La tyrannie de la géographie

Article de Andreas Andrianopoulos paru sur Strategic-Culture, traduit par Soverain

Tout le monde peut constater que la géographie détermine le destin d’une nation dans sa recherche de parcours historiques spécifiques et dans l’adoption d’orientations psycho-nationalistes bien connues. Sans océans ou hautes montagnes comme barrières naturelles, la Russie a développé au fil du temps un sentiment de méfiance envers les étrangers et une nervosité justifiée à l’égard des invasions et de la domination extérieure.

Pour la Grèce, la proximité de la Turquie (qui est islamique et, parfois, hostile) a inculqué un état d’esprit qui n’aurait pas existé si l’environnement naturel était différent. Les centaines d’îles éparses de la mer Égée nécessitent des dépenses militaires massives pour se doter d’une flotte pour les défendre.

Des pays comme la Chine et le Japon, avec d’énormes barrières physiques pour les protéger – une immensité terrestre ou un vaste océan – ont historiquement réussi à éviter de nombreuses invasions fatales. C’est exactement le contraire pour des pays comme la Pologne, la Lituanie, l’Autriche et l’Ukraine, dont l’absence de défenses physiques fortes les a condamnés, au fil des siècles, à être soumis à des agressions extérieures, ainsi qu’à servir de voies d’accès aux armées ennemies se dirigeant vers leur objectif de conquête.

Très souvent, les événements qui déterminent le sort d’un pays donné se déroulent sur la base des particularités géographiques de ce territoire. La fortune de la Grèce, par exemple, a été façonnée en fonction des préoccupations et des intérêts des grandes puissances de l’époque. Celles-ci ont toujours été centrées sur la géographie.

L’État grec a été formé à la suite d’un bouleversement radical de la structure de l’Empire ottoman et des besoins des puissances dominantes de l’époque pour faire face au vide géopolitique émergent. La bataille maritime de Navarino, sur la côte ouest de l’ancienne région du Péloponnèse, qui marquait clairement le succès final de la révolution grecque contre les Ottomans, a récompensé les efforts de la Grande-Bretagne, de la Russie et de la France pour mettre fin au contrôle ottoman des îles de la mer Égée, de l’Égypte et de la mer Noire.

La géographie est donc le facteur dominant dans la plupart des développements des affaires internationales. Elle impose le respect de ses caprices aux gens ordinaires et un examen minutieux de ses exigences et de ses besoins globaux. Elle détermine le type d’armes qui seront achetées et utilisées, ainsi que le terrain qui sera exploité.

Le mépris de la géographie se traduit généralement par des échecs et des catastrophes. Il écrase les avantages et élimine les sentiments de supériorité. Une étude approfondie de ses caractéristiques produit des résultats positifs et bâtit la réputation. Dans le passé, elle a également favorisé l’établissement d’empires. La politique n’est vraiment rien sans la géographie. La psychologie d’une nation est souvent contrôlée par son emplacement, et les mappemondes ont un pouvoir que les politiciens doivent inévitablement apprendre à apprivoiser.

Les pays enclavés développent des traits psychologiques particuliers et finissent généralement par s’enliser dans la xénophobie et le sentiment général de méfiance, tandis que leur comportement extérieur dépend de leur taille et de leurs relations historiques avec leurs voisins. Il en va autrement si leur plus proche voisin est la Chine (par exemple la Mongolie) ou si ce pays se trouve au milieu des Balkans déchirés par la guerre (par exemple l’ex-République yougoslave de Macédoine ou le Kosovo). Les nations insulaires ou côtières sont plus cosmopolites, tournées vers l’extérieur et sujettes à l’expansion et à une croissance économique agressive (par exemple la Grande-Bretagne, le Japon, les Pays-Bas et l’Espagne).

La lecture de cartes est une compétence essentielle pour les hommes d’État contemporains afin qu’ils puissent développer une vision appropriée de la situation géographique de leur pays et de ses défis géostratégiques. Étonnamment, l’ignorance de la géographie est assez courante chez les politiciens dans de nombreux pays du monde.

C’est pourquoi les catastrophes sont fréquentes et que les populations en souffrent.

Il faut comprendre que la géographie façonne non seulement l’histoire mais aussi la destinée humaine*. Dans un monde de plus en plus complexe, chaotique et interconnecté, la géographie joue un rôle crucial dans la formation de la géopolitique. Comprendre la géographie est un moyen efficace de comprendre le monde et de faire des projections justes pour l’avenir.

*Lire aussi. Tim Marshall, Prisonniers de la Géographie. Londres, 2016 et Robert D. Kaplan, La revanche de la Géographie. New York, 2017

Article de Andreas Andrianopoulos paru sur Strategic-Culture, traduit par Soverain





À l'attention de nos lecteurs:
  • Soverain a réalisé cette traduction d'article pour vous faire partager un point de vue bien souvent non abordé par nos médias francophones. Les propos tenus par l'auteur ne reflètent pas forcément la ligne éditoriale de Soverain; dès lors qu'un article traite un sujet de façon intéressante, cohérente et vérifiée, il a sa place sur notre site.
  • Tous les articles/auteurs ayant un parti-pris, nous attirons votre attention sur le fait, qu'ici comme ailleurs, vous devez faire preuve d'esprit critique, et croiser plusieurs sources d'informations pour vous faire un avis personnel sur un sujet/événement.
  • Cet article est soumis à la licence [Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International], vous pouvez donc le reproduire à des fins non commerciales.