la guerre, 1943-1945, le général Lemnitzer organisa des réunions pour le général Alexander avec le roi George VI, Winston Churchill, Harold MacMillan et d’autres dirigeants britanniques, faisant la navette entre le QG du général Alexander, un vaste palace à Caserta en Italie et le palais royal à Londres.

 

Opération Sunrise

Le 1er mars 1945, alors que les armées alliées se précipitaient finalement en Allemagne pour mettre fin à la guerre contre Hitler, le président Roosevelt donna un compte rendu au Congrès de sa réunion juste terminée avec Joseph Staline et Churchill à Yalta, dans la péninsule de Crimée en Union soviétique. Roosevelt réaffirma alors que la capitulation inconditionnelle des nazis donnerait lieu à une coopération américano-soviétique d’après-guerre dans la gestion des affaires de l’Europe de l’Est et de l’Europe de l’Ouest ; que “les problèmes politiques et économiques de n’importe quelle zone libérée de la conquête nazie … sont la responsabilité conjointe des trois gouvernements” —Les Etats-Unis, la Grande Bretagne et l’URSS. Il insista sur le fait que la paix à venir devait être la fin du système défaillant des “alliances exclusives, des sphères d’influence, de l’équilibre des pouvoirs” c’est-à-dire, l’ancien système britannique consistant à diviser pour mieux régner. Mais à ce moment-là, Dulles avait déjà entamé des négociations secrètes à Berne avec le général allemand Karl Wolff [9], chef des forces SS en Italie, pour que la Grande-Bretagne et les États-Unis atteignent une paix séparée avec l’Allemagne, permettant le redéploiement des actifs allemands contre la Russie.

Le 13 mars, le commandant britannique Harold Alexander envoya le général américain Lemnitzer (accompagné par le général britannique Terence Airey, un agent de renseignement sur le personnel d’Alexander) en Suisse pour poursuivre ces pourparlers. Dulles, Lemnitzer, Airey et Wolff se rencontrèrent à plusieurs reprises à Lugano, en Suisse. Ces entretiens ont été appelés “opération Sunrise”. Dulles et Lemnitzer gagneraient du fait de cette manœuvre, une grande notoriété et des applaudissements à Londres pour leur trahison contre leur commandant en chef. Ils dirent seulement à Roosevelt ce que Dulles et les britanniques voulaient qu’il sache, les pourparlers avec le général Wolff n’étaient que des préliminaires à l’organisation d’une réunion avec le général Alexander dans son quartier général de Caserta pour négocier une reddition.

Le ministre soviétique des Affaires étrangères, Vyacheslav Molotov, envoya par la suite une lettre à l’ambassadeur américain à Moscou, Averell Harriman, le 22 mars, en protestant que les réunions de Dulles et des britanniques s’étaient déroulées depuis deux semaines dans le dos des Soviétiques. D’après la réponse de Roosevelt [10], il semblerait que le président n’était pas conscient que les négociations réelles étaient déjà en cours, selon la prémisse britannique que la guerre mondiale devait se poursuivre indéfiniment, maintenant contre la Russie.

 

Le monde post-colonial

Le président des Etats-Unis avait alors récemment exposé publiquement ses positions anticolonialistes pour le monde d’après-guerre, en contradiction avec les plans de ses adversaires londoniens. Roosevelt avait dit dans sa conférence de presse du 23 février 1945, à bord de l’USS Quincy, au retour de la conférence de Yalta :

“J’ai été terriblement inquiet à propos de l’Indochine (Vietnam et pays voisins). J’ai parlé au généralissime chinois Chiang Kai-shek au Caire et à Staline à Téhéran. Tous les deux étaient d’accord avec moi. Les Français avaient occupé l’Indochine pendant cent ans. Le général Chiang affirmait que l’Indochine ne devait pas revenir aux Français, qu’ils avaient été présents là-bas pendant cent ans et qu’ils n’avaient jamais rien fait pour les éduquer, que pour chaque dollar qu’ils avaient investi dedans, ils en avaient récupéré dix. Les indochinois ont le sentiment qu’ils doivent être indépendants mais ils ne sont pas prêts pour cela. J’ai suggéré, à ce moment, que l’Indochine soit sous tutelle – qu’elle ait un français, un ou deux indochinois, un chinois, et un russe parce qu’ils sont sur la côte, et peut-être un philippin et un américain – pour leur apprendre à gouverner seuls. Staline a aimé cette idée, Chiang aussi, mais pas les anglais. Cela pouvait nuire à leur empire parce que si les indochinois devaient travailler ensemble et finalement obtenir leur indépendance, les Birmans pouvaient faire la même chose à l’Angleterre.

[Question du journaliste] : L’idée de Churchill est-elle que l’Indochine redevienne comme avant ? 

Le Président : Oui, c’est un homme du milieu de l’époque victorienne sur toutes ces questions.

[Question du journaliste] : Vous rappelez-vous de ce discours du Premier Ministre dans lequel il avait dit qu’il n’était pas devenu Premier Ministre de Grande-Bretagne pour voir l’empire tomber en ruines ?

Le Président : Ce cher vieux Winston n’apprendra jamais sur ce sujet. Il en avait fait sa spécialité… [11]

Le président Roosevelt est mort le 12 avril. Une capitulation des forces militaires nazies en Italie fut finalement signée au quartier général d’Alexander à Caserta le 29 avril, seulement huit jours avant la capitulation allemande totale en Europe. Mais une bonne partie du mal fut mise en branle par les pourparlers Suisses.

La mort de Roosevelt avant qu’il pérennise la paix fut une catastrophe pour l’Amérique et le monde. Ceux que FDR avait appelés les “Tories” se précipitèrent pour contrôler la stratégie américaine. Par tradition familiale et institutionnelle, ces royalistes londoniens/de Wall Street n’avaient jamais accepté les principes de la Révolution Américaine. Ils avaient pris le contrôle des affaires américaines à l’aube du XXème siècle, après l’assassinat du Président William McKinley en 1901 et avant la montée de figures comme le Président Théodore Roosevelt et le Président Woodrow Wilson. Mais la crise des années trente avait permis à FDR, avec sa “Nouvelle donne” et son développement d’infrastructures, d’orienter la dévotion américaine vers le progrès qui avait inspiré les nationalistes et les modernistes du monde. Avec FDR hors course, la principale faction anglo-américaine a mis l’accent sur les objectifs financiers et impériaux, sous le thème de “La liberté contre le communisme”.

Les Anglais exclurent les soviétiques des négociations de Wolff au motif que les soviétiques ne devaient pas participer aux accords d’après-guerre en Italie et dans les autres pays d’Europe de l’Ouest, alors que les Anglais ne souhaitaient pas que les Alliés participent à des arrangements dans les pays d’Europe de l’Est qui devaient être occupés par les forces soviétiques. Ce fut le début de la division du monde que l’on nomma la Guerre Froide. [12]

Allan Dulles et le MI6 britannique aidèrent beaucoup d’autres grands criminels de guerre nazis en même temps que Karl Wolff à échapper aux poursuites judiciaires lors du procès de Nuremberg. Ils ont fui via les réseaux d’exfiltration nazis (« ratlines ») en Europe, au Moyen-Orient et en Amérique Latine pour soutenir des dictateurs et diriger des armées secrètes. Parmi eux se trouvaient Klaus Barbie (le SS le plus meurtrier en France); Reinhard Gehlen (officier de renseignement nazi qui devint après-guerre le chef du service de renseignement allemand sous la direction de la CIA et du MI6); Otto Skorzeny (Chef des unités de commandement SS, maître des armées secrètes et des escadrons de la mort en Europe, Afrique et Amérique du sud); et Hjalmar Schacht (Beau-père de Skorzeny, banquier, protégé par le Gouverneur de la banque d’Angleterre Montagu Norman et par John Foster Dulles). Schacht avait coordonné la collecte de fonds pour qu’Hitler devienne dictateur en Allemagne, et il avait supervisé la construction de la machine de guerre nazie. [13]

La 14. Waffen-Grenadier-Division der SS Galizien (Division SS Galicie), une unité de 8000 troupes Ukrainiennes sous commandement nazi, y compris des gardes de camps de concentration, se rendit au Général Alexander. Au lieu d’être renvoyés en URSS pour être exécutés, ces soldats furent dispersés en Grande-Bretagne, au Canada, et à travers l’Europe pour être utilisés dans de nouvelles armées secrètes de l’OTAN. Leurs héritiers directs et d’autres ailes de l’organisation fasciste des nationalistes ukrainiens célèbrent encore la guerre d’Hitler contre la Russie. Aujourd’hui, Ils ont une influence considérable dans les couloirs du pouvoir de l’OTAN et de Washington. Ce sont eux qui ont poussé les Etats-Unis à rallier les Anglais lors du coup d’État de Février 2014 pour installer le régime ukrainien actuel. [14]

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 Fin de la première partie.

 

Sources (en Anglais) :

  1. On October 24, 1942, the U.S. Alien Property Custodian issued Vesting Order 248, seizing the shares in “Union Banking Corporation” held by E. Roland Harriman (brother of Averell Harriman), Prescott Bush (father of President George H.W. Bush), three Nazi executives, and two other Harriman partners. The UBC had been created in the 1920s for a single client, Fritz Thyssen, Adolf Hitler’s chief political fundraiser. See also Anton Chaitkin and Webster Tarpley, George Bush: The Unauthorized Biography(Washington: Executive Intelligence Review, 1992), pp. 26-44.
  2. Prince Max Hohenlohe was loosely related to British royalty, and had holdings in Spain and Mexico, besides his estates in Czechoslovakia’s Sudetenland. He longed for a return to the feudal imperial world of the Habsburgs. Back in 1938, Prince Max had helped bring the British and Nazi-German governments to the ill-fated agreement at Munich, allowing Hitler to take control of Czechoslovakia. London interests then joined Berlin in looting the subdued Czechs. The whole swindle soon blew up in World War II.
  3. Stephen Dorril, MI6: Inside the Covert World of Her Majesty’s Secret Intelligence Service(New York: The Free Press, 2000), p. 168.
  4. Franklin D. Roosevelt, Address to the White House Correspondents’ Association, February 12, 1943. Roosevelt had in mind the immense Soviet death toll, which would reach over 27 million civilians and soldiers, in fighting Hitler. This Russian sacrifice on humanity’s behalf would be brought up by President Kennedy in his famous 1963 peace speech at American University.
  5. James L. Binder, Lemnitzer: A Soldier for His Time(Washington and London: Brassey’s, 1997). This is the authorized Lemnitzer biography, written with the cooperation of the general’s family and his Anglo-American military faction. 
  6. Binder, Lemnitzer, see chapter entitled “The Mentor,” pp. 106-125.
  7. Binder, Lemnitzer, pp. 9-10. “When Lemnitzer sat for formal photographs or was otherwise conscious of the camera, he almost always turned the back of his left hand toward the lens so that the ring on his third finger would show. It was his West Point class ring, but the reason he displayed it so prominently was that it also carried the Masonic emblem. The general took his masonic obligations very seriously; he joined the freemasons in 1922 when he was a young lieutenant at Fort Adams, Rhode Island, eventually became a 32nd Degree Mason, and finally attained the honorary rank of 33rd Degree. He was a member of the Masons’ Shrine, whose charitable work for orphans probably helped influence his strong interest in Korean orphanages when he was [later] Far East commander in chief. A sure way of getting the general’s attention was to identify yourself as a Mason; military members of all ranks wrote to him, addressing him as ‘brother’ and being addressed the same way in Lemnitzer’s reply.”
  8. Dorril, MI6, p. 3.
  9. Karl Wolff had been chief of personal staff to SS boss Heinrich Himmler, and later was Himmler’s intermediary with Hitler. Wolff had supervised the deportation of Jews from the Warsaw Ghetto to be exterminated. He wrote from Hitler’s headquarters to Nazi railway chief Albert Ganzenmüller on August 13, 1942, referring to shipment of victims to the Treblinka death camp: “I note with particular pleasure from your communication that a train with 5,000 members of the chosen people has been running daily for 14 days and that we are accordingly in a position to continue with this population movement at an accelerated pace…. I thank you once again for the effort and at the same time wish to ask you to continue monitoring these things. With best wishes and Heil Hitler, yours sincerely W.” Kerstin von Lingen, Allen Dulles, the OSS, and Nazi War Criminals: The Dynamics of Selective Prosecution(Cambridge University Press, 2013), p. 216.
  10. Michigan State University, “Seventeen Moments in Soviet History,”Roosevelt to Stalin, March 25, 1945:“[I have received the contents of] a letter … from Mr. Molotov regarding an investigation being made by Field Marshal Alexander into a reported possibility of obtaining the surrender of part or all of the German army in Italy. In this letter Mr. Molotov demands that, because of the non-participation therein of Soviet officers, this investigation to be undertaken in Switzerland should be stopped forthwith.“The facts of this matter I am sure have, through a misunderstanding, not been correctly presented to you. The following are the facts:“Unconfirmed information was received some days ago in Switzerland that some German officers were considering the possibility of arranging for the surrender of German troops that are opposed to Field Marshal Alexander’s British-American Armies in Italy.
  11. http://www.presidency.ucsb.edu/ws/?pid=16589.
  12. Stuart Rosenblatt, “The British Empire’s Cold War vs. the U.S.-Russia Alliance,” Executive Intelligence ReviewJuly 11, and August 1, 2014, provides an overview of British-guided postwar strategy.
  13. Allen Dulles justified the ratlines by stressing, in each case, how the individual Nazi in question had better manners than the typical brute, wanted to be useful to the Western cause, and had at some point been in factional conflict with Hitler—just as he himself claimed that, by the late 1930s, he had criticized the pro-Nazi policy of his brother and their law firm, Sullivan and Cromwell.
  14. “Heirs of the OUN, Grandchildren of MI6” in “British Imperial Project in Ukraine: Violent Coup, Fascist Axioms, Neo-Nazis,” Executive Intelligence Review, May 16, 2014.