Jacques Cotta quitte Le Média

(crédits photo : page Facebook officielle du Média)

 

Le Média, la chaîne d’actualité politique et sociale qui s’était à peine débarrassée de son ancienne patronne Sophia Chikirou, a vécu vendredi dernier un énième reniement ; Jacques Cotta, journaliste expérimenté animant le talk-show mensuel Dans la gueule du Loup, a publié sur La Sociale un communiqué indiquant son départ de la web-télé, après six émissions à succès (la cinquième, sur l’Europe, frisant les 150 000 vues, et que nous vous encourageons à voir). La raison : le refus par la direction de la chaîne de tourner un septième volet sur la coalition Lega-M5S au pouvoir en Italie. Ce refus s’est exprimé par une fin de non-recevoir envoyée par mail, sans que Jacques Cotta ait pu rencontrer ou téléphoner à Aude Lancelin (directrice de publication) pour discuter du sujet de l’émission. Mme Lancelin a également expliqué que cette décision avait été discutée avec « tous [ses] camarades » (à l’exception de l’animateur lui-même), justifiant que « le Média ne sera jamais le lieu pour amorcer l’union du souverainisme de gauche et du populisme de droite » Le journaliste dénonce ainsi un exercice du pouvoir qu’il n’avait jamais rencontré en quarante ans de profession, moteur de sa décision.

Suite au communiqué du présentateur de Dans la gueule du Loup, le Média publie un message via Facebook, lui répondant que :
– « plusieurs mails ont été échangés » pour expliquer la « très grande gêne » à la lecture du sujet (Le Média ne s’était pourtant pas gêné pour évoquer dans un de ses journaux la présence de ministres du Parti National Slovaque dans le gouvernement socialiste Fico III). Cependant, rien n’infirme l’absence d’entrevue et l’absence de coup de téléphone. Et dans un cas comme celui-ci, cela aurait très bien pu faire la différence.
– La direction du Média ayant changé pour une décision collégiale, « c’est ensemble [qu’ils ont] acté le refus ». Nous ne tiendrons pas rigueur de la remarque que certains internautes partageaient sur la facilité de cette explication, étant donné qu’elle est invérifiable. Néanmoins, ensemble sans Jacques Cotta, ce n’est pas vraiment ensemble
– Dans le-dit échange de mails, il a été conseillé au journaliste non pas de traiter le sujet différemment… mais de suggérer « de nombreux autres sujets qui auraient un grand intérêt à être traités par Le Média ». Visiblement la chaîne n’a aucun intérêt pour ceux qui seront en 2019 les adversaires de la sphère politique dont elle a fait partie (ne serait-ce que par la présence de Sophia Chikirou jusqu’en août). Pour ma part je me contenterai de rappeler un proverbe chinois : « Soit proche de tes amis, et encore plus proche de tes ennemis ».
– Selon la web-télé, le présentateur de Dans la gueule du Loup serait parti « sans même chercher à discuter avec [leur] collectif ». C’est un peu tard pour affirmer une telle chose, puisque Cotta a expliqué qu’il n’avait pas pu joindre ou rencontrer la direction. Par ailleurs, le terme « discuter » n’ayant pas été défini, il est contradictoire avec l’échange de mails évoqué précédemment dans le communiqué.
Le message du Média se termine par le transfert du chapeau de l’émission incriminée. Mais en plus de ça, Aude Lancelin, dans un commentaire, accuse le journaliste d’avoir critiqué Jean-Luc Mélenchon pour sa « « bonne conscience de gauche sur la question migratoire » et de « regarder avec les yeux de Chimène l’Italie fascisante de Salvini ». Du fait de ce message, nombreux sont les internautes à avoir directement traité Cotta de fascite, recourant au procédé selon lequel celui qui ne critiquerait pas un fascisme bancal serait fasciste lui aussi. L’amorce de l’émission de Cotta suggérait en effet des paradoxes mettant en doute le qualificatif de « fasciste » que certains attribuent à l’Italie de M. Salvini, d’où l’expression de « fascisme bancal ».

Votre serviteur n’est sûrement pas l’horrible facho que pourrait dénoncer celui qui s’arrêterait bêtement au seul nom de ce site, et aux stéréotypes en vogue. Je me sens proche de la gauche patriote, et ai voté pour la France Insoumise aux dernières élections législatives. Seulement, contrairement au Média, j’estime que quand un événement, ponctuel ou sur la durée, n’est pas souhaitable pour ceux qui le subissent, il est préférable d’en parler, et d’expliciter les problèmes occasionnés, plutôt que de taire maladroitement le sujet, surtout si ce n’est que pour avoir lu un chapeau d’émission. Je suis également surpris en voyant que cette chaîne, dont le manifeste indique la volonté de « faire vivre le pluralisme et le débat », transgresse l’objectif ci-contre à travers le refus de l’émission de Jacques Cotta. Alors que RT France, média souffrant d’une mauvaise réputation auprès de l’électorat de gauche et du centre, accorde une carte blanche à Frédéric Taddeï pour son émission Interdit d’interdire, la décision du Média, se définissant comme un média citoyen, ne passe pas inaperçue.

Quant au commentaire d’Aude Lancelin, amalgamant M. Cotta avec « l’Italie fascisante de Salvini », il est le point de départ d’autres commentaires, considérant, eux, que le fascisme se transmettrait comme une maladie… Rappelons que les derniers à avoir recouru à ce genre  de procédé l’ont fait pour répandre l’idée que le communisme était une maladie, et ces gens-là étaient les fascistes. Je ne traite ici personne de fasciste, je ne fais que de qualifier un comportement d’autres internautes, suscité par le commentaire de la directrice de publication du Média.

J’adresse ainsi tout mon soutien à Jacques Cotta et lui souhaite tout le succès possible pour la suite de sa carrière.

Je joins à cet article les éléments publiés par l’une et l’autre des parties, de façon à ce que chacun puisse se faire son avis. Vous verrez ainsi dans l’ordre chronologique : le communiqué de départ de M. Cotta, la réplique du Média sur Facebook, le commentaire d’Aude Lancelin et la réponse de M. Cotta au communiqué du Média.

Olivier Rousseau.

 

 

 

 

Je m’intéresse notamment à la politique française, mais aime parfois m’évader vers des sujets sociétaux ou internationaux. J’ai mon p’tit quart d’heure de folie chaque mois. Rédige également pour www.infopremiere.fr


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