La duperie des 4 mesures de Macron

Les 4 duperies de Macron

Article repris de la page Eddy Frexitons.

Après l’allocution télévisée d’Emmanuel Macron qui s’est exprimé ce 10 décembre 2018, pour la deuxième fois suite au mouvement sans précédent des Gilets Jaunes, il me parait utile de revenir sur ce qui a été annoncé, et qui pourrait s’avérer bien plus à double tranchant qu’il n’y parait. Pour éclaircir mes concitoyens sur une partie de ce qu’il y a à lire entre les lignes dans les mesures annoncées par le président de la République, revenons en détails sur celles-ci en examinant factuellement ce qu’elles signifient et que la brochure ne dit pas.

Les heures supplémentaires défiscalisées dès 2019

La mesure est alléchante pour le salarié, mais attention à la myopie. Macron s’était différencié légèrement de Sarkozy, qui l’avait déjà apporté dans sa valise en 2007, en exonérant les heures supplémentaires de charges sociales sans les défiscaliser totalement en sus, pour éviter de faire du copier-coller de son illustre prédécesseur au titre des présidents arrogants. Pas de bol, cette mesure annoncée après l’Acte 4 des Gilets Jaunes nous ramène exactement à ce schéma déjà connu.

Pourquoi parler de myopie ? Parce que le gain immédiat potentiel sur le pouvoir d’achat aura beau paraître séduisant pour certains, si on parle de défiscaliser et exonérer de charges sociales les salaires, ça s’appelle avant tout « désocialiser » le salaire, et cela veut dire des moyens en moins pour l’État. La destination qui se fait jour de manière latente d’une telle trajectoire ? C’est que chacun se débrouillera de plus en plus par lui même. Le citoyen un minimum éclairé doit toujours avoir cela à l’esprit, et vous allez d’autant plus comprendre avec la suite des mesures.

Le SMIC augmenté de 100€ (quoique…)

On ne connait pas encore à cette heure le montage précis pour le financement de cette mesure, mais Emmanuel Macron a déjà précisé que cette hausse du SMIC de cent euros ne coûterait rien à l’employeur. Là aussi, qu’il s’agisse d’une diminution des charges patronales pour compenser la hausse de rémunération ou autre, lorsqu’on annonce qu’il n’y aura pas d’impact sur l’employeur, ça veut dire le plus probablement un revenu sans cotisations sociales. En d’autres termes : on est en train de désocialiser le revenu du travail (c’est-à-dire détruire notre système de redistribution via les cotisations sociales), car on profite de ces mesurettes à la fois opportunistes et clientélistes pour mettre de moins en moins en commun de la richesse produite pour financer nos services publics, nos retraites, etc.

Concrètement, la désocialisation même partielle du salaire, ça donne que le jour où verrez vos droits calculés pour l’allocation chômage en cas de sortis de l’emploi : on vous expliquera que vous n’aurez pas grand chose par rapport à ce que vous gagniez parce qu’une partie de ces revenus était des heures supplémentaires ou primes exonérées de charges (avec moins ou sans cotisations sociales). Donc vu que vous aurez moins cotisé dans votre carrière même si vous gagniez bien votre vie, vous aurez le droit petit à petit à un chômage ou une retraite amoindris. Sur le moment on vous dit « Regardez, je supprime des cotisations dans le salaire Brut, ça augmente votre revenu Net, vous avez plus de pouvoir d’achat ! ». Sauf que toutes les dépenses en dehors du quotidien (la maladie, la vieillesse, le chômage, les services publics…) vous n’avez plus rien car on a enlevé les cotisations ; et la classe politique de vous dire tout légitimement que l’État n’a plus l’argent pour financer tout ça voyons… C’est beau hein ?

Annulation de la hausse de CSG pour les petites retraites

La hausse en question avait aussi un air d’altération de notre modèle de société, dans la droite ligne du libéralisme mécanique imposé par l’appartenance à l’Union européenne (et des Grandes Orientations de Politique Économique de la Commission européenne, lesquelles poussent déjà par exemple depuis des années à favoriser les systèmes de retraites par capitalisation). Et cela tombait bien puisque cette troisième annonce, consistant à annuler la hausse de la CSG pour les pensions de retraites inférieures à 2000€, émane du refus de cette logique par le peuple.

Cette mesure est pourtant la seule véritable de cette annonce du président de la République, en ce qu’elle est un recul effectif face aux revendications portées par les Gilets Jaunes. Et elle est heureuse, tant cette hausse était inique vis-à-vis de nos aînés (ceci, d’autant plus que ne pas toucher à ces derniers était une promesse du programme de Macron à la présidentielle, qu’il avait outrageusement violé). Là encore, il faut souligner que l’amaigrissement des pensions de retraites issues du système par répartition à la française, est un coup pervers porté à ce dernier pour le ternir, et inciter sans le dire les Français à mettre d’eux mêmes de l’épargne sous le matelas en prévision d’une retraite trop maigre. C’est à dire pousser implicitement à un système de retraites par capitalisation, en définitive un système au demeurant bien plus précaire en cas de crises financières, comme on l’a vu en 2008 où l’épargne d’une vie entière a pu disparaître du jour au lendemain, avec la faillite de fonds de pensions et autres établissements associés qui a touché des milliers de personnes aux États-Unis.

Prime de fin d’année défiscalisée versée par les entreprises

Enfin, Emmanuel Macron a annoncé qu’il demandait aux entreprises de verser une prime de fin d’années à leurs employés, pour participer à l’apaisement social dont a besoin le pays – ou plutôt dont ont besoin les institutions, secouées par le soulèvement des Gilets Jaunes. Mais que les entreprises se rassurent, à la suggestion du MEDEF sans aucun doute, cette prime n’est pas obligatoire, et l’on compte seulement sur le bon vouloir des entreprises elles-mêmes pour y consentir ou non, tout en sachant que celles qui peuvent se le permettre le pratiquent déjà pour pour une bonne partie d’entre elles.

Du reste, il n’est pas indispensable de revenir longuement sur ce point-ci, qui a de commun avec les deux précédents une moindre rentrée d’argent pour l’État et le système redistributeur. On pourrait évidemment objecter que de toutes façons cette hausse de revenus n’étant initialement pas prévue, il n’y a pas à proprement parler de manque à gagner du côtés des cotisations sociales sans lesquelles on avait prévu de faire jusque-là. C’est certes vrai, mais c’est quand même mettre un doigt dans l’engrenage du détricotage, pas à pas, de notre modèle social hybride bien à nous qui assure l’égalité chère à ce qui nous fonde en tant que peuple et a parfaitement fonctionné pendant les Trente glorieuses.

Bonus : le refus de rétablir l’ISF

Pensant avoir fait passer la caravane avec ces annonces aboyées en trompe l’œil, le président en a profité pour affirmer d’un ton militant : « l’ISF a existé pendant 40 ans ! » et de demander de façon rhétorique « est-ce que nous vivions mieux ? » en y répondant bien sûr par la négative, au motif qu’aujourd’hui cela faisait fuir nos élites et nos investisseurs… Sauf que précisément, si, au contraire, nous vivions bel et bien mieux d’une moindre disparité entres les bas et les hauts revenus, par la compensation de ces derniers via l’impôt sur la fortune (Il n’y a qu’à voir le nombre de SDF dans les rues des grandes villes de nos jours pour s’en rendre compte).

Mais pour cela aujourd’hui, bien entendu, encore faut-il pouvoir se défaire de l’interdiction de contrôler les mouvements de capitaux qui entrent ou sortent du pays, interdiction imposée par les traités européens (et ses technocratiques quatre ‘libertés’ de circulation des marchandises, des services, des personnes et… des capitaux, justement). Il est certain que si l’on est incapable de penser au-delà du logiciel de l’appartenance à l’Union européenne, l’ISF peut paraître moins convaincant à certaines courtes vues. Mais pour ceux qui envisagent toutes les possibilités, il y aurait largement matière à discuter de la pseudo non-pertinence de l’ISF, dans le cadre d’une politique globale qui se donne les moyens de sa cohérence.

Conclusion

Sur ce point annexe comme sur les mesures principales annoncées ce 10 décembre par Macron, on est à des années lumières du niveau de revendications populaires issues des GJ, ou même des concessions de 1968, où le SMIC (à l’époque SMIG) avait été augmenté de 35%, et le reste des salaires d’environ 12%. D’ailleurs, comme l’a pertinemment noté Jacques Sapir ces derniers jours, si le SMIC avait suivi l’évolution du gain de productivité depuis le début des années 1980, il serait aujourd’hui de 2250€ contre 1200€ actuellement… Le peuple s’est fait avoir et déclassé depuis désormais trois décennies de construction européenne accélérée (faut-il rappeler que la France avait un niveau de vie comparable à la Suisse jusque dans les années 1970 ?). Et, sa prise de conscience à cet égard allant croissante, rien ne dit qu’il se contentera de ces annonces à base de brioche…

Bref. Comme disait Coluche à propos des hommes politiques : « Certains ont l’air honnête, mais quand ils te serrent la main, tu as intérêt à recompter tes doigts ».

Eddy Frexitons





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