Entretien exclusif avec Pierre-Yves Rougeyron

Pierre-Yves Rougeyron, vous ĂŞtes le fondateur du Cercle Aristote et de la revue Perspectives Libres, auteur de l’ouvrage EnquĂŞte sur la loi du 3 janvier 1973 paru aux Ă©ditions du Jardin des Livres en 2013. Toute l’Ă©quipe de Soverain vous remercie de nous accorder cette entrevue.

Soverain :  Alain Juppé a été nommé membre du Conseil Constitutionnel sur proposition de Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale. Que penser de cette nomination à deux mois des élections européennes ? Faut-il s’attendre à des répercussions sur la jurisprudence du conseil constitutionnel ?

Pierre-Yves Rougeyron : Le Conseil Constitutionnel dĂ©montre une nouvelle fois son pourrissement en tant qu’institution. En effet, le Conseil Constitutionnel a une charge bien prĂ©cise dans l’esprit de la Ve RĂ©publique : veiller Ă  la non-immixtion du Parlement dans le domaine rĂ©glementaire. Depuis la fraude Ă  la Constitution que le Conseil Constitutionnel a opĂ©rĂ© en 1971 en Ă©largissant son contrĂ´le au prĂ©ambule de la Constitution de 46, Ă  la DĂ©claration des droits de l’Homme de 1789 et encore plus grave aux principes gĂ©nĂ©raux du droit, il se fait le censeur de la volontĂ© populaire alors que la violation de celle-ci par l’adoption du traitĂ© de Lisbonne ne l’a pas gĂŞnĂ©. Il faut se rendre compte qu’un juridisme abscons (propre Ă  l’idĂ©ologie de l’Ă©tat de droit) et qu’une croyance irraisonnĂ©e que la multiplication des droits-crĂ©ances se fera sans impact sur la perpĂ©tuation de la nation surclassent dans l’esprit de cet organe politique (par son calamiteux mode de nomination) la sauvegarde de la souverainetĂ© sans laquelle la Constitution est un chiffon de papier. La nomination du repris de justice JuppĂ© va dans le sens Ă  la fois de la fin de l’opĂ©ration En marche. Elle achève la constitution de l’extrĂŞme centre unifiĂ©, le PMU (Parti Maastrichien unifiĂ©) pour reprendre la formule de Georges Gastaud, en finissant de prendre la droite d’argent. Il ne reste plus qu’à couper les Ă©cologistes en deux. Elle achève Ă©galement la dĂ©considĂ©ration de cet organe qui se fera le serviteur zĂ©lĂ© de la destruction de l’esprit de la Ve RĂ©publique. Donc, attendez-vous Ă  plus d’europĂ©isme et de ces dĂ©rivĂ©s que sont l’immigrationnisme, le droit de l’hommisme et autres.

Soverain : Alain Juppé jouit d’une bonne côte de confiance à Bordeaux. Pourquoi, selon vous, ce succès à l’échelle locale ne s’est pas manifesté à l’échelle nationale ?

Pierre-Yves Rougeyron : Ce n’est pas le mĂŞme mĂ©tier que de reprĂ©senter une nation et d’ĂŞtre Ă©lu local, particulièrement dans une ville comme Bordeaux. En effet, selon une jurisprudence bien Ă©tablie qui date de Chirac Ă  Paris, il suffit pour avoir bonne rĂ©putation de prendre le partie de la classe compradore locale (les bobos) et de chasser les prolĂ©taires de la ville par des vexations et surtout par une inaction remarquable contre la spĂ©culation immobilière. JuppĂ© a excellĂ© en cela alors que sa gestion en elle-mĂŞme a Ă©tĂ© critiquĂ©e par les institutions spĂ©cialisĂ©es (Cour des comptes). Alors qu’une pareille action Ă  l’Ă©chelle nationale – ce que fait M. Macron dans sa politique de haine de classe – engendre une rĂ©action du peuple qui, s’il peut ĂŞtre rĂ©duit en « migrant de l’intĂ©rieur » dans son propre pays, selon la formule de Bruno Latour, ne peut pas encore en ĂŞtre expulsĂ© autrement que de façon symbolique.

Soverain : Les défenseurs du Frexit (sortie de la France de l’Union européenne) semblent divisés au niveau politique avec l’opposition entre l’Union Populaire Républicaine de François Asselineau et Les Patriotes de Florian Philippot à l’approche des échéances électorales européennes. Avez-vous un conseil particulier à donner aux partisans de l’un comme de l’autre mouvement politique ?

Pierre-Yves Rougeyron : Je n’ai aucune lĂ©gitimitĂ© particulière pour donner des conseils Ă  qui que ce soit. Je pense que nous poursuivons des querelles d’Ă©go qui se font contre la France en espĂ©rant que ceux qui s’y adonnent accepterons de marcher ensemble derrière le cercueil de leur pays. Nous avons une partie des cadres nĂ©cessaires mais nous ne mutualisons aucun moyen, la logique du « hors de moi point de salut » règne, et avec elle l’absence de rĂ©sultats alors que le plan de Macron de rejouer ad nauseam la prĂ©sidentielle avec le RN comme opposant inopĂ©rant est aujourd’hui limpide.

Soverain : Les Gilets Jaunes se caractérisent par leur forme inédite dans l’histoire des mouvements sociaux en France ; pour quels résultats à terme, selon vous ?

Pierre-Yves Rougeyron : Du mouvement des gilets jaunes, il restera un fait très important. La synthèse idĂ©ologique que nous n’arrivons pas Ă  formuler par lâchetĂ© (alors que tous les prĂ©supposĂ©s thĂ©oriques sont lĂ ) dans une certaine alter-intelligentsia, les ronds-points l’ont fait par synthèse de classe. Il reste maintenant au mouvement Ă  muter pour devenir une force permanente d’une contre-sociĂ©tĂ© qui se fait de plus en plus jour. Le peuple ne pourra plus ĂŞtre aussi facilement oubliĂ© et mĂ©prisĂ©. La classe compradore a montrĂ© sa peur ; c’est un essai Ă  transformer au-delĂ  des dĂ©ceptions de l’heure qui viennent des dĂ©fauts de fabrication (peu de services d’ordre, peu de filtres contre l’entrisme) d’un mouvement qui a illustrĂ© par son brio, son calme, le caractère encore extraordinairement adulte du peuple français.

Soverain : La présence de « cahiers de doléances » dans les mairies dans le cadre du grand débat rappelle singulièrement ceux de l’Ancien Régime, et notamment de 1789. Comment expliquer l’usage apparemment anecdotique de ce terme qui pourrait s’apparenter à une erreur de communication ?

Pierre-Yves Rougeyron : La première raison me semble ĂŞtre l’inculture alors que le parallèle est Ă©vident. C’est l’aristocratie dĂ©cadente qui a envoyĂ© l’Ancien RĂ©gime par le fond et qui a voulu utiliser les « cahiers de dolĂ©ances » pour pouvoir rĂ©gler un problème de finances publiques sur le dos des rĂ©dacteurs desdits cahiers, comme aujourd’hui la mĂŞme classe sociale entend lĂ©gitimer l’austĂ©ritĂ© sous une apparence de consultation.

Soverain : Que pensez-vous de l’amendement adopté en première lecture par l’Assemblée nationale visant à remplacer les mentions « père » et « mère » par « parent 1 » et « parent 2 » dans les formulaires scolaires?

Pierre-Yves Rougeyron : Ces marques obsessionnelles pour l’indiffĂ©renciation sont ridicules. Elles signalent un profond dĂ©rangement de l’esprit et une haine de la filiation qui est anthropologiquement suicidaire. Elle marque Ă©galement la dĂ©rive d’un certain progressisme qui habite par le symbole son manque de prise sur les sujets concrets.

Soverain : Face aux députés du Parlement européen à Strasbourg, le président du conseil italien Giuseppe Conte a prononcé un discours étonnamment fédéraliste. Comment interpréter ce revirement à l’aune du récent départ du gouvernement de Pablo Savona (économiste eurocritique) ?

Pierre-Yves Rougeyron : On pourrait accuser le mouvement 5 Ă©toiles, comme beaucoup de proches de la Lega le font en privĂ©, mais le problème est beaucoup plus grave. La guerre entre les deux formations a dĂ©butĂ© Ă  travers les dernières Ă©lections locales oĂą se rĂ©vèle ce que tous les bons observateurs avaient prĂ©vu, la stratĂ©gie de sangsue opĂ©rĂ©e par la Lega sur son alliĂ©. Il est prĂ©visible que Salvini l’emporte Ă  terme seul, son but Ă©tant de peser les 40 % nĂ©cessaires selon la loi Ă©lectorale. Ă€ partir de ce moment, il n’y aura pas d’excuses pour la Lega. Je ne crois pas, et j’espère me tromper, dans les convictions souverainistes de Salvini. C’est un souverainiste de position plus que de conviction. Son discours ne doit pas faire oublier que l’immigration augmente en Italie (par le regroupement familial protĂ©gĂ© par les traitĂ©s et leur droit dĂ©rivĂ©) et que l’Italie s’oriente de plus en plus vers la course au paradis fiscal pour vieux (dernier modèle de « dĂ©veloppement » pour les EuropĂ©ens) alors qu’elle subit un exode de sa population autochtone active (l’annĂ©e 2018 ayant Ă  cet Ă©gard constituĂ© un record). Salvini n’a pas l’excuse de Tsipras quant aux manques de cadres aptes Ă  gĂ©rer la transition, il a les meilleurs patriotes italiens Ă  portĂ©e de main (Savonna, Borghi, BanaĂŻ) et, en plus, il a la bienveillance du prĂ©sident amĂ©ricain sur la question de l’Europe. S’il vient Ă  reculer, ce qui est malheureusement prĂ©visible, il devra en ĂŞtre tenu pour responsable, ce que la francophobie dissimulera bien mal. Ensuite, ce sera un vĂ©ritable malheur pour l’Italie car les peuples peuvent se rĂ©signer aux chaĂ®nes. Regardez les Grecs d’aujourd’hui, cela prĂ©figure largement les Italiens de demain si cela tourne mal.

Soverain : Theresa May, actuelle Premier ministre du Royaume-Uni, semble dans l’impasse pour trouver un point d’équilibre entre les exigences des institutions européennes et la nécessité pour elle d’obtenir l’accord de la chambre des communes sur sa stratégie de négociation. L’hypothèse d’un hard-Brexit est-elle probable faute de deal ?

Pierre-Yves Rougeyron : C’est Ă  espĂ©rer. Les Britanniques ont jouĂ© le jeu jusqu’au bout. Ils ont nĂ©gociĂ© et, ce faisant, ont illustrĂ© le piège de l’article 50. Maintenant, il est temps de rĂ©gler cette comĂ©die car le no deal est de toute Ă©vidence une option acceptable pour les intĂ©rĂŞts britanniques. En rĂ©alitĂ©, May est depuis le dĂ©but l’otage des modernes hĂ©ritiers des Chamberlain et autre Lord Halifax qui règnent encore dans l’aristocratie du parti conservateur (les hĂ©ritiers de John Major), dans une part de la sociĂ©tĂ© britannique post-Blair et surtout Ă  la City de Londres. Ceux qui le paieront peut-ĂŞtre, ce sont les porte-cotons de l’Allemagne comme la France qui sont prĂŞts par europĂ©isme Ă  mettre en danger leurs intĂ©rĂŞts diplomatiques et commerciaux.

Soverain : Suite au rejet de son projet de budget par notamment les sĂ©paratistes catalans formant sa fragile majoritĂ© parlementaire, le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez a dĂ©cidĂ© de convoquer des Ă©lections lĂ©gislatives anticipĂ©es pour le 28 avril. Peut-on obtenir un rĂ©sultat similaire Ă  l’Italie avec l’Ă©mergence d’une coalition inĂ©dite ?

Pierre-Yves Rougeyron : Je n’y crois pas, mais mon ami Nicolas Klein est beaucoup plus savant que moi des mystères ibĂ©riques. Je pense que Vox, parti de droite radicale, est aujourd’hui inapte Ă  entrer dans une coalition populiste car ce n’est pas un parti populiste, c’est un droite dite nationale comme peut l’ĂŞtre le FPĂ– en Autriche, lequel a pour vocation d’ĂŞtre le serviteur de la droite parlementaire classique. La seule force populiste est une partie de la scission de Podemos, la majeure partie Ă©tant un parti gauchisant. L’explosion de la nĂ©buleuse peut engendrer un dĂ©but de populisme espagnol rĂ©el mais je ne le vois pas se structurer d’ici avril. La sociĂ©tĂ© espagnole n’apparaĂ®t pas prĂŞte du tout pour une aventure parce qu’elle accepte majoritairement l’Union europĂ©enne et qu’elle n’a pas profondĂ©ment compris l’influence de la servilitĂ© supranationale sur sa dĂ©composition territoriale. Mais, en mĂŞme temps, les manifestations unitaires nous prouvent que le patriotisme espagnol renaĂ®t.

Soverain : Selon la diplomatie russe, un coup d’État militaire est à craindre au Venezuela, et Sergueï Lavrov (ndlr: ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie) a mis en garde les États-Unis contre toute tentative d’ingérence par l’usage de la force. Compte tenu du contexte social tendu à Caracas avec la rivalité entre Nicolas Maduro et l’autoproclamé président par intérim Juan Guaidó, quels risques se présentent pour le pays ? Quelles conséquences dans le reste de l’Amérique latine ?

Pierre-Yves Rougeyron : Le risque d’intervention militaire amĂ©ricaine directe est prĂ©sent mais je n’y crois pas. Je pense que la stratĂ©gie de l’Ă©touffement que Trump laisse aux nĂ©oconservateurs amĂ©ricains le soin faire au Venezuela risque de s’avĂ©rer payante, mais imparfaite. En effet, si l’on regarde bien, il s’agit d’une attaque par sabotage des rĂ©seaux d’approvisionnement en denrĂ©es importĂ©es (mĂ©dicaments, nourritures), ce qui a marchĂ© contre Allende et au Nicaragua ; ce n’est donc pas une mĂ©thode nouvelle. Le but est que Maduro tombe par la rue et non par les urnes, selon un scĂ©nario prĂ©visible des rĂ©volutions colorĂ©s. Ces scĂ©narios peuvent ĂŞtre grossièrement rĂ©sumĂ©s de la façon suivante. Dans le cadre d’un mĂ©contentement populaire qui peut avoir des sources lĂ©gitimes et totalement autochtones, vous choisissez les franges les plus compradores qui se soumettront Ă  vous. En Ă©change de leur soumission vous allez les faire reconnaĂ®tre comme lĂ©gitimes par les mĂ©dias internationaux (Juan Guaido, qui n’a pas de lĂ©gitimitĂ© historique ou politique particulière en dehors du soutien des Occidentaux) qui sont encore majoritairement occidentaux. Ceux-ci vont mettre sous pression le pouvoir lĂ©gitime (car conforme aux choix du peuple vĂ©nĂ©zuĂ©lien) en mettant en scène les Ă©meutes violentes qui ne sont pas toutes, loin de lĂ , des Ă©meutes populaires (il faut voir le nombre de policiers tuĂ©s par balles). Le but est que le chavisme ne soit pas battu par les urnes comme le reste de la gauche latino-amĂ©ricaine, ce qui serait lĂ©gitime, mais par la rue. Il y a une participation Ă  la subversion contre le Venezuela d’une large part des pays d’AmĂ©rique latine, par peur, mais Ă©galement par l’addition des errements de la gauche latino-amĂ©ricaine et du chavisme lui-mĂŞme. La vague occidentaliste actuelle en AmĂ©rique latine trouve ici un point de fixation qui fait oublier une absence de rĂ©sultats concrets (Colombie, et encore plus les dĂ©buts de la nouvelle administration brĂ©silienne).

Soverain : Les États-Unis et la Chine mènent une guerre commerciale ayant fait baisser leurs exportations respectives en 2018 après une hausse notable en 2017 comparé aux dix dernières années. En cause, le reproche fait par l’administration Trump de l’excédent commercial excessif que dégage Pékin dans leurs échanges bilatéraux, le transfert forcé de technologies, le vol de propriété intellectuelle et le piratage informatique. Des entretiens se sont déroulés entre les délégations des deux protagonistes dans la capitale chinoise, ceux-ci pourraient-ils permettre de résoudre leurs différends ?

Pierre-Yves Rougeyron : Il est normal que les pays se dĂ©fendent contre une politique commerciale agressive. Il est Ă  noter que, rapportĂ©e au nombre d’habitants, les Allemands constituent une menace commerciale pour les autres pays onze fois plus importante (excĂ©dent commercial / population) que la Chine. Les Chinois sont un peuple commerçant depuis des millĂ©naires. Il n’y aucune raison que les Ă©changes ne continuent pas, mais dans un esprit nouveau qui ne soit pas un esprit de conquĂŞte et de guerre Ă©conomique, mais d’Ă©changes Ă©quilibrĂ©s dans l’esprit de la Charte de La Havane. Nous sommes au dĂ©but de ce protectionnisme intelligent qui a pour but de ne pas faire imploser nos sociĂ©tĂ©s, ce qui n’est ni le but ni l’intĂ©rĂŞt de nos partenaires commerciaux, et particulièrement de la Chine. Il a dĂ©jĂ  un effet positif en attendant de rĂ©duire les dĂ©ficits qui est de permettre de nouvelles recettes Ă  l’État fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain, lequel va pouvoir les rĂ©injecter dans son appareil productif. En ce sens, la première action du prĂ©sident Trump a Ă©tĂ© de transformer un dĂ©ficit commercial qui Ă©tait une perte sèche en perte relative. Il va devoir transformer l’essai pour maintenir les savoir-faire, ce qui est le grand dĂ©fi, et de permettre Ă  l’AmĂ©rique de rester un des bureaux d’Ă©tudes du monde et de ne pas laisser ce rĂ´le uniquement Ă  la Chine.

Soverain : Vous venez de publier aux éditions Perspectives Libres un ouvrage collectif intitulé Pourquoi combattre. Pouvez-vous nous en dire quelques mots et avez-vous un gros projet pour cette nouvelle année ?

Pierre-Yves Rougeyron : Pour les dix ans du Cercle, nous avons publié avec 50 auteurs un manuel de culture générale souverainiste (1000 pages) qui est une sorte de manuel du militant, de base bibliographique pour la nouvelle génération. Nous travaillons sur différents projets pour la rentrée, cette année étant pleine de changements pour mon équipe ou pour moi-même.

Soverain : Ne voyez-vous pas dans le traité d’Aix-la-Chapelle une sorte de Plan B en cas de dissolution de l’Union européenne et de l’euro ?

Pierre-Yves Rougeyron : En effet, il s’agit coĂ»te que coĂ»te de dissoudre la France, d’une manière ou d’une autre, en espĂ©rant, en Ă©change, que l’Allemagne veille Ă  maintenir les structures europĂ©ennes en consentant Ă  rendre une partie de l’argent volĂ© aux pays du Sud et Ă  la France (ce que mĂŞme les instituts allemands reconnaissent) sous forme de revenus de transfert. Plus grave, il dĂ©montre la forfaiture de l’Ă©lite française qui n’arrive plus Ă  concevoir un avenir français et qui dĂ©teste tellement ce peuple trop remuant qu’il ne peut que s’aplatir contre l’Ă©tranger.

Soverain : De quels pays devrions-nous nous rapprocher et coopĂ©rer plus Ă©troitement pour mieux prĂ©parer les dĂ©cennies Ă  venir ? Sur quels critères ? Pensez-vous que l’UE ou des vestiges de celle-ci pourraient ĂŞtre utiles ?

Pierre-Yves Rougeyron : Cela dĂ©pend de la zone gĂ©ographique et de l’instant. Seuls comptent nos intĂ©rĂŞts. Un État, un peuple est ontologiquement seul. Nous devons d’abord penser Ă  une politique d’accumulation de puissance, en accord avec la nĂ©cessitĂ© d’un dĂ©veloppement recentrĂ© sur une logique de territoire conforme aux enjeux Ă©cologiques de notre siècle et qui sera le bras d’une diplomatie renouvelĂ©e autour de nouveaux axes : mer, francophonie, latinitĂ© et multipolaritĂ©. La multiplication des zones d’influence et le dĂ©clin relatif des grands impĂ©rialismes (amĂ©ricains et chinois) nous aidera. Je ne vois pas dans les institutions europĂ©ennes ce qui devrait survivre. Peut-ĂŞtre gardera-t-on le Conseil de l’Europe qui sera rĂ©duit Ă  une utilitĂ© symbolique et qui devra le rester car c’est dans le monde et avec le monde qu’il faut agir. L’avenir de l’Europe est inscrit dans ses courbes dĂ©mographiques, nous n’avons pas Ă  suivre une cordĂ©e qui tombe.

Soverain : Doit-on garder des liens avec l’intĂ©gralitĂ© des pays de la francophonie ou est-il nĂ©cessaire de couper les ponts avec certains d’entre eux ?

Pierre-Yves Rougeyron : Il faut redĂ©finir la vision que nous avons de la francophonie en y incluant des cercles concentriques. Ceux-ci doivent correspondre aux pays qui accepteront une stratĂ©gie de puissance commune francophone, ceux qui veulent utiliser les instances francophones dans des buts lĂ©gitimes de multilatĂ©ralisme commerciale et politique, et enfin ceux que  notre lâchetĂ© a permis d’accepter dans les instances francophones (Rwanda de Kagame, Qatar). Il faudra moduler ces cercles selon les diffĂ©rentes modalitĂ©s (politique, Ă©conomique, culturelle et militaire) d’une stratĂ©gie partagĂ©e.

Soverain : Selon vous, le Royaume-Uni est-il un allié de circonstance pour contrer les velléités hégémoniques de l’Allemagne en Europe ?

Pierre-Yves Rougeyron : L’Angleterre a pu occasionnellement vouloir notre dĂ©faite, mais non notre mort. Elle est aujourd’hui notre alliĂ©e face Ă  l’Allemagne que son impĂ©rialisme n’a jamais quittĂ©. D’oĂą l’Ă©nième trahison d’Emmanuel Macron de s’acharner contre un alliĂ© au profit d’un ennemi.

Propos recueillis par Saad Houssein pour Soverain.

0 0 voter
Évaluation de l'article
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur telegram
Partager sur vk