La chancelière allemande soutient la création d’un Conseil de sécurité européen

Article de Alex Gorka, traduit par Soverain

Cette année, la chancelière allemande Angela Merkel ne s’est pas rendue à l’Assemblée générale de l’ONU trop occupée à s’attaquer à des problèmes intérieurs, tels que les querelles internes de la coalition au pouvoir. Elle a subi un sérieux revers fin septembre lorsque Volker Kauder, qui avait dirigé pendant de nombreuses années le groupe parlementaire de l’Union chrétienne-démocrate du chancelier (CDU) et de ses alliés bavarois Christian Social Union (CSU), a perdu dans une réélection contre son rival Ralph Brinkhaus, relativement peu connu. Le choc l’a fait vaciller. Le chancelier a compté sur Kauder pendant de nombreuses années et avait fait campagne pour sa réélection. Le vote a généralement été perçu comme une gifle et un signe qu’elle est en train de perdre le contrôle de son propre parti. Beaucoup pensent qu’Angela Merkel est devenue une cane boiteuse. L’Union chrétienne-sociale de Bavière (CSU), alliée de la CDU, risque de perdre sa majorité absolue pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le 14 octobre, date des élections locales. La principale raison est la montée de l’Alternative anti-immigration pour l’Allemagne (AfD), qui menace l’exceptionnalisme bavarois associé à la CSU depuis tant de décennies.

La réforme de l’UE est un problème de taille pour l’Allemagne. Cette question figure en bonne place dans l’agenda politique interne du pays. Présenter les propositions soutenues par les électeurs est le moyen d’inverser la tendance et de regagner en popularité.

Dans le discours qu’Angela Merkel a prononcé le 30 septembre lors de sa visite à Ottobeuren, en Bavière, la chancelière a fermement soutenu la création d’un Conseil de sécurité de l’Union européenne sur une base de roulement de la présidence. L’idée a été exprimée pour la première fois lors des consultations intergouvernementales franco-allemandes qui ont eu lieu en juin 2018. Cela suppose une présence permanente dans le conseil des dirigeants de l’UE, tels que l’Allemagne et la France, avec d’autres qui vont et viennent à tour de rôle. Le nouvel organe sera un analogue du Conseil de sécurité de l’ONU, les membres permanents prenant des décisions majeures sur le sort du monde.

En effet, il est difficile pour les 28 Etats membres de prendre des décisions unanimes en matière de politique étrangère. Le Traité de Lisbonne de 2009 a établi la méthode de la « majorité qualifiée » – 55 % des pays membres, comprenant au moins 65 % de la population en matière de politique étrangère et de sécurité commune (PESCO), de politique de défense commune, de police européenne, d’espace, d’énergie, de migration, etc. Lorsque le Conseil ne statue pas sur une proposition de la Commission ou du haut représentant multi-casquette pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-président (HR/VP), la majorité nécessaire des États membres passe à 72%. Pour bloquer la proposition de loi, au moins quatre membres – le nombre minimum représentant plus de 35% de la population des pays participants, plus un pays – doivent voter contre une proposition. Le droit de veto demeure. En théorie, la Hongrie ou l’Italie pourraient faire obstacle aux sanctions antirusses.

D’une manière générale, l’idée d’un Conseil de sécurité européen a été approuvée par la France et l’Allemagne en juin. La création de cet organe sera inscrite à l’ordre du jour du sommet européen du 18 octobre. Il pourrait être finalisé lors du sommet spécial consacré à la réforme du bloc, qui se tiendra à Sibiu, en Roumanie, le 9 mai 2019. Les dirigeants nationaux de l’UE voteront également sur la proposition du président Juncker de passer de l’unanimité à la majorité qualifiée dans certains domaines de la PESCO de l’UE pour faire de l’Union un « acteur mondial » plus fort. Le plan comprend trois domaines spécifiques : les droits de l’homme, les sanctions et les missions de sécurité et de défense.

À l’heure actuelle, une décision unanime prise par l’ensemble des 28 membres est nécessaire pour poursuivre, assouplir, imposer de nouvelles sanctions ou lever les sanctions anti-russes. Jusqu’à présent, tous les États membres ont voté en faveur de la poursuite des mesures punitives bien que certains d’entre eux, comme l’Autriche et la Grèce, aient exprimé le souhait de les lever ou de les alléger. Chaque fois que la sagesse des sanctions a été mise en doute, on a eu recours à une politique de contorsion des armes pour parvenir à ce qu’on appelle l' »unité » et la « solidarité ». Aujourd’hui, l’Italie s’oppose catégoriquement à la prolongation automatique des sanctions.

En fait, la chancelière Merkel a toujours épousé l’idée de passer à une autre phase d’intégration sous sa direction partagée avec la France. Merkel et Macron souhaitent tous deux que le processus aille beaucoup plus vite. Ils souhaitent la mise en place rapide d’un mécanisme permettant de prendre des décisions contraignantes et d’un budget commun pour financer la PESCO. Quelle que soit la forme de processus de décision approuvée, c’est l’Allemagne et la France qui prendront les décisions. Le Royaume-Uni a été un défi, mais il est sur le point de sortir. Ni l’Italie ni l’Espagne, qui viennent au deuxième rang des plus grandes économies de l’UE, ne sont à égalité en raison du fardeau de la dette et de l’absence de poids géopolitique comparable à celui de l’un ou l’autre des deux dirigeants.

Dans le même temps, certains pays, comme la Pologne et la Hongrie, ne sont pas disposés à renoncer à leur droit de mettre en œuvre une politique étrangère indépendante. Une politique commune n’est guère possible car les attitudes à l’égard de la Russie et des Etats-Unis diffèrent. Avec la disparition du Royaume-Uni, la Pologne deviendra le leader du bloc pro-américain au sein de l’UE. Plusieurs pays veulent que les sanctions anti-russes soient levées et que la politique migratoire soit radicalement modifiée. Les eurosceptiques devraient améliorer leur position au Parlement européen et l’Allemagne pourrait être dirigée par un autre chancelier d’ici là. Le processus d’intégration européenne peut être gelé, voire repoussé, au lieu d’avancer à grands pas comme la chancelière allemande l’a souhaité.

C’est un moment décisif pour la chancelière. Elle a besoin de nouvelles idées et de nouvelles initiatives pour conserver son poste. Sinon, son mandat et bien d’autres choses, comme les sanctions contre la Russie, pourraient appartenir au passé.

Alex Gorka

Co-fondateur, traducteur et rédacteur sur Soverain.
Sympathisant de l’Action Française pour son école de pensée, de Debout la France pour l’embryon de rassemblement transpartisan, et de l’Union populaire républicaine pour ses analyses sur l’Union européenne.
Milite pour un large rassemblement des patriotes au delà des partis pour rétablir la souveraineté de la France sur les traités supranationaux. Être de droite ou de gauche c’est déjà se priver d’une partie de ce qui fait la France.


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