Juncker prévient que « l’UE ne peut survivre sans l’Italie »

Article de ZeroHedge, traduit par Soverain

Ignorant les avertissements de la Commission européenne et de la BCE (ainsi que de pratiquement toutes les autres organisations supranationales en Europe), le gouvernement italien, dirigé par des populistes, a réussi à soumettre son projet de budget à la Commission avant minuit – un résultat qui a été applaudi par les traders des bons du trésor, qui ont racheté des obligations italiennes, réduisant à nouveau l’écart qui s’était creusé au cours des mois passés.

Mais plutôt que de représenter une désescalade des tensions entre l’Italie et Bruxelles, le jeu de la poule aux œufs d’or dans lequel les deux parties sont actuellement engagées entre dans sa phase la plus aiguë, puisque Bruxelles a maintenant deux semaines pour examiner la proposition budgétaire avant de pouvoir soit accepter le plan, soit le renvoyer avec les demandes de révision. Et tous ceux qui ont prêté attention, ne serait-ce qu’en passant, au dénigrement des orientations budgétaires de l’UE par le gouvernement populiste au cours des derniers mois devraient déjà comprendre que Bruxelles ne se contentera pas de rester les bras croisés et d’accepter le budget tel qu’il est.

En fait, le commissaire européen Jean-Claude Juncker l’a d’ailleurs laissé entendre mardi matin lorsqu’il a déclaré aux journalistes italiens que l’acceptation du budget équivaudrait à faire naître une révolte généralisée contre l’UE, comme l’ont fait savoir les agences de presse italiennes ANSA et FT. Juncker a également fustigé l’Italie pour avoir abandonné les engagements budgétaires qu’elle avait pris lors de son adhésion à l’UE. Cependant, bien qu’ils aient hésité de temps en temps, les Italiens n’ont pas caché leur intention de faire pression pour un déficit budgétaire équivalent à 2,4% du PIB. Même Giovanni Tria, le ministre italien de l’économie, a défendu le projet de budget, affirmant que le déficit « serait considéré comme normal dans toutes les démocraties occidentales, et non pas comme une flambée ».

Sans se laisser décourager par le fait qu’il n’y a absolument aucune volonté politique au sein du gouvernement italien de revenir sur sa position budgétaire, malgré les menaces de la BCE de provoquer une crise bancaire à la grecque si les Italiens ne cèdent pas aux règles européennes :

« Il y a un gouffre entre ce qui a été promis et ce qui est présenté aujourd’hui », a déclaré M. Juncker.

« Nous allons avoir un débat vertueux avec nos amis italiens qui savent que leur niveau d’endettement public est trop élevé et que le projet de budget ne respecte pas pleinement les recommandations des ministres de la zone euro. »

« Si nous acceptions ce dérapage, certains pays européens nous couvriraient d’insultes et de reproches en nous accusant d’être trop flexibles avec l’Italie », a déclaré Juncker aux médias italiens.

Pendant ce temps, le vice-premier ministre italien Matteo Salvini, l’un des deux chefs de parti qui dirigent effectivement le pays, a déclaré lors d’une conférence de presse réunissant  le Premier ministre Giuseppe Conte, Di Maio, et le ministre des Finances Giovanni Tria que ce budget « ne fait pas de miracles, ne multiplie pas le poisson et le pain, mais ouvre des possibilités de travail pour des centaines de milliers de jeunes ». « Après 137 jours de gouvernement, je pense que nous pouvons être satisfaits de ce que nous avons fait. »

En référence à la virulence croissante entre les bureaucrates de l’UE et les dirigeants populistes italiens, qui ont même menacé de poursuivre Juncker pour le plafonnement des rendements des obligations italiennes, le commissaire européen a déclaré que les spéculations selon lesquelles il serait « contre les Italiens » étaient  » ridicules ».

« Ils m’attaquent, m’insultent mais ne me posent pas de questions. Arrêtons de dire que je suis contre l’Italie. C’est de la foutaise, c’est un mensonge », a déclaré M. Juncker.

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte s’adressera aux dirigeants de l’UE lors d’un sommet à Bruxelles jeudi, malgré les craintes qu’il ne détourne l’ordre du jour du sommet, dont les dirigeants ont espéré qu’il se concentrerait sur la finalisation d’un accord provisoire sur le Brexit. Mais alors que certains dirigeants de l’UE ont demandé de laisser une chance à l’Italie, craignant de provoquer un « affrontement » entre les deux parties, Juncker a continué à insister pour que l’Italie se conforme aux règles de l’UE. Conte et Tria devraient s’adresser aux législateurs italiens mardi après-midi, heure de Rome.

Les fonctionnaires craignent que le mini sommet de la zone euro ne devienne un point de rupture entre Rome et l’UE si des gouvernements bellicistes comme les Pays-Bas demandent à M. Conte de respecter les engagements budgétaires pris par la capitale. Un haut fonctionnaire de l’UE a mis en garde contre une confrontation européenne.

« Il existe des procédures claires sur l’évaluation des budgets nationaux », a déclaré le fonctionnaire qui a appelé au « respect mutuel » de tous les plans de dépenses nationaux. « Ce n’est pas le rôle des autres dirigeants des Etats membres d’évaluer les budgets. La balle est dans le camp de la commission. »

M. Juncker a insisté sur le fait que l’évaluation serait faite sans « préjugés » à l’encontre du gouvernement de coalition eurosceptique de l’Italie, composé de la Ligue de droite et du parti M5S anti-establishment.

« L’Europe fonctionne selon des règles préétablies. Les nouveaux gouvernements doivent respecter la parole de ceux qui les ont précédés », a-t-il dit.

Alors que les spéculations au sujet d’un scénario « Italeave » ne cessent de s’envenimer à mesure que la confrontation budgétaire s’éternise, un journaliste demande à Juncker s’il pense que l’Union européenne pourrait survivre à une sortie italienne. Citant les chiffres d’un sondage montrant que la majorité des Italiens sont favorables au maintien dans l’UE, Juncker a insisté sur le fait que l’UE ne survivrait pas au départ de sa troisième plus grande économie – et que l’Italie ne survivrait pas à une sortie de l’UE.

« L’Europe a besoin de l’Italie et l’Italie a besoin de l’Europe », a dit M. Juncker, répondant « non » à la question de savoir si l’Europe peut survivre à une sortie italienne.

Mais cela va-t-il modifier en quoi que ce soit l’évaluation du budget italien par Bruxelles ? Nous ne le pensons pas. Néanmoins, nous imaginons que les marchés seront « déçus » lorsque Bruxelles renverra le projet couvert d’encre rouge.

Source : ZeroHedge

Co-fondateur, traducteur et rédacteur sur Soverain.
Sympathisant de l’Action Française pour son école de pensée, de Debout la France pour l’embryon de rassemblement transpartisan, et de l’Union populaire républicaine pour ses analyses sur l’Union européenne.
Milite pour un large rassemblement des patriotes au delà des partis pour rétablir la souveraineté de la France sur les traités supranationaux. Être de droite ou de gauche c’est déjà se priver d’une partie de ce qui fait la France.


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