Êtes-vous d’accord pour que les économies des Britanniques renflouent les banques européennes en faillite ?

C’est un autre geste de bonne volonté de Theresa May dans les négociations du Brexit – après tout, c’est la Ted Heath de notre époque.

Il y a une crise financière en Europe

Il y a une crise financière dans le système bancaire européen et elle s’aggrave de jour en jour. Les plus grandes banques sont proches de l’insolvabilité. L’une des raisons est que les investissements ont toujours été très médiocres. Par exemple, la Deutsche Bank vient d’annoncer qu’elle a perdu 1,4 milliard d’euros sur un investissement en obligations municipales acheté avant la crise financière mondiale.

Une autre raison est que les banques investissent massivement dans les obligations de leur propre gouvernement – et ces obligations présentent un risque de défaut élevé. Le risque est le plus élevé en Italie, où les banques sont les plus exposées d’Europe, avec 387 milliards d’euros d’obligations d’État italiennes, soit 10% du total de leurs actifs. L’écart de rendement des obligations d’État italiennes par rapport aux obligations allemandes de référence avoisine les 3 %, son niveau le plus élevé depuis 2013. « Nous devrions désormais parler de crise », a déclaré Kit Juckes, conseiller en stratégie à la Société Générale. Compte tenu de l’ampleur de la dette publique italienne, le risque d’entrer dans un cercle vicieux existe si l’économie italienne ne parvient pas à croître suffisamment pour rembourser la dette lorsqu’elle arrive à échéance. Et l’Italie est entrée en récession au quatrième trimestre de 2018, sa troisième en 10 ans.

De même, les banques italiennes sont très exposées aux prêts non performants (NPL) [NdT: prêt en retard de paiement de plus de 90 jours] consentis à des entreprises du secteur privé – un euphémisme pour désigner le fait que les intérêts et les remboursements de prêts ne sont pas effectués. La valeur totale des prêts non performants s’élève à 264 milliards d’euros, soit environ 17% du total des prêts accordés par les banques italiennes. Environ la moitié de ces prêts sont garantis par des moyens réels, mais ils ne valent toujours que 25 à 30 % de leur valeur nominale. Dans l’ensemble de l’UE, la valeur totale des prêts non performants s’élève à 780 milliards d’euros.

Pire encore, le risque de contagion des problèmes du système bancaire italien à d’autres États membres est encore plus grand, puisque les banques et les compagnies d’assurance de ces pays détiennent une part importante de la dette italienne. La France est particulièrement touchée. Les banques françaises sont exposées à une dette italienne égale à 11 % du PIB français. Les expositions les plus importantes sont BNP Paribas (19 milliards d’euros), le Groupe Crédit Agricole (11 milliards d’euros), le Groupe BPCE (9 milliards d’euros) et la Société de Financement Local, SFIL (6 milliards d’euros). Bon nombre de ces prêts sont non productifs. Par conséquent, de nombreuses banques françaises sont, comme leurs homologues italiennes, techniquement insolvables.

L’UE ne peut rien y faire

L’UE pourrait prendre un certain nombre de mesures pour réduire la crise financière.

La première consiste à limiter le montant des obligations de son propre État qu’une banque peut détenir dans son bilan. Cela a été proposé à plusieurs reprises par l’Allemagne, mais les pays les plus endettés s’y opposent, désireux d’amener leurs banques à acheter les obligations qu’ils émettent. Un autre exemple est celui d’un système européen d’assurance des dépôts – qui implique une mise en commun des risques dans toute l’UE – afin de donner confiance aux clients des banques dans tous les États membres. Cela réduirait le risque de fuite des capitaux d’Italie et de Grèce vers l’Allemagne, où les banques sont plus solides, et renforcerait ainsi la stabilité financière.

Il s’agit là d’éléments essentiels pour mener à bien le projet d’union bancaire européenne. Mais ils sont loin d’être mis en œuvre. L’Allemagne n’envisagera pas l’assurance-dépôts – qui aurait pour effet de déplacer le risque de défaillance de chaque pays au niveau européen et donc de l’accrocher – avant que des pays comme l’Italie n’imposent des limites strictes au montant des obligations italiennes que leurs banques peuvent détenir. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour politique de l’UE. Pourtant, l’indice Sentix Euro Breakup Index [NdT: indice de confiance qui mesure le risque de dislocation de la zone euro] est à son plus haut niveau depuis plus de deux ans.

Tout cela affecte également les banques au Royaume-Uni. Bien qu’elles soient peu exposées aux banques italiennes, elles ont une exposition considérable aux banques françaises, ce qui rend possible un effet domino. Même l’europhile Bank of England a averti qu’une crise bancaire en Italie pourrait déclencher un cercle vicieux au Royaume-Uni : « Si les tensions financières devaient se propager dans l’ensemble de la zone euro, il pourrait y avoir un risque important pour la stabilité financière du Royaume-Uni ».

Theresa May à la rescousse – avec les économies durement gagnées par les britanniques

Bruxelles a demandé l’aide d’une amie – Theresa May.

L’UE a tenu à prendre le contrôle du système financier britannique dans les négociations du Brexit. Cela comprend les marchés financiers de la City de Londres, les banques, les sociétés de construction et les fonds de pension. Mises ensemble, ces structures sont trois fois plus grands que celles des autres pays d’Europe – Canary Wharf fait à lui seul plus d’affaires dans le secteur des services financiers que tout le reste de l’UE. En effet, le continent a traditionnellement eu recours aux banques et aux compagnies d’assurance plutôt qu’aux marchés des capitaux pour fournir des prêts à la clientèle – le modèle dit de bancassurance – mais nombre d’entre elles sont insolvables.

Des voix puissantes au sein de l’UE voudraient sauver leur système bancaire en imposant une « taxe sur les transactions financières » chaque fois qu’une transaction a lieu – cette taxe serait perçue par l’UE à Bruxelles. Trois fois plus d’argent serait collecté auprès de nous que de clients sur l’ensemble du continent européen. La taxe par transaction serait faible, de sorte qu’il ne serait pas immédiatement évident de savoir ce qui se passe. Mais ces petites taxes s’additionnent et elles seraient utilisées pour renflouer les banques italiennes et françaises – avec les économies durement gagnées par les britanniques.

Ce n’est qu’un parmi d’autre des petits gestes de bonne volonté de Theresa May dans les négociations du Brexit – de la même manière que Ted Heath a cédé nos pêcheries pour entrer dans l’UE en premier lieu.

 

Source : Briefing For Brexit, traduit par XCN

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