Un Instant de France #1 – Les brigades du Tigre

 

Soverain vous annonce la création d’une nouvelle rubrique sur l’histoire de France avec des anecdotes, des petites histoires sur les évènements historiques. Ce premier numéro raconte brièvement la création de la Police judiciaire, novation mondiale pour l’époque et qui inspira la structure des polices du monde entier. 


 
« Alors que la criminalité croissait de façon exponentielle, rendant notre police cantonale totalement à la merci des charges administratives lourdes et de leur faible capacité de réponse. Personne n’était préparé à un tel déchaînement de violence. La torture était devenue courante et ce, au sein du territoire national. Ce matin, comme chaque matin, M.Clemenceau lisait les nouvelles du pays. Mais ce jour serait à marquer d’une pierre blanche. Le directeur de la sûreté générale, M.Hennion, était présent. Il conseilla au Tigre de former une toute nouvelle police qui écraserait cette nouvelle délinquance. Gardant son calme, M.Clemenceau accepta. Il ne le savait pas encore mais il allait une fois de plus mériter son surnom. La criminalité s’apprêtait à connaître une rage sans aucune mesure qui n’aura été égalée que par le traitement que le Tigre réservait à ses adversaires politiques. Les Brigades du Tigre, Clemenceau, venaient de naître. Et avec elles, venait de mourir la criminalité. »
 
 
 
 
Afin de contrer une nouvelle forme de banditisme, représentée par le meurtre, le vol, le racket et la torture, et face à l’impuissance totale de la police de canton, Célestin Hennion arrive à convaincre Georges Clemenceau, en 1907, de l’absolue nécessité de former un nouveau corps de police. Une police d’élite et mobile qui ne serait plus limitée aux cantons et qui aurait à sa disposition tous les moyens technologiques pour accomplir sa mission. Le Tigre réussit à obtenir des députés, la création du ministère de la police et deux textes verront le jour, fondant la future Police Judiciaire. Douze brigades sont créées, puis quinze par le décret du 31 août 1911. Chacune d’entre elles était dirigée par un commissaire divisionnaire, assisté de 3 commissaires de police et commandant quinze à vingt inspecteurs qui effectuaient leur travail vingt-quatre heures sur vingt-quatre en se relayant par groupes de cinq. Il s’agit de la première police au monde à mettre en pratique la science moderne pour accomplir leur devoir. Les ‘hommes du Tigre’ bénéficiaient des nouvelles techniques d’investigation et de la modernisation du fichage des criminels qui comprenaient les fiches anthropométriques avec les empreintes digitales. Outre cela, télégraphes, téléphones et automobiles (quatre au début de leurs activités) sont mis à leur disposition. Les résultats ne se font guère attendre car dans les premiers mois d’activités, les ‘Mobilards’ ont obtenu des résultats spectaculaire en arrêtant la bande de Jean Capello, composée d’une centaine de nomades. En moins de deux ans ils totalisent 2695 arrestations, dont 65 meurtriers, 7 violeurs, 10 faux monnayeurs, 283 escrocs et 193 cambrioleurs. Avant leur création, en l’année 1906, 103000 affaires criminelles et correctionnelles avaient été classées sans que les auteurs aient pu être identifiés.
 
En 1912, les Brigades du Tigre démantèleront la bande à Bonnot, un groupe illégaliste ayant multiplié les braquages et les meurtres en 1911 jusqu’à ce que les ‘hommes’ du Tigre, ne les brisent en tuant leur chef Jules Joseph Bonnot, le 28 avril 1912, dans le 4ème arrondissement de Paris suite à un long siège entre la police et le criminel. Pour beaucoup, les Brigades du Tigre ont été l’une des principales raisons pour lesquelles, aucune mafia n’a pu s’établir en France. Pour d’autres, ces Brigades sont l’ancêtre de notre police nationale et encore aujourd’hui, la France se souvient de ses hommes de valeurs et de courage, leur rendant honneur en représentant le logo de la Direction Centrale des la Police Judiciaire (DCPJ) par une tête de tigre ainsi que le profil de Georges Clemenceau.
Le logo de la DCPJ en hommage à la brigade du Tigre

 

« Celui qui peut moralement tenir le plus longtemps est le vainqueur. Celui qui est vainqueur, c’est celui qui peut, un quart d’heure de plus que l’adversaire, croire qu’il n’est pas vaincu. »
 Georges Clemenceau, discours à la chambre des députés, le 8 mars 1918.
 
 
 
 

Écrivain, amoureux de l’histoire de la France et gamer à ses heures perdues. Curieux personnage que voici, vagabondant d’un genre à l’autre, d’une idée à une autre, ne se ralliant qu’à ceux qui aiment la France.