Entretien patriote (nº4) : Charles-Henri Gallois

Pour ce quatrième entretien patriote, nous nous intéressons à Charles-Henri Gallois, cadre financier et responsable national à l’Union Populaire Républicaine, et qui a signé en octobre dernier son premier ouvrage intitulé Les Illusions économiques de l’Union européenne que vous pouvez vous procurer ici.

Charles-Henri Gallois lors d’un discours à Londres le 29 mars 2019.

Soverain : Bonjour, pouvez-vous vous présenter brièvement pour ceux qui ne vous connaissent pas ?

Charles-Henri Gallois : Bonjour, j’ai 31 ans et je suis responsable national de l’UPR pour l’Économie. Je suis diplômé de l’école de commerce EM Lyon. Je travaille dans le secteur privé depuis ma sortie d’école en consolidation et contrôle de gestion international.

Soverain : Quel est le cheminement qui vous a conduit à remettre en cause le dogme européiste ?

Charles-Henri Gallois : J’ai toujours été intéressé par l’économie. C’est par cet angle que j’ai rapidement compris que l’euro était une absurdité économique qui ne pouvait pas fonctionner. Cela m’a poussé à m’intéresser à l’Union européenne d’une manière générale.

Je comprenais bien que quelque chose n’allait pas; que les Français votent à gauche ou à droite, ils ont droit à la même politique, qui est celle imposée dans le cadre des traités européens, et beaucoup ne se sont pas encore rendu compte de cela. Lorsque j’ai pris conscience de ce problème, j’ai adhéré à l’UPR. Il existait d’autres partis dits eurosceptiques à gauche ou à droite de l’échiquier politique mais ils étaient plus ambigus sur la question européenne et ne pouvaient pas rassembler hors du clivage gauche-droite. Or, c’est une condition nécessaire pour se libérer de l’UE et de l’euro, comme l’a montré le référendum de 2005 dont on vient de fêter les 15 ans.

Soverain : D’après vos recherches, quelles sont les principales illusions économiques de l’Union européenne ?

Charles-Henri Gallois : Il y en a tellement; c’est bien pour cela que le sujet m’a pris un livre entier, et encore je n’ai pas tout mis dedans !

Je répondrai d’abord le coût astronomique de la construction européenne alors qu’on nous présente toujours l’UE et l’euro comme nous protégeant et nous finançant. C’est d’une malhonnêteté intellectuelle totale. Le coût de l’UE et de l’euro pour la France est gigantesque et il ne va faire que croître puisqu’il faudra bien compenser la sortie du Royaume-Uni au budget de l’UE et le coût de la survie de l’euro est croissant ! Avant même ces deux dimensions, le coût total était déjà de 527 milliards d’euros par an ! C’est 23 % du PIB de la France ou 1,4 milliard d’euros par jour. Il s’agit d’un coût de 654 euros par mois et par Français et de 2 662 euros par mois et par foyer fiscal payant l’impôt sur le revenu; 31 939 euros par an et par foyer fiscal payant l’impôt sur le revenu ! Là-dedans, le coût de l’euro est monumental puisqu’il est de 374 milliards d’euros. L’urgence principale est donc se libérer de l’euro.

Le coût de la sortie du Royaume-Uni de l’UE va sans doute faire passer notre contribution budgétaire de 9 milliards d’euros par an à 14 ou 15 milliards. Le COVID19 a par ailleurs provoqué un énième épisode de sommet de la dernière chance pour sauver l’euro. J’espère que les quatre frugaux (Pays-Bas, Autriche, Suède et Danemark) refuseront le plan de relance de 500 milliards d’euros de « subventions » prévu par la Commission européenne. Cela reviendrait pour la France à payer 100 milliards d’euros pour en recevoir 39. Une perte sèche de 61 milliards d’euros correspond à un montant supérieur au premier poste budgétaire de l’État…

Soverain : Au delà des questions économiques, pourquoi s’opposer à l’appartenance de la France à l’Union européenne ?

Charles-Henri Gallois : C’est avant tout une question de démocratie ! Souhaite-t-on que notre vote ait encore du sens ? Veut-on que les Français soient maîtres de leur destin ou qu’ils reçoivent des ordres de l’étranger ? Notre système juridique est sous la tutelle de la CJUE (Cour de Justice de l’Union Européenne), nos politiques économiques et sociales sont sous la tutelle de la Commission européenne et de la BCE (Banque centrale Européenne). Le Frexit, c’est avant tout le rétablissement de la démocratie.

Prenons en exemple le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne), l’une des principales demandes des Gilets jaunes. Il est en toutes matières strictement incompatible avec notre appartenance à l’UE pour la simple et bonne raison qu’appartenir à cet organisme supranational prive notre pays d’un nombre considérable de compétences. Il y a les compétences exclusives de l’UE, qui sont définies dans l’article 3 du TFUE (Traité du fonctionnement de l’Union Européenne). Elles comprennent notamment les droits de douane, les règles de concurrence, la politique monétaire, la pêche et la politique commerciale. C’est la même chose pour les compétences partagées. Vous ne pouvez plus décider souverainement quand une compétence est partagée. L’article 4 du TFUE avance que les compétences suivantes sont partagées par les pays membres : le marché intérieur, la politique sociale et économique, l’agriculture, l’environnement, la « protection » des consommateurs, l’énergie, les transports, la sécurité, la justice et la santé publique. À mon sens, la souveraineté doit être nationale et populaire : le Frexit et le RIC !

Soverain : Quelles leçons doivent être tirées du Brexit selon vous ?

Charles-Henri Gallois : D’abord, nous pouvons vivement remercier Nigel Farage et le Brexit Party. Les Britanniques ont aussi bien de la chance d’avoir une branche eurosceptique forte au Parti conservateur. Si Nigel Farage n’avait pas mis la pression au Parti conservateur (il était chez UKIP à l’époque), David Cameron n’aurait pas proposé un référendum sur le Brexit pour être réélu. Quand Theresa May était ensuite proche de la trahison, c’est grâce à la victoire écrasante du Brexit Party aux élections européennes que Theresa May a démissionné et que Boris Johnson a relancée le Parti conservateur sur une ligne plus droite. Pour assurer le Brexit, c’est encore Nigel Farage qui a sacrifié des circonscriptions aux élections générales, ce qui a amené le triomphe électoral de Boris Johnson.

Cela veut donc dire qu’il faut un Parti du Frexit fort pour pouvoir peser dans le débat public et amener a minima à un référendum sur le Frexit.

Soverain : Que pensez-vous de l’initiative de Michel Onfray « Front Populaire » ? Pourriez-vous personnellement vous y associer ?

Charles-Henri Gallois : L’initiative de rassembler les souverainistes est bonne donc j’accueille cette initiative avec un grand intérêt. Après, comme toujours, il faut voir sur quelle base. Je suis prêt à m’associer à cette initiative pour de la production intellectuelle, dans le but de promouvoir le Frexit.

Soverain : Les élections présidentielles se tiendront en France dans moins de deux ans. Comment voyez-vous la sphère politique actuelle et quelle alternative souverainiste considérez-vous ?

Charles-Henri Gallois : Je vois chez les Français un désir de souveraineté, particulièrement avec la crise du COVID19 qui a montré qu’on ne maîtrise rien sans être souverain, et que lors des crises, les nations ne peuvent compter que sur elles-mêmes.

Les Français sont prêts à accepter une option souverainiste mais le camp souverainiste est très éclaté et sans chef naturel. Le plus gros risque est de retomber dans un duel entre Emmanuel Macron et Marine le Pen, ce qui amènerait la réélection d’Emmanuel Macron dans un fauteuil. Il y a de la place pour un troisième pôle souverainiste mais encore faut-il avoir un candidat et un programme crédibles, avec a minima un référendum sur le Frexit, pour que toutes les tendances souverainistes de gauche et de droite puissent s’agréger.

Soverain : Alors que les Français se détournent des partis politiques et que les partis dissidents ne peuvent pas émerger par défaut de relai médiatique, n’est-il pas plus judicieux de s’investir davantage dans le cadre métapolitique, à travers des médias et des groupes humains locaux mettant en lien les gens tout en organisant des formations intellectuelles ?

Charles-Henri Gallois : Le métapolitique est très important. Il faut gagner la bataille des idées pour pouvoir gagner la bataille politique. Néanmoins, sans concrétisation politique, cela ne débouche sur rien. Il peut y avoir un mouvement transpartisan pour que les gens parlent mais rien ne sera changé sans victoire politique.

Pour ma part, je défendrai toujours le Frexit et la souveraineté de la France, d’une manière ou d’une autre, que cela soit politique ou métapolitique.

Soverain : L’UPR et plus généralement les souverainistes s’appuient sur une base militante et s’adressent au peuple plutôt qu’aux élites. Ne pensez-vous pas que la construction d’une élite eurosceptique soit un préalable pour espérer la victoire du Frexit ?

Charles-Henri Gallois : C’est ce qui a permis au Brexit de l’emporter. Il y a une élite profondément patriote et eurosceptique au Royaume-Uni. Il manque en effet cela en France où notre élite est assez moutonnière. La question métapolitique et les médias en faveur de la souveraineté nationale peuvent justement pousser de nouvelles élites qui pensent avant tout à la France et à son peuple. Ce sera important pour faire le Frexit.

Soverain : La sortie de l’UE doit-elle nécessairement s’associer avec un rejet des projets européens ?

Charles-Henri Gallois : Il faut s’entendre sur ce qu’on veut dire par projets européens. L’Europe est d’abord un continent. L’Union européenne est quant à elle une organisation supranationale. Il faut se libérer de cette organisation par le Frexit. Les nations européennes n’ont pas attendu l’UE pour faire des coopérations internationales. Elles en faisaient avant et en feront après. La France fera des coopérations internationales avec le monde entier. Sa culture, sa langue et son histoire l’y portent, et encore davantage, naturellement, auprès des pays de la francophonie. De la même manière que, naturellement et en raison de la proximité géographique, la France fera mécaniquement plus de coopérations internationales avec le Royaume-Uni, l’Espagne, la Suisse, l’Allemagne ou l’Italie, qu’avec la Tanzanie, le Guatemala ou la Lituanie.

Soverain : Quelle attitude faudrait-il prendre vis-à-vis des États-Unis, de la Russie, de la Chine ?

Charles-Henri Gallois : Une attitude neutre, une troisième voie. À l’heure actuelle, nous sommes sous la domination des États-Unis, qu’elle soit militaire, via l’OTAN, politique, via l’UE, ou culturelle, via le « soft power ». En revanche, il ne s’agit pas de se mettre non plus dans la main de la Russie et de la Chine. Il faut avoir des relations avec tous ces pays mais sans subordination. Cela permet aussi de poser la question de la souveraineté technologique et numérique. Ces pays l’ont bien compris et développent leurs propres outils alors que la France a renoncé à tout cela. Le Frexit est une condition nécessaire mais pas suffisante, il faut penser la France d’après. La souveraineté ne sera pas entièrement retrouvée juste après le Frexit, le combat pour une souveraineté pleine et entière prendra des années et devra être mis en œuvre filière par filière. C’est le combat d’une vie.

Soverain : Enfin, que pensez-vous de l’idée de lancer des monnaies locales, en plus d’une monnaie nationale ?

Charles-Henri Gallois : Je comprends l’idée pour favoriser les circuits courts mais je préfère légiférer en faveur de ces derniers plutôt que mettre en place des monnaies locales. Je pense que les monnaies locales sont une fausse bonne idée; elles vont à l’encontre même des principes de la république française, à savoir une unicité et un même traitement sur tout le territoire national.

Propos reccueillis par Charles Ascot de Soverain. Merci à Charles-Henri Gallois pour cet entretien. Si vous souhaitez le suivre sur les réseaux, vous pouvez consulter son compte Twitter : @CH_Gallois

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