Jair Bolsonaro, le « Tropic Trump » est élu Président du Brésil

Jair Bolsonaro est élu Président du Brésil.
Dimanche 28 octobre 2018, le Brésil élisait Jair Bolsonaro à 55%.

Cette fin d’octobre 2018 est aujourd’hui marquée par un nouveau séisme politique planétaire, l’élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil. Le Brésil est un des cinq pays dits “émergeants”, qui ont déjà émergé depuis de nombreuses années en réalité, communément appelés les ‘BRICS’ (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et demeure le pays avec le plus large réseau diplomatique mondial. Le Brésil est également un des pays possédant le plus fort potentiel pétrolier pour les années à venir. Appelé le “Grenier du monde”, c’est également une puissance agricole majeure, et un géant exportateur. Son poids géopolitique et économique est considérable à l’échelle de la planète. Le nouveau président, Jair Bolsonaro, était le candidat de la droite radicale, voire de l’extrême droite, favoris de l’élection. Il sera investi le 1er Janvier de l’année prochaine, après avoir récolté 55% des suffrages, dans un pays où le vote est obligatoire. Plusieurs questions émergent : Comment un pays comme le Brésil a-t-il pu élire un dirigeant d’extrême droite ? Quelles conséquences cela peut-il avoir sur l’équilibre mondial ? Dans quelle perspective ce séisme politique s’inscrit-il ?

Jair Bolsonaro est un ancien militaire brésilien, ayant quitté l’armée pour devenir député en 1991. En 2018, il est investi par le PSL (Parti Social Libéral) comme candidat à l’élection présidentielle. Il fait de la lutte contre l’insécurité et contre la corruption le coeur de sa campagne, dans un pays où la corruption et l’insécurité effrayent les observateurs internationaux depuis plusieurs années. Sa classification à l’extrême droite ne fait à ce titre pas consensus : on le qualifie de néo-conservateur ou de réactionnaire, puisque la rhétorique démagogique (certains diraient populiste) et le discours anti-oligarchie ne sont pas dans sa matrice idéologique. C’est à tout le moins un conservateur radical dont les maîtres mots s’articulent autour de la religion, de l’ordre et du protectionnisme. Il tient un discours ouvertement opposé aux droits des LGBT+, opposé à l’IVG et à l’extension du droit des femmes en général, et favorable à la proclamation d’un droit pour tous à disposer d’une arme sous condition d’un examen psychiatrique. Il propose également la réintroduction de la peine de mort, l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans, et vante les bienfaits du coup d’Etat de Pinochet, dictateur chilien de la deuxième moitié du XXe siècle. Il affiche également un anticommunisme décomplexé en proposant aux communistes de choisir “entre la prison ou l’exil” dès son élection. Ses positions révèlent un anachronisme tout à fait frappant, et revendiquent une régression des libertés publiques qui semblent être justifiée par la lutte contre la criminalité, le grand banditisme et la délinquance massive. De ce fait, il est difficile de faire, sur ce point, un lien direct entre le discours de Donald Trump et le discours de Jair Bolsonaro, pourtant volontiers appelé “Tropic Trump” par les observateurs.

Sur le plan économique, “Tropic Trump” est assez loin du créneau habituel de l’extrême droite, dont la coutume est de promouvoir l’illibéralisme, le socialisme et le reclassement des classes moyennes. Jair Bolsonaro promeut même la privatisation de nombreux services publics (comme quoi ce n’est pas le créneau de la seule Commission européenne) et la nécessité de construire au sein du Brésil des compagnies géantes, puissantes, qu’il compte renforcer par la mise en place d’une politique protectionniste. Il est donc libéral sur le plan de l’économie intérieure, et protectionniste, voltant la doctrine ultra-libérale qui prévalait jusqu’alors. Selon lui, “La Chine n’achète pas au Brésil, la China achète le Brésil”. Comme Emmanuel Macron avant lui, il vilipende “les fainéants” “nourris par les aides sociales” qui “foutent le bordel”.

Il présente décidément autant de points communs avec le Président français qu’avec Donald Trump du point de vue de l’inclination sociale. Puisque le nouveau Président brésilien admire par ailleurs ce dernier, il propose comme lui de transférer l’ambassade du Brésil en Israël de Tel Aviv, où elle est actuellement, à Jérusalem, et de rompre par la même les relations diplomatiques avec la Palestine. Il s’inscrit également dans les pas de Donald Trump lorsqu’il propose de se retirer de l’accord de Paris, en bon climatosceptique, et de supprimer le Ministère de l’Environnement pour le transférer dans un service du Ministère de l’Agriculture. Il entend par ailleurs soutenir la concession des terres indigènes aux entreprises minières, construire une nouvelle autoroute transamazonienne et expulser les ONG telles que WWF. Jair Bolsonaro s’inscrit, sur ses positions internationale et environnementale, mais aussi économique, dans la voie percée par Donald Trump.

La victoire de Jair Bolsonaro au Brésil n’est pas un accident isolé. Il n’aura en effet échappé à personne que le néo-conservatisme progresse dans un certain nombre de pays, et que l’opposition au néolibéralisme international progresse en même temps. La lutte contre le libre-échange semble aller de pair avec la lutte contre le “progrès”. Ce sont toutes les valeurs européennes de l’après-guerre qui s’effritent. Le néolibéralisme avait déjà ployé avec l’élection d’Alexis Tsipras en Grèce, le Brexit, l’élection de Donald Trump, de Viktor Orban, d’un certain nombre de dirigeants en Italie, en Pologne, en Autriche, en Roumanie et globalement dans la majorité des pays d’Europe de l’Est et avec dernièrement la progression des partis radicaux en Suède et en Allemagne. Cette irréductible ascension des radicaux fait suite à une époque marquée par le néolibéralisme, faisant du libre-échange, de l’extension des libertés au détriment de la protection sociale et des conditions de vie, de la libre circulation des biens, des personnes, des services et des capitaux sa profession de foi. Il ne s’agit donc pas d’un incident isolé mais d’un élément supplémentaire envoyant le signal de la fin de la mondialisation néolibérale.

En définitive, Jair Bolsonaro est élu pour 4 ans à la tête de l’un des pays les plus puissants du monde. Il est un conservateur radical et affirmé, qui compte mettre en oeuvre une réduction des libertés au service de la lutte contre la corruption, le banditisme et la délinquance. Ses positions inquiètent, à raison, au sein de son pays et à l’étranger. De plus, son alignement total sur les positions du Président américain Donald Trump tendent à prouver que l’équilibre mondial en vigueur depuis plusieurs années est sur le point de s’effondrer, avec notamment la déchéance des préoccupations environnementales et le délitement de la cause palestinienne. Malgré cette attitude illibérale, “Tropic Trump” est un tenant du libéralisme, et ne compte pas faire de la cause du peuple son cheval de bataille, montrant encore une fois son alignement sur la ligne politique du Président américain. Il s’inscrit dans cette nouvelle ligne de force de l’histoire ultracontemporaine qui semblerait marquer la fin possible du néolibéralisme et le début probable d’une nouvelle forme de mondialisation, où les Etats reprendraient la main. Il ne s’agit pas pour l’heure de dire si cette ligne de force est positive ou négative, car nul ne sait à l’heure actuelle si elle sera un facteur de prospérité ou un vecteur de déséquilibres dangereux pour la paix mondiale.

Historien de formation, je n’ai aucun engagement politique orienté. Ni à droite, ni à gauche, je me veux pourtant être le négatif de ce qu’incarne Emmanuel Macron. Mes positions s’articulent autour de la nécessité pour les peuples de disposer souverainement et démocratiquement de leur destinée, de la nécessité de déconcentrer un monde politico-administratif trop parisianiste et parisien et de sauver notre planète qui étouffe sous le poids d’une activité humaine qui ne veut pas freiner. En bref, écolo, patriote, girondin, anticonsumériste, démocrate-souverainiste et étatiste.


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