L’Aigle, le Dragon, et l’Ours

Article de Robert Gore via le blog Straight Line Logic, traduit par Soverain

Trump reconnaît-il les limites de la puissance américaine ?

Le nouvel ordre mondial de Trump vient directement du Parrain. Il y a trois puissances mondiales : les États-Unis, la Russie et la Chine. Aucune de ces puissances ne peut vaincre militairement l’une ou l’autre, et mĂŞme une alliance entre deux d’entre elles aurait du mal Ă  vaincre la troisième.

Comme Don Corleone, Trump divise le plus grand territoire en sous-territoires plus petits et contrĂ´lĂ©s par la grande puissance. Il reconnaĂ®t implicitement la domination de la Russie et de la Chine dans leurs propres sphères d’influence et leur rĂ©clame des comptes sur leur territoire. L’accord implicite entre les trois est apparemment que chaque puissance va, dans leur « sphère d’influence… faire respecter la paix ».

« Le nouvel ordre mondial de Trump« , SLL 3/20/20/18

En une semaine, le prĂ©sident Trump a confirmĂ© que sa première prĂ©occupation Ă©tait les États-Unis, qu’il a ce qui pourrait ĂŞtre une vision pragmatique de leur place dans le monde, et qu’il dĂ©teste le mondialisme et les mondialistes.

Une bonne indication de son efficacitĂ© est l’indignation qu’il suscite. D’après cette indication, cette semaine Ă©tait son heure de gloire… jusqu’Ă  prĂ©sent.

L’Europe n’aura pas de siège Ă  la table des grandes puissances de Trump. Ses États providence sont dĂ©pendants, profondĂ©ment endettĂ©s, s’appuient sur des accords commerciaux inĂ©gaux avec les États-Unis et ont des taux de natalitĂ© infĂ©rieurs au taux de remplacement. Ils sont intimidĂ©s par la propagande sponsorisĂ©e par Soros – l’immigration est la solution ! – et n’ont pas empĂŞchĂ© l’invasion des immigrants. Refusant de dĂ©penser pour leurs propres armĂ©es, ils ont utilisĂ© ce qu’ils Ă©conomisent en matière de dĂ©fense pour subventionner les dĂ©penses sociales et les administrations de l’État.

Ils ignorent une leçon de l’histoire : les nations qui comptent sur d’autres nations pour leur dĂ©fense en viennent gĂ©nĂ©ralement Ă  le regretter. Au lieu de cela, ils sont mariĂ©s aux acronymes globalistes : OTAN, UE et ONU. Ils ont gaspillĂ© leur puissance et leur gloire – le patrimoine et la civilisation de l’Europe – en optant pour l’invasion sous couvert d’assimilation par des ennemis dogmatiques et implacables.

Trump reprĂ©sente la puissance et mĂ©prise la faiblesse. Il n’y a pas toujours de la force dans le nombre. Une fĂ©dĂ©ration de faibles n’est pas synonyme de force, surtout lorsque les postulats et les principes des faibles sont fondamentalement mauvais. Le plus fort des faibles est l’Allemagne, une puissance commerciale mais un vassal militaire amĂ©ricain. Il est difficile de dire si le mĂ©pris de Trump pour Angela Merkel est politique – elle est l’un des partisans les plus visibles et les plus bruyants du mondialisme – ou personnel, c’est toujours « on fait comme je veux sinon rien ». Probablement les deux, et il semblerait que l’Allemagne revoie enfin sa façon de faire en matière d’immigration.

Trump a clairement apprĂ©ciĂ© de la snober, elle et ses amis du G-6, en particulier les jouets pour garçons Trudeau et Macron, qui pensaient que leurs poignĂ©es de main qui lui Ă©crasent les os intimidaient Trump. Quand vous payez pour la dĂ©fense d’un continent et que vous leur donnez un accord commercial plus avantageux que ce qu’ils vous offrent en retour, il est en position de force, et Trump le sait. Il n’est pas intimidĂ©.

Les atlantistes amĂ©ricains ont utilisĂ© ce levier pour cimenter l’Europe dans l’empire confĂ©dĂ©rĂ© des États-Unis. Que Trump soit prĂŞt Ă  faire sauter l’Europe suggère qu’il est peut-ĂŞtre sur le point de faire sauter l’empire.

Les impĂ©rialistes amĂ©ricains assimilent le recul de l’empire Ă  un « dĂ©clin », mais un tel changement radical serait exactement le contraire. Les empires ont besoin de plus d’Ă©nergie et de ressources pour se maintenir que ce qu’il est possible d’en extraire. Ils sont inĂ©vitablement une route vers la ruine.

Rien n’est aussi rĂ©vĂ©lateur sur le plan gĂ©opolitique que Trump quittant très tĂ´t les chefs d’État les plus « importants » d’Europe pour rencontrer le dirigeant de l’un des plus pauvres d’Asie. Le temps de l’Europe est rĂ©volu, l’avenir appartient Ă  l’Asie. Le « pivot » de Barack Obama vers l’Asie pourrait avoir la mĂŞme signification, mais ce n’Ă©tait pas le cas. Ce pivot a Ă©tĂ© conçu pour encercler la Chine sur les plans diplomatique, Ă©conomique et militaire. Ce raisonnement persiste dans une grande partie de l’armĂ©e amĂ©ricaine, mais Trump semble avoir quelque chose de diffĂ©rent Ă  l’esprit.

La Chine a ses propres difficultĂ©s. Une grande partie de son Ă©conomie, en particulier son secteur financier, est contrĂ´lĂ©e par l’État, malgrĂ© le vernis capitaliste. Son endettement excessif apparaĂ®tra au grand jour. Le système rĂ©pressif de crĂ©dit social est le reflet de la politique immorale du gouvernement : faire en sorte que le peuple chinois reste docile mais productif. Cependant, la docilitĂ© et l’innovation – le fondement du progrès – se mĂ©langent aussi facilement que le pĂ©trole et l’eau, et le vol des innovations des autres ne peuvent pas combler le vide.

Nonobstant ces problèmes, la Chine est une puissance majeure et ne sera pas encerclĂ©e ou verra son rĂ©gime changer par les Etats-Unis. L’initiative Belt and Road Initiative (BRI) [NDT : Route de la Soie] qu’elle coparraine et finance avec la Russie est la pièce maĂ®tresse d’un arsenal d’initiatives destinĂ©es Ă  renforcer l’influence et le leadership de ces pays au sein de l’Eurasie et parmi les pays Ă©mergents. Le BRI est un symbole significatif du glissement vers la multipolaritĂ©, la concurrence passant de la sphère militaire Ă  la sphère Ă©conomique et commerciale.

Trump accepte implicitement la domination russe et chinoise en Eurasie. Cependant, Trump ne donne pas sans recevoir ; il va arracher des concessions. La première sur la liste est la CorĂ©e du Nord et ses armes nuclĂ©aires. Nous ne saurons probablement jamais ce qui s’est passĂ© en coulisses entre Kim Jong Un, Xi Jinping et peut-ĂŞtre Vladimir Poutine, mais Kim a peut-ĂŞtre reçu une offre qu’il ne pouvait pas refuser. La Chine et la Russie ont tout Ă  gagner d’une pĂ©ninsule corĂ©enne exempte d’armes nuclĂ©aires et de troupes amĂ©ricaines. Peu importe ce qui s’est passĂ©, Kim a changĂ© d’avis. Trump a attĂ©nuĂ© toute humiliation potentielle, en se rendant dans la rĂ©gions de Kim, en rĂ©alisant un clip vidĂ©o inspirant et en flattant le leader nord-corĂ©en et son pays. Kim, le leader visionnaire, peut ĂŞtre en mesure de parvenir Ă  un accord ; Kim, la marionnette Ă  froncer les sourcils, n’y parviendrait pas. S’il essayait, il serait probablement destituĂ©, ce qui reprĂ©sente toujours un danger pour les dictateurs.

Alors que la concurrence mondiale passe du militaire Ă  l’Ă©conomique, Trump va Ă©galement s’assurer de faire pencher, autant que possible, les règles de cette concurrence vers les États-Unis. Il y a les accords commerciaux existants avec l’Europe, le Canada et le Mexique qu’il est prĂŞt Ă  faire sauter, probablement pour obtenir de meilleurs arrangements.

La Chine fait cavalier seul lorsque le commerce est en jeu, et c’est aussi le cas de Trump. Une grande partie de l' » atout  » chinois provient de l’excĂ©dent de capacitĂ©s chinoise, alimentĂ©e par des taux d’intĂ©rĂŞt infĂ©rieurs Ă  ceux du marchĂ© en Chine et dans le monde entier. Trump ne peut pas faire grand-chose Ă  propos de cet  » atout « . Ce rĂ©gime Ă  faible taux d’intĂ©rĂŞt finira par s’effondrer et brĂ»ler, mais il faudra une dĂ©pression pour Ă©liminer cet excĂ©dent de capacitĂ©s en Chine et ailleurs.

L’innovation et la propriĂ©tĂ© intellectuelle constituent l’un des avantages Ă©conomiques incontestables de l’AmĂ©rique. MalgrĂ© l’ampleur de la tâche, Trump s’efforce de freiner les acquisitions de la Chine, par tous les moyens, du savoir-faire amĂ©ricain. S’il y parvient, cela ralentira, mais sans pour autant le stopper, le poids lourd Ă©conomique chinois. Elle compte des millions de personnes compĂ©tentes, instruites et consciencieuses qui continueront d’alimenter l’innovation nationale (en dĂ©pit de la docilitĂ© imposĂ©e par l’État).

Trump a Ă©tĂ© confrontĂ© Ă  trois rĂ©alitĂ©s lors de sa prise de fonction. L’empire amĂ©ricain est non viable Ă  long terme, de mĂŞme que la courbe de ses dĂ©penses et de sa dette, et le gouvernement est fondamentalement corrompu. Il serait stupide de penser que Trump ne comprenne pas ces problèmes et les liens entre eux.

« Le nouvel ordre mondial de Trump »

Si Trump a compris cette première rĂ©alitĂ© et met en Ĺ“uvre le principe des sphères d’influence de Don Corleone, il pourrait avoir une certaine marge de manĹ“uvre pour aborder les deuxième et troisième rĂ©alitĂ©s insurmontables : la trajectoire des dĂ©penses et de la dette des États-Unis et le gouvernement fondamentalement corrompu. Sur la dette, toute la marge de manĹ“uvre du monde ne le sauvera pas. Les États-Unis continuent de faire croĂ®tre son montant, qui s’ajoute Ă  la hausse des taux. RĂ©duire les dĂ©penses impĂ©riales pourrait aider, bien que les prestations sociales soient les plus importantes. Toutefois, pour faire le premier pas vers la solvabilitĂ©, le gouvernement amĂ©ricain devra dĂ©gager un excĂ©dent important pendant de nombreuses annĂ©es. Rien de tel ne se profile Ă  l’horizon.

En ce qui concerne la corruption, des milliers d’articles de blogueurs et de commentateurs, y compris SLL, pourraient avoir moins de valeur pĂ©dagogique pour la population en gĂ©nĂ©ral qu’une simple manifestation : la plupart des dirigeants amĂ©ricains et leurs mĂ©dias « aux ordres » s’Ă©lèvent contre une initiative de paix, non pas sur les mĂ©rites de l’initiative elle-mĂŞme, mais parce que Donald Trump en a Ă©tĂ© l’un des initiateurs.

Cela montre aux AmĂ©ricains qui s’informent tout ce qu’ils ont besoin de savoir sur leurs dirigeants et leurs mĂ©dias « aux ordres ». Après, savoir s’ils vont faire quelque chose Ă  ce sujet est une autre question.

Article de Robert Gore via le blog Straight Line Logic

Voir aussi : A propos de l’auteur
Voir aussi : https://www.zerohedge.com/news/2018-06-22/eagle-dragon-and-bear

0 0 voter
Évaluation de l'article
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur telegram
Partager sur vk