Le Brexit offre à la Grande-Bretagne la possibilité de mieux aider ses régions les plus pauvres

Le brexit pourrait aider à mieux cibler les financements des régions les plus pauvres.
Le Brexit pourrait aider à mieux cibler les financements des régions les plus pauvres.

On a beaucoup parlé du montant de la contribution du Royaume-Uni au budget de l’UE durant la campagne du référendum pour le brexit et le sujet attise toujours autant l’intérêt, on discute d’un « dividende Brexit » et d’une « facture du divorce », alors que la Grande-Bretagne approche de la sortie. Comme les négociations sur la nature des relations entre le Royaume-Uni et l’UE post-retrait doivent encore avoir lieu, une chose est sûre : le Royaume-Uni n’aura plus accès aux fonds structurels européens. La question est donc de savoir ce que la Grande-Bretagne fera pour combler ce manque.

Ces fonds comprennent le Fonds européen de développement régional (FEDER) et le Fonds social européen (FSE), qui visent à rééquilibrer les écarts sociaux et économiques entre les régions de l’UE. Ils sont alloués aux États membres sur une base septennale en vertu du cadre financier pluriannuel de l’UE (CFP), duquel le Royaume-Uni a reçu 10,6 milliards d’euros (9,4 Mrd £) de fonds structurels pour le cycle de financement 2014-2020. Ces fonds sont octroyés selon un principe de cofinancement : le financement de l’UE représente 60% des investissements et les 40% restants proviennent des secteurs public et privé. Tout cela équivaut à un financement total de 19,7 milliards d’euros (17,5 milliards de livres sterling) pour la période 2014 – 2020.

A l’heure actuelle, les fonds structurels sont alloués à toutes les régions de l’UE, les moins développées (définis comme ayant un PIB inférieur ou égal à 75% de la moyenne de l’UE) recevant la plus grande part du financement. Les Galles de l’Ouest et les îles Scilly sont les deux seules régions du Royaume-Uni qui relèvent de la définition de « région moins développée » de l’UE. Les autres régions sont définies comme étant « en transition » – PIB compris entre 75 % et 90 % de la moyenne de l’UE – et plus développées – PIB supérieur ou égal à 90 % de la moyenne de l’UE.

Le programme a été critiqué à juste titre pour son manque de précision, avec des mesures telles que la valeur ajoutée brute utilisées pour déterminer les besoins. De telles mesures altèrent la prospérité de zones où la richesse et la pauvreté sont extrêmes et, de ce fait, un quartier tel que Tower Hamlets à Londres (l’un des plus défavorisés du Royaume-Uni) a reçu moins de fonds en raison de sa proximité avec la City de Londres.

Un programme de financement régional remanié, que le gouvernement envisage de mettre en place, devrait utiliser d’autres mesures telles que les indices de privation multiple (« Indices of Multiple Deprivation, IMD en anglais) afin d’allouer des fonds aux régions qui en ont le plus besoin.

En juillet, le gouvernement annonçait une garantie de financement à tous les projets pour lesquels un financement était prévu par l’UE sur la période 2014-2020. Au cours du même mois, James Brokenshire (secrétaire d’État au Logement, aux Communautés et aux Gouvernements locaux) annonçait au Parlement la conception d’un Fonds de prospérité partagée (UKSPF) qui serait instauré une fois que le Royaume-Uni quitterait l’UE et son financement structurel.

Le fonds aura pour objectif de « renforcer les fondements de la productivité tels qu’énoncés dans la Stratégie Industrielle pour aider les gens à bénéficier de la prospérité économique ». Le gouvernement entreprend actuellement une consultation sur ce fonds et, à ce titre, n’a pas indiqué comment les financements seraient alloués et comment les progrès seraient mesurés, au-delà de la productivité d’une localité ou d’une région.

L’avantage de l’IMD est qu’il mesure la précarité relative par quartier, ce qui permettra au financement d’aller exactement là où il est nécessaire. Les progrès peuvent être mesurés en contrôlant dans quelle mesure un quartier devient moins défavorisé que d’autres grâce aux investissements.

De plus, l’utilisation de ces indices aura pour effet de renforcer les critères énoncés par M. Brokenshire. En effet, certaines des mesures utilisées pour calculer l’IMD sont conformes à l’aspiration du gouvernement à ce que le fonds renforce les bases de la productivité – comme le revenu, l’emploi, l’éducation, les compétences et la formation – et les autres mesures évaluent différentes formes de précarité – santé, criminalité, cadre de vie.

La volonté du gouvernement d’améliorer la prospérité de ceux qui vivent dans les régions moins développées est noble, mais d’autres facteurs concourant à une meilleure qualité de vie – comme la qualité de l’air, une bonne santé physique et mentale, le risque de victimisation personnelle et physique – devraient également être pris en compte.

Certains ont interprété le vote en faveur du Brexit comme le signe d’un clivage entre les gagnants et les perdants de la récente période économique. Des recherches menées par le Centre for Social Investigation du Nuffield College d’Oxford ont révélé que lorsque l’on demandait aux partisans du Leave de classer par ordre d’importance quatre raisons qui influèrent leur choix au moment du référendum sur le Brexit, la moins importante était de « donner une leçon aux politiciens ». La plus importante était de « reprendre à l’UE le contrôle des migrations », suivie de « ne pas vouloir que l’UE joue un rôle dans l’élaboration des lois britanniques », et enfin « ne plus vouloir que le Royaume-Uni verse de l’argent à l’UE ».

Cela contredit l’interprétation du vote des Leavers comme étant l’expression de 52% de mécontentements au sujet des inégalités et, par conséquent, une proposition pour améliorer le financement du développement régional ne devrait pas être considérée comme répondant au résultat du référendum.

En effet, il n’y a pas de lien entre le soutien d’une collectivité locale au départ de l’UE en 2016 et le niveau de pauvreté dans cette zone. En particulier, il n’y a pas de corrélation entre la proportion de quartiers du décile inférieur de l’IMD et l’appui à un vote Leave lors du référendum pour le Brexit.

Néanmoins, lorsque le Royaume-Uni quittera l’UE, quel que soit le type d’accord qui soit négocié, il cessera de contribuer aux fonds structurels de l’UE et les régions du Royaume-Uni soutenues par ce fonds cesseront d’en être bénéficiaires.

Même s’il n’y a pas de lien entre le vote Leave dans une région et son niveau de précarité, le résultat du référendum a attiré davantage l’attention sur le fait qu’il y avait des collectivités qui, comparativement aux zones urbaines prospères, étaient à la traîne. Notre départ de l’UE doit donc être considéré comme une occasion d’améliorer le ciblage et l’efficacité du financement du développement régional et d’améliorer la qualité de vie des personnes vivant dans les quartiers les plus défavorisés du pays.

Lucky Dube

Source : CapX, traduit par Soverain


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2 Commentaires

  1. c’est quand même drôle de voir le temple du libéral-capitalisme (Angleterre et USA) en venir au Brexit et à Trump, tellement leur population a basculé dans la misère économique et la décrépitude culturelle… Mieux vaut tard que jamais, mais je me demande si le Brexit servira réellement le peuple britannique, ou bien si c’est encore la bourgeoisie qui tirera les marrons du feu… Pour mémoire, il y a 30 ans, avec Thatcher et Reegan, les mêmes nous disaient que la libéralisation allait « aider les plus pauvres à retrouver du travail » et bla bla bla… Alors, franchement, même si je déteste l’UE, je n’explose pas de joie… j’attends de voir.

  2. Les contributeurs

    En 2016, le budget de l’Union européenne s’élève à 155 milliards d’euros. L’Allemagne est le plus gros contributeur de l’Union européenne (23,3 milliards d’euros), suivie par la France (19,5 milliards d’euros), l’Italie (13,9 milliards d’euros) et le Royaume-Uni (12,8 milliards d’euros).

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