Comment les États-Unis acquièrent des ennemis et se séparent de leurs amis

Pakistan : comment les États-Unis acquiert des ennemis et se séparent de leurs amis.
Alors que plusieurs nations dont le Pakistan et les États-Unis collaboraient dans l’Océan Indien, les États-Unis changent de politique vis-à-vis des premiers.

Article de Brian Cloughley paru sur Strategic Culture, traduit par Soverain

Il n’est guère surprenant que la marine pakistanaise ait retiré ses deux navires de guerre de la force opérationnelle navale multinationale (CTF-151), qui joue un rôle anti-piraterie dans l’ouest de l’océan Indien depuis 2009. La CTF-151 est l’une de ces associations internationales peu connues mais néanmoins importantes qui réussissent non seulement à atteindre leurs objectifs, mais aussi à établir et à resserrer des liens entre les nations de manière efficace. Par exemple, le commandement de la force opérationnelle est assuré à tour de rôle par les différents pays qui la compose (les officiers de la marine pakistanaise l’ont commandé cinq fois) et, au fil des ans, une grande confiance s’est établie entre les marines participantes (dont celles du Canada, du Danemark, de la France, du Japon, de la République de Corée, des Pays-Bas, du Pakistan, de Singapour, du Royaume-Uni et des États-Unis). L’un des aspects positifs de ce rassemblement était le ravitaillement gratuit des navires pakistanais par les États-Unis.

Mais plus maintenant.

La valeur de la roupie pakistanaise est tombée à son plus bas niveau historique, soit 134 roupies pour un dollar américain (elle était à 80, il y a dix ans), une situation très grave pour le nouveau gouvernement à Islamabad et pour le pays entier, car le coût du pétrole continue à augmenter et doit être payé en dollars US.

Malheureusement, « la facture des importations pétrolières du Pakistan a augmenté de près de 30,43 % sur un an pour atteindre 12,928 milliards de dollars de juillet 2017 à mai 2018 en raison de la hausse des prix mondiaux du pétrole brut et de la demande en produits pétroliers ». Le Pakistan subit alors le double contrecoup de la dévaluation et de la flambée du prix du pétrole.

Les États-Unis ont ainsi ordonné que les navires de guerre pakistanais de la Combined Task Force 151 ne soient plus approvisionnés gratuitement en pétrole américain, mais qu’ils en payent le prix.

Nul ne peut prétendre qu’il s’agit là d’une énorme somme d’argent pour le fonctionnement des navires de guerre. C’est probablement dans les environs de 2 millions de dollars par année. Mais là n’est pas la question. Le fait est que Washington a encore une fois pris le genre d’action mauvaise, malveillante, malveillante et rancunière, ce qui participe au fait que les États-Unis soient si détestés dans de nombreuses régions du monde.

Cette décision américaine contre le Pakistan avait été amorcée par un premier tweet de Trump en 2018, lorsqu’il avait déclaré au monde : « les États-Unis ont bêtement donné au Pakistan plus de 33 milliards de dollars d’aide au cours des 15 dernières années, et ils ne nous ont donné que mensonges et tromperies, considérant nos dirigeants comme des fous. Ils offrent un refuge sûr aux terroristes que nous chassons en Afghanistan, avec peu d’aide. C’est fini ! »

Il ignore le fait que, comme l’a souligné le ministre pakistanais de la Défense, « le Pakistan en tant qu’allié antiterroriste a donné le champ libre aux États-Unis : communications terrestres et aériennes, bases militaires et coopération en matière de renseignement qui ont décimé Al-Qaida ces 16 dernières années, mais ils ne nous ont donné qu’invectives et suspicions. Ils ignorent les refuges transfrontaliers de terroristes qui assassinent des Pakistanais. » Que depuis l’attaque américaine contre l’Afghanistan et l’expansion conséquente des groupes terroristes islamiques dans la région, le Pakistan ait subi 468 attentats-suicide à la bombe, au cours desquels 7 230 de ses citoyens ont été tués, ne signifie rien pour Washington. Avant 2001, il n’y avait eu qu’une seule attaque de ce genre, en 1995, par un Égyptien fou qui avait conduit un camion piégé dans les portes de l’ambassade d’Égypte.

Mais les États-Unis réduirent tout de même l’aide prévue pour le Pakistan, qui comprenait le ravitaillement en carburant des navires de la force opérationnelle navale 151, ce qui amena le Pakistan à les désengager. Tout ce que l’administration Trump a obtenu par ses insultes et ses actions punitives est l’aliénation des Pakistanais qui les soutenaient et la création d’un sentiment beaucoup plus anti-américain au Pakistan. C’est peut-être ce qui était prévu, si ce n’était pas le cas, ce serait une façon très étrange de se comporter.

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, s’est rendu en Chine le 8 octobre pour discuter des relations de la Corée du Nord et des États-Unis avec la Chine. Mais avant cette initiative diplomatique d’extrême importance, le 2 octobre, le vice-président Mike Pence avait prononcé un discours devant l’Institut Hudson dans lequel il critiquait et condamnait la Chine, déplorant que Pékin « s’ingère dans la démocratie américaine », via son commerce, ses militaires et sa diplomatie, pour renforcer son influence dans le monde. Cette déclaration n’a pas suscité les rires qu’elle aurait mérité, l’Institut Hudson ne riant pas avec ces choses-là. Mais la diatribe de Pence a envoyé un message sans équivoque à Pékin et a jeté les bases de la visite de Pompeo, qui fut, à juste titre, une catastrophe.

Pas étonnant que la réunion de Pompeo se soit enlisée et que la Chine considère Donald Trump comme un idiot tweetant.

Mais c’est allé plus loin que des critiques publiques et violentes envers la République populaire de Chine de la part du président et du vice-président des États-Unis, et quatre jours avant la visite de Pompeo, CNN rapportait, selon plusieurs responsables militaires américains de la défense que « la flotte du Pacifique de la marine américaine aurait élaboré une proposition classifiée pour mener une démonstration d’envergure mondiale, comme avertissement aux chinois, et pour prouver la capacité américaine à déterminer et contrer leurs actions militaires « . En d’autres termes, il y a eu une fuite délibérée d’informations vers CNN liés à des projets hautement confidentiels. Rien de nouveau, bien sûr, tout les grands médias américains étant dans les poches de la CIA, du Pentagone et d’autres agences condamnant avec véhémence ces dites fuites, à moins bien-sûr qu’ils ne le fassent eux-mêmes, ce qu’ils font en toute impunité. (Le Royaume-Uni fonctionne exactement de la même façon ; certains des éléments divulgués récemment par les services de renseignement mériteraient une longue peine d’emprisonnement si une affaire criminelle était portée devant les tribunaux).

Selon CNN : « Le plan suggère que les voiliers et les avions situés près des eaux territoriales chinoises, dans la mer de Chine méridionale et le détroit de Taïwan, se déplacent librement et démontrent ainsi le libre passage dans les eaux internationales. Avec cette proposition, les navires et aéronefs américains opéreraient à proximité des forces chinoises. Les officiels [dont a fui l’information] ont souligné qu’il n’y avait aucune intention de combattre les Chinois. »

Mais le Pentagone a-t-il demandé aux Chinois quelle serait leur réaction lorsqu’il se laissera aller à ces actes délibérément provocateurs ? Cette une approche classique vers la guerre.

Nous avons ici deux pays, l’ancien ami pakistanais et le potentiel ami chine, que les États-Unis, au plus haut point, ont délibérément et intégralement insultés et contrariés. Washington peut-il vraiment croire que l’un ou l’autre pourrait, d’une manière ou d’une autre, soutenir les États-Unis ou tout aspect de la politique internationale américaine dans un avenir proche avec Trump ?

Washington a insulté le Pakistan de la manière la plus pénible et inutilement malveillante qui soit, et s’est montré encore plus violent à l’égard de la Chine. Il se trouve que ces pays sont voisins et étroitement liés, économiquement et militairement. Ils pourraient être plus éloignés l’un de l’autre, religieusement ou politiquement, que cela n’aurait pas d’importance – et les États-Unis pourraient en tirer des leçons, car il n’est pas nécessaire d’être religieux pour réfléchir au Sermon sur la montagne dans lequel Jésus conseillait sagement aux êtres humains de « faire aux autres ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous ». (Et de similaires conseils sont donnés par le Coran et par Confucius.)

En insultant leurs dirigeants et en faisant de telles menaces, l’administration américaine incite les pays étrangers à reconsidérer leur attitude à coopérer avec eux. Ils se demandent s’il y a un réel intérêt à s’engager avec Trump. En ce moment, presque tout ce qu’il fait augmente son nombre d’ennemis et diminue celui de ses amis. Les politiques du Pentagone de retrait des aides financières aux alliés et de provocation militaire délibérée contre la Chine, la Russie, l’Iran et le Venezuela assurent la croissance des tensions à l’échelle mondiale.

Tout ceci est censé faire partie de la politique trumpienne « Make America Great Again », mais Washington et le peuple américain découvriront bientôt que les insultes et la confrontation les mèneront exactement à l’inverse.

Brian Cloughley





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