La désinformation des masses ou le fétichisme moderne de l’abrutissement

Si il y a bien un point commun entre tous les partis politiques sous-représentés (ou pas représentés du tout) à l’Assemblée Nationale, c’est bien leurs accusations sur la non-neutralité de nos grands médias nationaux. De la minimisation de l’ampleur des manifestations, en passant par les plaidoyers sur les conséquences des grèves plutôt que de débattre de leur cause, sans oublier l’omerta sur l’immigration massive ou le passage inexistant de certains partis politiques dans les médias, le verdict est sans appel : les médias français ne jouent plus leur rôle indispensable de contre-pouvoir, mais pire, ils deviennent le bras armé du gouvernement.

Crédits : Le Vent se lève

Tout le monde a encore en tête la présidentielle de 2017 avec les dizaines de magazines et de journaux télévisés faisant l’éloge d’Emmanuel Macron. Tout le monde se rappelle de l’affaire Fillon qui a monopolisé les temps de parole avant le premier tour (et dont on a plus aucune nouvelle depuis l’élection). Et tout le monde se rappelle du deuxième tour présenté par les médias comme un non-choix, la question ne se posait pas, il fallait voter pour Macron si on voulait préserver la république, la démocratie et les droits de l’homme en France (rien que ça). Cette petite piqure de rappel un an après ne fait pas de mal quand on voit tous les acteurs politiques et tous les Français être vent debout contre toutes les décisions prises par le gouvernement LREM, la loi sur les « Fakes-news » étant la cerise sur le gâteau, loi semblant taillée sur mesure pour faire un pied de nez à tous nos concitoyens s’étant abreuvés abondamment des propos fallacieux tenus par nos médias pendant la campagne présidentielle.

Extrait du tableau récapitulatif des aides à la presse

Le fait que la majorité des journalistes (80% selon certaines analyses) sont de gauche, ou ont tendance à être à gauche pourrait-il expliquer à lui seul la situation? À la limite cela pourrait certainement expliquer le traitement médiatique réservé aux idées et aux politiciens de droite, mais ne prouve rien sur le traitement favorable du gouvernement en place. Nous pourrions aussi citer les aides à la presse s’élevant à plusieurs dizaines de millions d’euros (sans compter les autres aides non rendues publiques comme l’aide postale), les journalistes peuvent-ils mordre la main qui les nourrit ? Qu’importe, il doit bien rester des journalistes qui font leur travail consciencieusement, restons optimistes. Regardons plutôt qui détient les médias en France. Ce n’est un secret pour personne, 10 milliardaires possèdent la majorité des organes de presse en France. Les centaines de titres de presse nous donnant un semblant de choix et de pluralité sont en fait la propriété de quelques entités, nationales comme étrangères, propriétaires également de grandes entreprises et pour certaines d’entre elles, faisant parti des plus grandes fortunes françaises. De là à faire le lien entre le monde médiatique et financier il n’y a qu’un pas, qu’il est facile de franchir… En fait, aucun média n’a jamais été vraiment indépendant : les journalistes devant toujours respecter la ligne éditoriale définie par le propriétaire du média (l’Humanité=communiste, Le Figaro=Dassault, défendant le grand capitalisme de connivence, plus récemment l’exemple de Bolloré qui a pris le contrôle des médias pour servir ses intérêts personnels).

À partir de ces arguments, il est facile de concevoir le cheminement logique (et la sélection) de l’information fournie depuis les propriétaires des médias, les chefs de rédaction et les journalistes. Le plus intéressant est ce que le Français lambda fait de cette information. En sachant pertinemment que l’information contenue dans ces journaux est biaisée (parfois fausse, mais le plus souvent politiquement orientée, subjective, mais aussi omettant d’autres points de vue autant nationaux -par exemple les eurosceptiques- qu’internationaux -tel que l’acharnement sur la Russie-), la presse papier se vend encore à plus de 2 milliards (oui vous avez bien lu) de titres par an en France.

Il est temps de dresser maintenant le portrait de ces Français qui se laissent avoir par ces manipulations politico-médiatiques, et qui au final se révèlent être les principaux acteurs de ce jeu de dupes (certains combinent plusieurs catégories à la fois) :

  • Le manichéen : l’absence de débats publics et le parti-pris des médias ont tendance à polariser l’opinion publique, ceux qui sont pour et ceux qui sont contre (généralement l’un des deux sera également associé à un xénophobe ou un fasciste, même si ça n’a aucun rapport avec la divergence considérée). Il n’y a plus de place pour la nuance et pour le doute. Si vous ne pensez pas comme eux, vous êtes forcément contre eux. Le manichéen est tellement enfermé dans ses idées politiques qu’il pense mener une croisade contre l’obscurantisme, et que par conséquent il se situe dans le camp du bien. Les exemples sont légions et s’appliquent à (presque) tous les domaines :
    • L’Union européenne (pro-UE / anti-UE)
    • L’immigration (tolérance zéro / immigration incontrôlée)
    • Le bloc atlantiste (pro-USA / pro-Russie)
    • Le clivage gauche-droite (progressiste / xénophobes)
    • Etc.

  • Le censeur : c’est le plus souvent une sous-catégorie des manichéens. Si vous n’êtes pas de leur avis, vous n’avez pas le droit de jouir de ce droit fondamental qu’est la liberté d’expression. Pour cela il usera de tous les outils en sa possession pour vous faire taire à tout jamais. Tout d’abord cela passe par un simple signalement de vos propos aux modérateurs des réseaux sociaux comme étant du contenu indésirable ou contrevenant aux conditions d’utilisation. Si plusieurs censeurs agissent de concert, ils peuvent berner les algorithmes et arriver à leurs fins. Dans ce cas il vous faudra prendre votre mal en patience le temps qu’un modérateur du « service client » daigne rétablir votre droit à la parole. Si vous survivez moralement à cette étape (et si sur le coup de la colère vous n’avez pas fui vers VK pour rester « entre personnes qui pensent la même chose »), le censeur regroupera suffisamment de disciples pour engager une procédure auprès d’associations (financées par des organismes difficilement traçables). Là encore les plus forts survivront à cette étape, la justice émettant un simple non-lieu après plusieurs semaines/mois de démarches administratives épuisantes. Après cette étape, tout dépendra de la qualité du censeur, si il a des connaissances haut-placées ou pas, si il est plutôt adepte de la violence physique ou pas. Tout est possible, surtout quand il a les médias de son côté. Si vous n’avez pas de temps à perdre, essayez d’éviter son chemin.

  • Le thésard passionné : il a la science infuse dans tous les domaines, vous ne ferez pas le poids. Son intuition est forcément la bonne, et même si vous lui mettez les arguments sous les yeux de ce que vous avancez, ça ne sera jamais suffisant pour le convaincre. Ses domaines de compétences sont sans limites, la politique, la chimie moléculaire, la physique nucléaire et quantique, le domaine militaire et médical, l’environnement, l’économie, la philosophie, rien ne lui échappe. Il est souvent à l’origine de débats stériles interminables pour vous convaincre que vous avez tort. De bonne foi vous essaierez pendant de longues heures d’apporter les preuves de vos propos, études à l’appui, en vain. A fuir donc.

  • Le pro-américain : depuis tout petit on lui a enfoncé dans le crâne (écoles, médias, culture propagande cinématographique) que si la France existait encore, c’était grâce à l’intervention divine du débarquement américain sur les plages normandes en 1944 (des témoignages rapportent même que Saint-Michel précédait les flottes « alliés »). Pour lui, l’histoire de France commence donc en 1944 après J.C, il en est convaincu. À partir de là, le doute n’est plus permis, la France doit faire partie de l’OTAN quoiqu’il advienne, comme une sorte de tribut que les Français devraient honorer ad vitam æternam. Bien qu’il soit pro-américain, il suit la ligne éditoriale des médias américains, donc il est logiquement anti-Trump. Généralement le caractère manichéen s’applique également au pro-américain, qui est donc en toute logique antirusse. La Russie, plus spécialement Vladimir Poutine, est le mal absolu, qui n’a qu’une obsession en tête : envahir l’Europe. En effet nous pouvons facilement constater que la Russie a placé son territoire tout près des bases militaires de l’OTAN. Coïncidence ? Je ne pense pas.

  • Le pro-russe : il va de pair avec le pro-américain, l’un n’existerait pas sans l’autre. Comme pour combler le vide charismatique que subit la France depuis la disparition du Général De Gaulle, le pro-russe s’est tourné vers Vladimir Poutine. Pour lui, l’ennemi de notre ennemi est forcément notre ami, c’est donc un manichéen convaincu, le monde se divise en deux, le Bien contre le Mal. À aucun moment il n’émet l’hypothèse que la Russie suit ses propres intérêts et pas forcément ceux de la France. Par conséquent, il a vécu l’arrivée de RT France comme un cadeau du ciel pour répandre la bonne parole. Si il a lu tous les articles de RT France, il se rabattra sur Sputnik France, qui n’aura pas manqué de publier quelques articles sur le nouveau matériel militaire russe, comme pour se rassurer et envisager l’espace d’un instant que ce matériel servira un jour à sauver la France. Il lâche donc les médias français à la solde d’intérêts atlantistes ou financiers pour se blottir auprès d’un média russe. La Russie ayant tout à gagner d’une sortie de la France de l’UE et de l’OTAN, il est normal que les médias russes donnent la parole aux partis politiques et aux intellectuels qui abondent dans ce sens. Pas sûr que le pro-russe y gagne au change, mais il aura au moins l’impression d’avoir rejoint la résistance. J’invite quand même le pro-russe à s’informer sur les guerres franco-russes passées, comme la campagne de Russie, la guerre de la septième coalition et la guerre de Crimée (#AmnésieHistorique)
Bataille de Malakoff
  • Le pro-européen : ou plus précisément le pro-Union européenne. L’Union européenne n’est pas l’Europe, et vice-versa. Cet amalgame est souvent réalisé volontairement afin de discréditer les arguments des « anti-UE », à savoir ceux qui contestent le fonctionnement actuel de l’Union européenne et le chemin qu’elle prend. Le pro-UE l’est généralement par conditionnement (l’Éducation nationale veille au grain pour inculquer que l’ « Europe c’est la paix » ; notez bien ici l’utilisation de l’amalgame précédemment mentionné), ou par intérêt personnel (« il y a de l’argent à se faire dans tel domaine », ou encore la crainte de voir sa retraite ou son épargne bancaire dévaluée). Celui qui n’est pas d’accord avec le pro-UE est forcément nationaliste, replié sur lui-même, par conséquent c’est une excellente opportunité pour lui de faire défiler le générique du mur des lamentations comme : rappeler la montée du nazisme, les goulags soviétiques, la dictature de Kim Jong Un et l’installation de la démocratie dans le monde, particulièrement en Libye, en Irak et en Syrie. Le pro-UE vivant généralement en Europe (et ne pouvant pas fantasmer éternellement comme un pro-Russe ou un pro-USA), la réalité finira tôt ou tard par le rattraper : la délocalisation de son entreprise, l’augmentation des impôts, la baisse de la qualité du service public, la précarisation de son emploi auront généralement raison de lui, c’est juste une question de temps. En attendant, il vous faudra subir la propagande de la Commission européenne (et des médias nationaux) qui met les bouchées doubles pour convaincre les citoyens de l’Union qu’ils n’ont pas de soucis à se faire, leur destin est entre de bonnes mains. En attendant nous ne voyons pas de drapeaux de l’Union européenne dans les gradins des matchs de la coupe du monde en Russie. Les supporters de foot seraient donc tous des nationalistes belliqueux qu’il est urgent d’éradiquer ? Ou la prochaine coupe du monde sera l’occasion d’inaugurer une nouvelle équipe estampillée « UE » ?

  • Le propagateur de Fake-News : c’est bien connu que le temps c’est de l’argent, alors pourquoi prendre 5 minutes pour lire un article et aller vérifier les sources alors que l’on peut s’arrêter à l’image d’illustration, au titre (quand il sait lire), voire aux extraits (quand il a 10 secondes devant lui). C’est le pire de tous, car non content de propager des rumeurs et des fausses informations, il participe également à la détérioration de la qualité de l’information, et sert également de faire-valoir pour la loi sur les Fake-News. L’argent étant le nerf de la guerre (il faut bien vivre), pourquoi un analyste politique ou économique passerait 4 jours pour écrire un article sourcé et complet, qui sera vu quelques centaines (voir pour les plus talentueux milliers) de fois, tandis qu’il suffit de pondre un article (parodique ou non) de 15 lignes, sans sources, qui sera vu et partagé des dizaines de milliers de fois (revenu des publicités à la clé) juste parce que les lecteurs réagissent sur le coup de l’émotion (plus c’est gros plus ça passe), plutôt que d’analyser posément l’information qu’il contient ? Cette catégorie de personne fait la recette des sites parodiques comme le Gorafi ou encore NordPress.be, étant donné que les lecteurs s’arrêtent bien souvent au titre et à l’extrait d’article quand celui ci est partagé sur les réseaux sociaux, qui représentent un bon argument pour les défenseurs de la loi sur les Fake-News qui est dans les cartons à l’Assemblée nationale, et ça on ne peut pas le leur reprocher.

Pas de panique ! Fort heureusement tous les Français ne rentrent pas dans une de ces catégories, il s’agit même d’une minorité, certes la plus bruyante et la plus présente sur les réseaux sociaux, mais loin d’être représentative de la population. Quelques partis et militants politiques, conscients que les journalistes n’exercent plus correctement ce contre-pouvoir, ont décidé de créer leur propre média, comme « Le Média », « FranceLibreTV » ou encore « TVLibertés », et peut-être prochainement « UPR.TV ». Mais comme nous l’avons précisé, un média réellement indépendant et objectif n’existe pas, les faits d’actualité abordés sont forcément subjectifs afin de donner une plus grosse part du gâteau aux évènements allant dans le sens de la ligne éditoriale du média. L’existence même de ces médias en ligne est une bouffée d’air pour les personnes désirant mieux s’informer, sans subir le matraquage habituel des chaînes de télévision. Cependant il est nécessaire de garder son libre arbitre, de croiser les sources d’informations, de s’informer sur plusieurs médias aux lignes éditoriales différentes afin de ne pas s’enfermer involontairement dans un clivage partisan, qui sur le long terme, nous placerait dans la catégorie « manichéenne » et inévitablement nous couperait de certains points de vue.

Le véritable coupable de cette désinformation est l’atonie politique des Français : Macron déroule le programme maastrichtien sans aucune opposition crédible et hostile pour son régime, le peuple se plaint mais reste muet. Les tensions sociétales crispent la société française en jetant un voile sur le cœur de la vie de la cité à savoir la souveraineté. La souveraineté était déjà attaquée, la voilà qui se retrouve européenne, jetée en plein jour et emballée dans un paquet cadeau décoré des bons sentiments européistes. Le peuple européen existe selon eux, les Français ne sont plus borgnes, ils sont devenus aveugles. Les quelques voix qui s’élèvent sont étouffées dans l’œuf ou ridiculisées, voire poursuivies. La liberté d’expression est-elle morte ? Peut-être. Mais l’atonie politique des Français et leur zombification sont peut-être encore plus redoutables que la seule répression des idées. Elles donnent un côté tragique à la vie politique et à la France.

En attendant vous pouvez adopter des bonnes pratiques :

  • troquer les médias « mainstreams » subventionnés par des analystes politiques et économiques indépendants (ayant un bagage professionnel conséquent derrière eux et n’ayant pas fait bac +5 en marketing pour littéralement vous faire avaler une information), afin de promouvoir et encourager une élite intellectuelle qui fait cruellement défaut en France
  • et bien sur suivez Soverain qui vous propose du contenu varié, vous permettant de vous faire votre propre opinion sur l’actualité. N’hésitez pas à rejoindre notre équipe si vous souhaitez participer au projet !
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