Entretien patriote (nº3) : Sylvain Durain

Pour ce troisième entretien patriote, nous nous intéressons à Sylvain Durain, un réalisateur et écrivain qui vient de signer un nouvel ouvrage, intitulé Ce sang qui nous lie, que vous pouvez vous procurer ici.

 

Soverain : Bonjour, pouvez-vous vous présenter brièvement pour ceux qui ne vous connaîtraient pas ?

Sylvain Durain : Bonjour à vous, je suis un réalisateur et écrivain français de 36 ans. Fils et petit-fils d’ouvriers et de paysans lorrains. Je réalise des documentaires depuis une dizaine d’années, le dernier en date sera diffusé sur TV Libertés et portera sur la révolution libanaise qui se déroule actuellement. J’écris depuis à peu près la même période des livres en rapport avec mon sujet de prédilection qui est la figure du père, dans son acceptation la plus diverse.

J’ai fondé en 2019 une maison d’édition Les Éditions du Verbe Haut. Pourquoi ce nom ? Le verbe haut c’est celui qui clame haut et fort ses convictions, loin du politiquement correct, mais c’est aussi celui qui se rapproche du Ciel. C’est notre objectif, éditer des livres d’histoire, d’anthropologie, des nouvelles et des romans allant dans cette double direction. À ce jour nous avons édité, hors mon livre, un ouvrage sur le grand remplacement des élites et un roman intitulé Fiston. La prochaine publication sera une réédition du grand livre de Mgr Delassus L’esprit familial avec une présentation de ma part de plusieurs dizaines de pages en avant-propos. Mes livres en cours d’écriture sortiront ensuite.

 

Soverain : Comment en êtes-vous arrivé à aborder des thèmes comme le patriarcat et la famille ?

Sylvain Durain : J’ai suivi des études en cinéma jusqu’en M2, puis débuté une thèse en cinéma et anthropologie en tant qu’enseignant-chercheur. Je me suis intéressé au rôle du père dans la production cinématographique. C’est comme cela que je me suis penché sur la figure du père dans les films d’Audiard (Michel Audiard expose une figure du père très forte et puissante mais mourante ou en déclin, alors que son fils Jacques nous propose un cinéma de l’après-temps paternel, une sorte de cinéma des fils perdus). Après avoir écrit un ouvrage sur cette mise en parallèle des films d’Audiard (Le sang du père, un meurtre cinématographique , en cours de réédition), j’ai poursuivi une étude que l’on pourrait qualifier d’anthropologie fondamentale sur la figure du père dans mon dernier livre. Je propose une véritable enquête sur l’histoire de cette figure centrale à travers les âges. L’analyse que j’ai développée comporte 3 niveaux : la famille, le politique et le religieux. J’ai ainsi découvert des particularités récurrentes, permettant de proposer un concept novateur : le matriarcat sacrificiel. Ce concept de sacrifice est fondamental pour comprendre les différents systèmes d’organisation des sociétés, et distinguer s’il s’agit d’un système patriarcal ou matriarcal.

 

Soverain : Quelle est l’organisation familiale classique dans notre pays ?

Sylvain Durain: La France est un mélange de systèmes familiaux très divers car elle est le produit d’un métissage européen. La France c’est l’Europe en concentrée. Ces divers courants familiaux ont épousé différentes formes de structures anthropologiques et sociales et les régimes politiques s’y sont appuyés pour asseoir leurs pouvoirs. Par exemple, la révolution française s’est beaucoup appuyée sur le système de la famille du bassin parisien du type que je nomme « nucléaire indifférencié » avec une forte acceptation du principe d’égalité entre les membres. A l’inverse, le système royaliste est la symétrie de ce que j’appelle « la famille nucléaire différenciée » qui exige une complémentarité bien ordonnée. Cette famille pourrait se traduire par la symbolique de la croix. La partie verticale étant assumée par le père de famille, ancré dans les générations de pères qui le précèdent, mais aussi tourné vers le Père du Ciel. À ses côtés la mère assure la partie horizontale, qui est tout aussi importante, c’est la « mater » qui gère les choses matérielles de la vie de famille mais aussi la transmission des mœurs. Plus la mère est haute plus la famille est belle et chrétienne. L’autre aspect de cette différenciation est celle des parents d’avec leurs enfants. La figure de l’enfant-roi est impensable dans ce type familial. Existe-t-il encore ? C’est là toute la question. Les travaux de Todd sont donc totalement remis en cause dans mon livre. Sans renier tout son travail qui est, d’un certain point de vue, assez exceptionnel, je mets l’accent sur son incapacité à toucher le fond du problème par son impossibilité presque personnelle de prendre en compte sérieusement le niveau 3, celui du religieux. Même quand il pense le faire il ne le fait pas, il reste en surface. Son aveuglement sur les conséquences migratoires viennent de là.

L’autre type familial intéressant à étudier en France est celui la famille souche. Un père puissant qui gère plusieurs clans familiaux et qui, par la force, impose sa volonté pour éviter les guerres fratricides (c’est un peu la figure du pater familias). Ce type familial que l’on retrouve notamment dans le sud-ouest de la France était le terreau parfait de quelques hérésies bien connues comme les cathares, mais aussi aujourd’hui des mouvements gauchistes violents très présents à Toulouse par exemple. Ce père autoritaire et caricatural ne peut pas fonder autre chose qu’une volonté de le combattre par les fils éternels à qui on ne donne jamais leur chance. Tout ceci est développé bien entendu dans le livre.

 

Soverain : Que pensez-vous des mouvements dits progressistes comme celui des LGBT, et de leurs idées autour de la PMA, thème brûlant d’actualité ?

Sylvain Durain: Ce que l’on nomme « Progrès » est en réalité un énorme retour en arrière. Tout ceci ne peut pas se comprendre si on le regarde comme un fait isolé, ce n’est qu’une conséquence d’un mouvement bien antérieur. La technologie est désormais apte à matérialiser le mythe primitif, c’est-à-dire ces mythes qu’on retrouve dans les tribus primitives et qui croient en la métempsychose. Par exemple dans certaines tribus primitives, l’âme des enfants va sur une île symbolisant l’utérus de la terre-mère. Cela déifie ainsi la génitrice, tandis que le père est absent ou possède une place quasiment inexistante. La technologie va permettre la concrétisation de toute cette idée qui traverse les systèmes religieux primitifs, des Trobriandais à la Kabbale. Comme les trois niveaux que j’étudie sont liés, il suffit de regarder ce qui se passe dans ces tribus. Le père biologique est absent ou manquant, la mère est totalement déifiée ainsi que tout le clan maternel. La seule figure masculine qui joue un rôle est une figure a-paternelle, celle de l’oncle maternel.

Ainsi, après avoir détruit la figure paternelle sur les plans politiques et religieux, le père est attaqué sur le plan familial et biologique. C’était le dernier rempart à détruire pour imposer la dernière page du mondialisme sur la France.

 

Soverain : À quoi pensez-vous lorsque vous parlez d’attaque voire de destruction de la figure du père ? En France, sommes-nous d’après vous dans un système patriarcal, comme on l’entend souvent ?

Sylvain Durain: En France, nous sommes actuellement dans un résidu de matriarcat. Je dis résidu car notre monde n’a rien inventé. Nous revivons sous le culte d’une déesse-mère qui ne dit pas son nom et qui demande des sacrifices pour se régénérer. Marianne, miroir inverse de la sainte Vierge Marie, est cette déesse. La république son régime. Dans le livre je montre en quoi ce renversement de figure est en réalité un renversement profond des valeurs qui nous font.

La figure du père est morte à tous les étages : elle est morte politiquement avec la décapitation du Roi (père de la patrie) en 1793, religieusement avec la laïcisation et la déchristianisation progressive du pays ayant écarté Dieu (père spirituel), et familialement avec les lois qui s’attaquent au modèle patriarcal chrétien comme la fin de la notion de chef de famille, le divorce, le PACS, le mariage homosexuel et désormais la PMA pour les couples lesbiens et les femmes célibataires. Nous retombons dans un monde tribal et archaïque, et donc d’essence matriarcale.

Certains événements renvoient au concept de sacrifice, par exemple les attentats, qui correspondent symboliquement à des sacrifices rituels, mais aussi l’avortement qui est le sacrifice ultime : celui de l’innocence parfaite de l’individu non encore né. Mais tout ceci n’est qu’une étape d’un déroulement plus vaste, où nos fondamentaux civilisationnels seront bousculés. En matriarcat le monde se régit en cycle, sous la logique de l’ordo ab chaos.
C’est le sacrifice qui sert à rétablir les cycles et apaiser pour un temps le groupe, par lui on sort du désordre pour atteindre un nouvel ordre et ainsi de suite.

 

Soverain : Quelle est la cause de ce glissement vers un matriarcat ?

Sylvain Durain : Nous sommes en partie responsables. On constate largement depuis plusieurs décennies un manque flagrant de vitalité au sein du peuple français. Une sorte de torpeur décadente envahit les esprits, nous faisons face à un engourdissement mortel de la société; la notion même de combat disparaît, parce que la volonté de faire face défaille. Le ressort est brisé. Cela nous empêche de nous affirmer et de nous défendre, donc nous subissons les conséquences de cette brèche laissée ouverte.

 

Soverain : Quelle est l’histoire de la figure de père en France ?

Sylvain Durain: En France, nous avons inventé la figure paternelle non tyrannique, qui a un rôle de complémentarité avec la femme, cela repose sur le modèle chrétien. Il y a plusieurs étapes à cette construction mais ce qu’il faut comprendre c’est qu’elle repose sur la complémentarité et l’incarnation, deux principes fondamentaux du patriarcat. Les deux figures qui en sont la dialectique sont celle du Roi et du Pape. La rupture qui s’est produite par la fin de la royauté entre dans ce que j’appelle le « patriarcat dégénéré ». Elle est selon moi actée par un retour au droit romain, à la Renaissance puis suite à la Révolution française, qui a fait émerger ce que j’appelle ce « patriarcat dégénéré ». Ce n’est plus un patriarcat au sens chrétien où chacun est à sa place dans un rôle de complémentarité, mais un schéma fondé sur le pater familias qui est une figure tyrannique du père ayant tout pouvoir sur sa famille, et qui gère celle-ci comme un clan. Après avoir tué le père de la patrie (le Roi, en 1793), nous avons tué peu à peu le père spirituel (Dieu, avec l’athéisation du pays par la République laïque), pour ensuite finir par abattre le père de famille.

Le processus n’est pas terminé puisque, comme on dit souvent de manière un peu naïve « la nature a horreur du vide ». Après le cycle de ce patriarcat dégénéré s’est formé celui du féminisme qui était une réponse violente et parfois légitime. Désormais, nous sommes dans le combat cyclique inverse avec l’apparition de concept tel que le masculinisme. Les inverses se nourrissent l’un l’autre et forme ce que Girard appelait une rivalité mimétique. Le cycle suivant, qui a d’ailleurs déjà commencé, va tenter d’apporter un complément. Après avoir totalement naturalisé l’homme en le réduisant à son sexe, il faut lui proposer une religion adéquate. Ce sera l’écologisme. La Terre, notre mère à tous souffre. Le parallèle avec la condition de la femme trouve logiquement son pendant religieux. Il faut comprendre que nous vivons actuellement une révolution que je nomme « gaïatique » qui aboutit à la déification progressive de la femme. Cette révolution renvoie à la notion de terre-mère, qui marque un retour vers le matriarcat. Greta Thumberg, aujourd’hui largement relayée médiatiquement est l’exemple type de golem de cette révolution. Et comme le golem dans la religion juive, elle sera symboliquement sacrifiée. Nous pouvons plaindre cette pauvre jeune fille qui est manipulée par des réseaux et des idéologies qu’elle ne comprend pas. Je renvoie les lecteurs à la conférence que j’ai donnée à Bordeaux l’année dernière et qui s’intitule « La révolution gaïatique ».

 

Soverain : À propos de Greta Thunberg, que pensez-vous de l’écologisme aujourd’hui, qui semble même parfois devenir une religion pour certains ?

Sylvain Durain: C’est en effet une religion dépourvue de révélation. Les jeunes n’ayant plus foi en Dieu, ils demeurent hermétiques à la vraie spiritualité et se tournent vers des courants qui prétendent les élever vers la transcendance qui leur manque.

Symboliquement, l’écologisme s’oppose à la chrétienté. Par la déification de la Terre, on veut achever la destruction de la figure du Christ et de l’Incarnation. Ce qui aboutit à une véritable violence, celle décelée dans les sociétés matriarcales. Ce processus repose sur une indifférenciation généralisée (homme et femme, enfant et adulte, enseignant et élève, homme et Dieu etc.), qui amorce une crise sacrificielle (c’est un concept de René Girard, expliqué ici. Cette indifférenciation empêche de clarifier les rôles de chacun dans la société, ce qui aboutit à un individualisme menant à la guerre de tous contre tous. Pour sortir de cette crise, ce « tous contre tous » deviendra un « tous contre un », et ce « un » sera alors le sacrifice nécessaire pour apaiser la société. En parallèle, le patriarcat chrétien permet d’échapper au sacrifice, il propose une société équilibrée où chacun a son rôle, c’est une anthropologie de la stabilité qui vient contrer la loi de la jungle.

 

Soverain : Vous abordiez tout à l’heure la question du christianisme comme moteur du patriarcat. Cela est-il également valable pour les autres grands courants religieux ?

Sylvain Durain: Les religions orientales telles que le judaïsme, l’islam et l’hindouisme ne remplissent pas cette fameuse triple lecture « famille, politique, religion » que j’use pour déterminer si l’on est en patriarcat ou en matriarcat. Il ne faut pas croire que le fait qu’un homme dirige le pays ou la famille induit forcément que l’on est en présence d’un patriarcat. Pour ces religions, on voit qu’il y a la famille tribale, il peut y avoir un Roi mais ne remplit pas le rôle de patriarche, et le dieu s’inscrit dans une vision moniste.

Le patriarcat est chrétien, et la monarchie de droit divin est par définition le système qui va représenter le mieux ce système patriarcal, avec une société où chacun a son rôle et où il y a complémentarité. Il faut aussi préciser que patriarcat ne veut pas dire étouffement des femmes; dans le christianisme on voit la nécessité du rôle de la femme à travers le culte de la Vierge Marie mais aussi dans la complémentarité des époux dans le couple (« devant le Seigneur, la femme ne va pas sans l’homme, et l’homme ne va pas sans la femme. » [1 Corinthiens 11.11]). L’idée est que Marie (la Mère) est sur Terre et que Dieu (le Père) est au Ciel. Ceci symbolise cette complémentarité. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui se profile avec la déification de la Terre-mère (donc la mère au Ciel) et la rétrogradation sur Terre du père, désormais cantonné à un simple rôle de reproducteur.

Pour terminer, et pour que le lecteur comprenne la portée du patriarcat il faut prendre un peu de hauteur.

Comme nous l’enseigne le Christ, autre est celui qui sème, autre est celui qui moissonne, la Providence a donné un rôle à chacun. L’Orient était parfait pour l’enfantement du Christ, l’Orient c’est le silence des désert, les nuits étincelantes, la terre qui n’a pas encore été semée, tandis que l’Occident c’est une terre virile, c’est l’homme de la forêt, l’homme des montagnes enneigées, c’est un homme qui est fait pour moissonner. La Providence nous a proposé que l’Orient sème et que l’Occident moissonne. Nous avons moissonné, nous devons moissonner le Christianisme que nous n’avons pas semé. Là où l’Orient féminin a joué son rôle, l’Occident masculin doit continuer de propager le message du Christ de manière virile. Je vous citerai pour finir cette parabole de Jésus : « levez les yeux, dit-il à ses apôtres, et voyez les campagnes car elles sont déjà blanches pour la moisson, et celui qui moissonne reçoit la récompense et recueille du fruit de la vie éternelle afin que celui qui sème se réjouisse ainsi de celui qui moissonne, car en ceci le mot est vrai, autre est celui qui sème et autre est celui qui moissonne, je vous ai envoyé moissonner ce que vous n’avez pas travaillé, d’autres ont travaillé et vous êtes entrés dans leurs travaux». Là est sans doute la prophétie patriarcale. Pour approfondir cette notion, je vous renvoie à cet extrait de conférence.

 

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