Crise Orbán au sein du PPE : état des lieux

Alors que les élections européennes approchent, la principale force politique du continent doit prendre la décision ou non d’expulser le Premier Ministre hongrois.

 

C’est une crise au sein du bloc de centre-droit de l’Europe qui atteint son paroxysme, moins de trois mois avant que le continent ne se rende aux urnes.

Les critiques du Premier Ministre hongrois Viktor Orbán semblent avoir recueilli suffisamment de soutien pour entamer une procédure d’expulsion de son parti Fidesz du Parti Populaire Européen (PPE), l’organisation parapluie qui est la principale force politique du continent.

Les tensions entre M. Orbán et les autres membres du PPE au sujet de l’État de droit en Hongrie se sont exacerbées après le lancement par son gouvernement d’une campagne contre l’approche de la Commission européenne en matière d’immigration, ciblant le président de la Commission Jean-Claude Juncker, un membre éminent du PPE.

Aujourd’hui, avec l’élection du Parlement européen qui se profile à l’horizon de fin mai, le PPE doit décider de maintenir le Fidesz dans ses rangs ou de le mettre à la porte, privant ainsi le bloc des 13 sièges attendus lors de la prochaine législature.

Faisons un résumé de la situation actuelle et de ce qui pourrait se produire par la suite.

Qui s’est prononcé contre Orbán ?

Les modérés suédois

Projection POLITICO pour les élections européennes de mai 2019 : 4 sièges sur 21 (actuellement: 3/20 sièges suédois au Parlement)

Les modérés suédois cherche ouvertement à obtenir un vote au sein du PPE sur l’expulsion du Fidesz, un porte-parole ayant confirmé à POLITICO vendredi qu’une lettre a été envoyée au Président du PPE Joseph Daul. Le chef du parti Ulf Kristersson a déclaré au journal Aftonbladet à la fin du mois dernier qu’«uil est évident que le Fidesz ne changera pas son attitude sur les valeurs fondamentales ».

Les Chrétiens-démocrates suédois

Projection POLITICO pour mai 2019 : 2 sièges sur 21 (actuellement: 1/20)

Les chrétiens-démocrates suédois ont envoyé une lettre à Daul le 27 février, déclarant que le Fidesz devait être expulsé. « La famille du PPE ne peut pas inclure des membres qui ne respectent pas pleinement les principes fondamentaux d’une démocratie libérale », a écrit le Secrétaire général du parti, Peter Kullgren.

Le Parti de la coalition nationale finlandais (Kokoomus)

Projection POLITICO pour mai 2019 : 3 sièges sur 14 (actuellement: 3/13)

Le 1er mars, le dirigeant de Kokoomus et le ministre finlandais des Finances Petteri Orpo ont envoyé une lettre à Daul demandant l’expulsion du Fidesz et l’inscription de la question à l’ordre du jour de la réunion du PPE du 20 mars.

« Il y a des raisons justifiées et sérieuses de conclure que Fidesz viole les valeurs et principes du PPE », a écrit Orpo. « Il a dépassé les lignes rouges et n’a pas respecté les engagements qui ont été pris d’un commun accord. »

Le Parti populaire chrétien-social luxembourgeois

Projection POLITICO pour mai 2019 : 3 sièges sur 6 (actuellement: 3/6)

Le parti de Jean-Claude Juncker est depuis longtemps l’un des critiques les plus bruyants du Fidesz d’Orbán. Le 28 février, avec deux partis belges, une lettre officielle a été envoyée à Daul pour demander l’expulsion du Fidesz du PPE.

Les Chrétiens-démocrates et flamands (CD&V)

Projection POLITICO pour mai 2019 : 2 sièges sur 21 (actuellement: 2/21)

Le parti s’est joint à ses collègues luxembourgeois et belges dans la lettre à Daul.

 

Le chef du CD&V Wouter Beke est l’un des trois chefs de parti qui ont signé la lettre à Daul

Le Centre démocrate humaniste wallon (cdH)

Projection POLITICO pour mai 2019 : 1 sièges sur 21 (actuellement: 1/21)

Le troisième membre du trio qui a envoyé la lettre à Daul.

Le CDS-Parti populaire portugais

Projection POLITICO pour mai 2019 : 2 sièges sur 21 (actuellement: 1/21)

Le parti a envoyé une lettre à Daul exigeant que le Fidesz soit suspendu pour être expulsé.

L’Appel démocrate-chrétien néerlandais (CDA)

Projection POLITICO pour mai 2019 : 2 sièges sur 29 (actuellement: 5/26)

Le parti a déclaré jeudi que son président avait dit à Daul qu’il doit y avoir une discussion sur la « position » du Fidesz au sein du groupe. « En raison des récentes évolutions, nous devons conclure que les discussions informelles avec Fidesz n’ont plus l’effet escompté », a déclaré Rutger Ploum, président du CDA.

La Nouvelle Démocratie grecque

Projection POLITICO pour mai 2019 : 10 sièges sur 21 (actuellement: 5/21)

Kyriakos Mitsotakis, dirigeant de la Nouvelle Démocratie, a déclaré qu’il enverrait lundi une lettre à Daul au sujet de la suspension du Fidesz.

Qui hésite encore?

L’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU) & l’Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU)

Projection POLITICO pour mai 2019 : 28 sièges sur 96 (actuellement: 34/96)

Les conservateurs au pouvoir en Allemagne sont maintenant les acteurs décisifs. Jusqu’à présent, leurs dirigeants ont réprimandé Orbán, mais ont affirmé qu’il était préférable de poursuivre le dialogue avec lui au sein du PPE. Mais cette position n’est pas figée dans le marbre.

Annegret-Kramp Karrenbauer, la nouvelle dirigeante de la CDU, a déclaré au Spiegel fin février que la CDU continuerait à discuter avec Fidesz, mais que « si, toutefois, une compréhension commune des objectifs du PPE ne peut plus être établie dans ce cadre, la chose n’aurait plus de sens et prendrait donc fin. C’est à la partie hongroise de prouver qu’elle se sent toujours membre du PPE. »

La CSU a toujours été proche d’Orbán mais semble perdre patience avec lui. Manfred Weber, leader du groupe PPE au Parlement et haut fonctionnaire de la CSU, a exigé vendredi qu’Orbán s’excuse pour sa campagne anti-Juncker et y mette fin.

Manfred Weber s’exprimant en plénière à Strasbourg

Le Parti populaire autrichien (ÖVP)

Projection POLITICO pour mai 2019 : 7 sièges sur 19 (actuellement: 5/18)

Le chancelier Sebastian Kurz, le dirigeant de l’ÖVP, a cherché à servir de pont entre les pays d’Europe occidentale, Orbán et d’autres dirigeants d’Europe centrale. Mais il a qualifié la dernière campagne du Fidesz d’« inacceptable ».

Le Fine Gael irlandais

Projection POLITICO pour mai 2019 : 4 sièges sur 13 (actuellement: 4/11)

Les pourparlers du Brexit étant en cours, le parti au pouvoir en Irlande tient à maintenir de bonnes relations avec tous les gouvernements de l’UE. Mais en privé, les politiciens du Fine Gael ont exprimé leur frustration à l’égard de la politique intérieure d’Orbán, en particulier lorsqu’il s’agit de l’État de droit.

« S’ils ne partent pas, on leur demandera peut-être, c’est peut-être ce que veut Orbán ! » c’est ce que Sean Kelly, chef de la délégation Fine Gael au Parlement européen, a déclaré à POLITICO à la fin du mois dernier.

Le Parti Nationaliste maltais

Projection POLITICO pour mai 2019 : 2 sièges sur 6 (actuellement: 3/6)

Bien que le parti n’ait pas pris officiellement position sur le Fidesz, un responsable du parti a déclaré à POLITICO qu’il était « plus susceptible de voter contre le Fidesz » si ses membres venaient à voter au sein du PPE.

Qui reste silencieux ?

Les dirigeants des Républicains de France, ainsi que ceux des membres du PPE de pays comme l’Espagne, l’Italie et les pays baltes ont globalement fait profil bas sur ce qu’il doit advenir du Fidesz.

Les membres d’Europe centrale du PPE, y compris la Plate-forme civique polonaise, n’ont pas encore fait de commentaires sur la manière dont ils voteraient.

Le président des Républicains, Laurent Wauquiez.

Quelle sera la prochaine étape ?

Selon les règles du PPE, une proposition d’exclusion d’un parti membre nécessite le soutien de sept autres partis membres de cinq pays différents ou de la présidence du PPE.

Si Daul confirme qu’il a reçu sept propositions, il devrait d’abord s’entretenir avec d’autres dirigeants du PPE. La direction prendrait alors probablement la décision d’inscrire la question du Fidesz à l’ordre du jour d’une réunion du parti, ce qui signifie que la question pourrait être discutée dès le 20 mars ou le 8 avril.

Le Fidesz aurait le droit de comparaître devant ses pairs et de se défendre.

Les membres de l’assemblée politique du PPE, qui est composée d’environ 260 représentants, pourraient alors voter sur l’expulsion de Fidesz, une décision qui requiert le soutien de la majorité des personnes présentes dans la salle.

Qu’en dit Orbán ?

Ni le Premier ministre hongrois ni son parti n’ont commenté les récentes mesures visant à expulser le Fidesz du PPE (un porte-parole du Fidesz n’ayant pas répondu aux multiples demandes de commentaires pour cet article). Mais M. Orbán a rejeté les critiques à l’encontre de sa campagne anti-Juncker, déclarant aux Hongrois lors d’une interview à la radio le mois dernier qu’il est de la responsabilité de son gouvernement de les informer des projets immigration de Bruxelles. Il a déclaré que Bruxelles est contrôlée par une « majorité pro-immigration ».

Jeudi, un porte-parole du gouvernement Orbán a rejeté point par point la réfutation de la campagne par la Commission européenne, affirmant que le document de la Commission ne faisait que confirmer le soutien de Bruxelles à l’immigration.

Lily Bayer

Source : Politico, traduit par XCN





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