Élections européennes : 5 leçons de l’équipe Obama pour sauver l’Europe

« Ce que les partis pro-UE pourraient apprendre en vue des grandes élections de l’année prochaine. »

Obama
Barack Obama célébrant sa victoire à Chicago en 2008. Jewel SAMAD/AFP via Getty Images

Note de Soverain : Les élections européennes approchent à grand pas, et chaque parti politique en lice peaufine ses plans. Mais quelles stratégies LREM pourrait mettre en place pour remporter ces élections alors même que la politique de Macron est critiquée dans toute l’UE et que de nombreuses promesses de campagne de l’ex-candidat ne verront jamais le jour, au grand dam de ses électeurs.

Article paru sur POLITICO, traduit par Soverain

PARIS – Avec l’élection du Parlement européen l’année prochaine qui s’annonce comme une épreuve de force entre les partis pro-UE et les eurosceptiques, la course à la victoire est ouverte aux deux camps.

Pour le camp pro-UE, une source d’inspiration possible tient au succès des campagnes présidentielle américaines de Barack Obama, qui a réussi par deux fois à obtenir des majorités pour des politiques libérales et tournées vers l’extérieur.

Au cours de l’année passée, le président français Emmanuel Macron s’est présenté comme le grand champion de l’UE et de la poursuite de l’intégration européenne. Mais les leçons tirées des campagnes d’Obama pourraient également s’appliquer à des groupes paneuropéens tels que le Parti populaire européen (PPE) de centre-droit (quoique, pas la partie dont le hongrois Viktor Orbán prendait la tête), les socialistes et démocrates de centre-gauche (PSE) et l’alliance libérale ALDE.

Tous ces groupes font face à un défi de taille lancé par les eurosceptiques qui surgissent au niveau national des pays membres. Depuis que les électeurs britanniques ont choisi de quitter l’UE en 2016, les partis à l’esprit nationaliste ont enregistré des progrès historiques en Allemagne, en Autriche et en Italie. Même en Suède, traditionnellement progressiste, les démocrates suédois anti-migration sont au coude-à-coude avec les partis traditionnels avant les élections générales de septembre.

Alors, que ferait Obama ? POLITICO s’est entretenu avec d’anciens élèves des deux campagnes réussies par l’ex-président pour savoir comment le plan de jeu d’Obama pourrait être appliqué aux élections européennes.

1. Ne pas tomber dans le piège de l’immigration.

Alors que la migration est devenue la question centrale de la politique européenne, cela ne signifie pas que les partis pro-UE devraient s’y focaliser, selon Marshall Ganz, conférencier à la Harvard Kennedy School qui fut le pionnier du modèle organisationnel de la campagne d’Obama en 2008. « La migration est un indicateur de quelque chose d’autre », a dit M. Ganz. Il a déclaré que les électeurs anti-migrants – dont beaucoup rencontrent rarement des immigrés – sont attirés par cette question parce qu’elle touche à des sentiments plus profonds d’insécurité et d’abandon. Par conséquent, les partis progressistes ne devraient pas supposer un déplacement vers la droite comme formule gagnante, a suggéré Ganz.

« Ce n’est pas que les valeurs qui animent la social-démocratie sont mortes, mais c’est qu’ils ont perdu tout contact avec ce qui pourrait être leur base », a-t-il dit.

2. Écouter sans préjugés

Pour s’attaquer à ces questions sous-jacentes, ne pas commencer par des recommandations politiques. « Commencez en mode écoute », a déclaré Lex Paulson, qui a dirigé les opérations au Connecticut pour la première campagne Obama et qui conseille le parti centriste de Macron, La République En Marche. Il a encouragé les autres politiciens pro-UE à suivre l’exemple d’une campagne de porte-à-porte menée en France par le parti de Macron, qui a recueilli 80 000 réponses à des sondages sur des sujets européens en avril et mai. Pour ceux qui ne pourraient pas monter une telle entreprise, Paulson a mentionné une autre possibilité : les consultations avec les citoyens – en ligne et en personne – menées par l’UE.

M. Paulson a déclaré que les données recueillies lors de ces exercices d’écoute sont utiles plus tard pour élaborer des messages et des politiques qui répondent aux préoccupations profondes des électeurs.

3. Stimuler les modérés

« Dans la plupart des pays, les dirigeants capables d’inspirer les gens du milieu modéré ont une occasion de créer d’importantes coalitions de soutien dès maintenant », a déclaré Michael Slaby, directeur de la technologie lors de la campagne 2008 d’Obama et directeur de l’innovation lors de sa réélection en 2012. Slaby estime qu’environ 60% des électeurs se trouvent détachés de l’un ou l’autre pôle idéologique et « sont plus ouverts aux idées, plus ouverts aux compromis et moins stratifiés dans leurs opinions ».

Le défi, a dit M. Slaby, est de faire en sorte que les électeurs soient sur la même longueur d’onde dans un paysage médiatique de plus en plus fragmenté. « Des électeurs divers vivent des élections tout à fait différentes », a-t-il dit.

Pour unifier ces électeurs, les dirigeants devraient leur apporter un message frais et inspirant qui transcende les querelles partisanes, disent les anciens combattants de la campagne de M. Obama. « Ce que vous avez vu dans les campagnes de M. Obama, en particulier celle de 2008, ce sont toutes sortes de nouveaux participants à la politique, inspirés par une conversation qui semblait différente de ce qu’ils avaient entendu toute leur vie », a dit M. Slaby.

M. Ganz, expert de l’organisation, a également souligné la nécessité d’un message puissant et global. « Il y a un récit sur l’Europe qui manque », a-t-il dit. « On ne contre-attaque pas avec des arguments sur le budget. »

4. Hausser les enjeux

Le problème : le taux de participation aux élections européennes est traditionnellement beaucoup plus faible comparé aux scrutins nationaux dans de nombreux pays de l’UE. La solution ? Présenter le vote de l’année prochaine comme un moment existentiel pour l’Europe.

Guillaume Liegey, volontaire français d’Obama en 2008, a déclaré que le parti de M. Macron gagnerait largement s’il pouvait reproduire le succès du dirigeant français à l’élection présidentielle de l’an dernier. « Si les électeurs de Macron au premier tour (de la présidentielle) votent, cela ferait d’En Marche le parti vainqueur de loin », a déclaré Liègey, qui gère maintenant une start-up parisienne prêchant une campagne de style Obama en Europe. M. Liegey a fait remarquer que faire de ces élections un évèvement important serait souvent à l’avantage des défenseurs de l’UE, en particulier dans des pays comme la France avec des majorités européistes sous-jacentes. Lors de la victoire d’Obama en 2008, le taux de participation a été le plus élevé en 40 ans – et Obama a obtenu 52,9 % des voix, soit la part la plus importante pour un démocrate depuis Lyndon B. Johnson en 1964.

Faire en sorte que l’élection européenne ait autant d’importance qu’une élection nationale est un défi de taille. Le taux de participation au premier tour de l’élection présidentielle française de l’année dernière était de 78 %. Lors des dernières élections européennes, en 2014, seuls 43 % des électeurs français y ont participé.

5. Mélanger les hautes et les basses technologies

Pour remporter le vote, Liègey a conseillé de faire confiance à la science. Il a déclaré que les campagnes devraient baser leurs budgets sur les résultats empiriques des expériences de campagnes aléatoires, et non sur un sentiment instinctif. « Les intuitions ne devraient pas guider les décisions de campagne, mais les données oui », a-t-il déclaré.

Et parfois, la science montre que les campagnes à l’ancienne ne peuvent pas être battues, surtout lorsque l’élection est généralement considérée comme sans importance. « La meilleure façon d’obtenir les suffrages, en particulier lors d’élections peu salutaires, est de frapper aux portes », a déclaré M. Liegey.

M. Liegey a souligné que la science des campagnes électorales n’était pas une solution magique, mais qu’elle avait produit de puissants résultats tant pour la campagne d’Obama que pour la victoire présidentielle surprise de M. Macron en 2017.

Cependant, certaines stratégies américaines réussies ne sont pas facilement transposables en Europe, a averti M. Slaby. « Beaucoup des stratégies que nous avons utilisées [dans la campagne d’Obama] sont liées au concept de contact individuel avec les électeurs », a-t-il dit. Il est beaucoup plus difficile d’adapter des messages individuels aux électeurs graĉe à des bases de données personnelles en Europe, où les lois sur la protection de la vie privée sont plus strictes.

Zachary Young

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