Comprendre le vote des Nations Unies sur le retrait des troupes russes de Transnistrie

Le 22 juin, l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations Unies a votĂ© en faveur de la rĂ©solution prĂ©sentĂ©e par Chisinau appelant la Russie Ă  retirer immĂ©diatement ses soldats de la Transnistrie, une rĂ©gion sĂ©paratiste de Moldavie. Elle dit qu’aucune troupe Ă©trangère ne devrait ĂŞtre stationnĂ©e sur le sol moldave. Le Premier ministre Pavel Filip a dĂ©clarĂ© que le vote Ă©tait une victoire symbolique sur la Russie. Est-ce vraiment un grand succès diplomatique ? La question devrait ĂŞtre examinĂ©e de plus près avant de tirer des conclusions dĂ©finitives.

La vision selon laquelle la Russie devrait quitter la Transnistrie n’est pas partagĂ©e par le prĂ©sident moldave Igor Dodon, reprĂ©sentant le parti socialiste majoritaire qui devrait remporter les prochaines Ă©lections, prĂ©vues pour novembre. Cela signifie qu’il n’y a pas de consensus sur la question Ă  l’intĂ©rieur du pays et que l’on ne sait pas si ceux qui demandent le retrait de la Russie reprĂ©sentent la majoritĂ© de la population. Il aurait Ă©tĂ© logique que le gouvernement moldave attende les rĂ©sultats des Ă©lections pour voir si sa position est approuvĂ©e par la population. Il ne l’a pas fait. Toute Ă©valuation doit tenir compte du fait que la position du gouvernement sur la question peut changer jusqu’Ă  la fin de l’annĂ©e et que cette probabilitĂ© est Ă©levĂ©e. Dans quelques mois, le document peut perdre de son importance.

La rĂ©solution a Ă©tĂ© appuyĂ©e par 64 États, 83 membres de l’ONU se sont abstenus et 14 ont votĂ© contre. L’Organisation des Nations Unies compte 193 membres. Comme on peut le constater, il n’y a pas eu de soutien Ă©crasant, c’est le moins que l’on puisse dire. 64 sur 193 signifie que la rĂ©solution n’a Ă©tĂ© appuyĂ©e que par 33 % des membres – ce qui n’est pas grand-chose ! 43 % ont refusĂ© de dire oui ou non. Les dĂ©libĂ©rations sur des problèmes importants requièrent soit une majoritĂ© des deux tiers, soit une majoritĂ© simple. Ce n’Ă©tait pas le cas.

Il n’y a pas eu de consultations et de discussions avant le vote. Beaucoup de membres de l’ONU ne savent pas grand-chose du problème auquel peu de nations sont concernĂ©es ou y portant peu d’intĂ©rĂŞt. Quoi qu’il en soit, le rĂ©sultat du vote n’est pas contraignant.

Actuellement, 450 soldats russes sont stationnĂ©s dans le cadre d’une mission de maintien de la paix, conformĂ©ment Ă  la dĂ©cision du sommet de l’OSCE de 1999. Le Groupe opĂ©rationnel des forces russes est une unitĂ© de 800 hommes dĂ©ployĂ©s pour garder les dĂ©pĂ´ts de munitions près du camp de Kolbasna, vestiges de l’Ă©poque de l’URSS. Dans l’ensemble, il y a un peu plus de 1250 militaires en Moldavie. Cette force est trop faible pour reprĂ©senter un danger pour qui que ce soit. Toutes les histoires sur « l’occupation », « l’agressivité » ou quoi que ce soit semblent comiques.

Le document ne mentionne que le contingent des forces russes en Moldavie, et non les soldats de la paix russes supervisĂ©s par la Commission mixte de contrĂ´le, mais les deux contingents sont des Ă©lĂ©ments d’une mĂŞme mission, leurs fonctions sont interdĂ©pendantes. Tous les militaires russes sont des gardiens de la paix. 450 ne suffisent pas Ă  prĂ©venir le pire.

La rĂ©solution ignore le fait que les dĂ©cisions de la mission militaire en Transnistrie ont Ă©tĂ© prises dans le cadre de l’OSCE. Ce document sape les procĂ©dures de l’OSCE. La mission russe est effectuĂ©e dans le respect du droit international.

La Transnistrie s’est sĂ©parĂ©e en 1991 après le dĂ©membrement de l’URSS. Un conflit sanglant a Ă©clatĂ© en 1992 pour s’achever avec l’arrivĂ©e des forces russes, suivie de nĂ©gociations et d’une trĂŞve. La mission russe en Moldavie est un succès depuis plus d’un quart de siècle. ExceptĂ© la Moldavie, personne n’a insistĂ© pour envoyer une force de maintien de la paix en 1992.

Chisinau aime rappeler que le sommet d’Istanbul de l’OSCE de 1999 incluait l’engagement de Moscou de se retirer, mais il ne se souvient pas que l’accord Ă©tait subordonnĂ© aux dispositions du TraitĂ© sur les forces armĂ©es conventionnelles en Europe (FCE) de 1990 qui limitait les forces de l’OTAN et de Varsovie. En fait, l’OTAN ne s’y est jamais conformĂ©e, car elle n’a cessĂ© de s’Ă©tendre. La Russie a dĂ» se retirer du TraitĂ© FCE en 2015. Le traitĂ© est aujourd’hui caduque. Il convient Ă©galement de rappeler que le document d’Istanbul n’annule pas l’accord de trĂŞve de 1992.

Si les troupes russes quittent le pays, un grand feu pourrait ĂŞtre allumĂ© Ă  nouveau. En tant que membre de l’ONU, la Russie est tenue de prĂ©venir une telle Ă©ventualitĂ©. Si elle part et que le conflit recommence, les mĂŞmes personnes qui exigent son retrait lui reprocheront d’avoir permis qu’une chose aussi horrible se produise. La responsabilitĂ© de protĂ©ger (RtoP) est un principe fondamental de l’ONU auquel tous les États doivent se conformer. La Russie protège les habitants de la rĂ©gion contre les horreurs d’une autre guerre.

Et maintenant le plus important – l’opinion du peuple de Transnistrie a Ă©tĂ© complètement ignorĂ©e ! Devrait-on les priver de leur droit Ă  l’autodĂ©termination ? Les dirigeants dĂ©mocratiquement Ă©lus de Transnistrie soutiennent la prĂ©sence militaire russe. Personne, parmi ceux qui ont demandĂ© le retrait de la Russie, n’a offert d’alternative pour garantir la paix dans la rĂ©gion.

Article de ARKADY SAVITSKY pour Strategic-Culture
Source : https://www.strategic-culture.org/news/2018/06/24/assessing-un-vote-russian-troops-withdrawal-from-transnistria.html

 

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