Chute de la livre sterling du fait d’une remise en question du leadership de Theresa May

 

Ce serait une modeste exagération de dire que la position de Premier Ministre de Theresa May est condamnée mais c’est en tout cas la direction prise, compte tenues des nouvelles accablantes sur la situation du PM britannique. Les scandales mis de côté, May semble chuter dans un fossé grandissant entre les parlementaires conservateurs qui poussent plus fortement en faveur d’un « hard Brexit » et ceux qui sont de plus en plus alarmés avec cette perspective et qui voudraient déséspéremment assurer un « soft Brexit »

Après que Theresa May a délivré son discours « désastreux » à Manchester, le 5 octobre 2017, la presse a spéculé sur le fait qu’une trentaine de parlementaires de son parti étaient préparés à signer une lettre de vote de défiance à l’encontre du Premier ministre. Depuis lors, nous avons vu la démission de deux de ses ministres en raison de différents scandales, alimentant les luttes au sein du parti et le manque d’amélioration sur les négociations du Brexit. Selon des articles du week-end dernier, ce nombre de rebelles du parti conservateur est monté à 40, laissant à Theresa May une marge de 8 voix pour que son leadership soit mis sur la sellette.

Sky News rapportait :

Quarante parlementaires conservateurs seraient en train de préparer une lettre de défiance à l’encontre de Theresa May qui serait tenue en « otage » par deux membres de son cabinet. La révélation dans le Sunday Times va ajouter de la pression sur le PM alors qu’elle entre dans une période cruciale de négociations sur le Brexit et qu’elle tente de stabiliser le navire après les démissions de deux ministres. Il manque seulement 8 voix pour déclencher une course à la direction des conservateurs selon les règles internes du parti. Des réactions mitigées de certains cadres importants du parti sont sorties. « Je n’ai pas entendu ça » a pu dire l’un d’eux à Sky News alors qu’un autre a dit que le nombre de 40 « semblait incorrect ». Mais d’autres ont pu dire que c’était « à peu près ce nombre » et que « c’est probablement de cet ordre ».

 

Un article dans The Independent cite un « parlementaire conservateur » :

« La patience arrive à ses limites et dans certains cas, elle est en train de céder »

Viens s’ajouter aux difficultés de May, une lettre « secrète » publiée dans la presse. Cette lettre a été écrite par deux de ses ministres les plus chevronnés (et controversés), indiquant la procédure à suivre pour un « hard » Brexit ». Le titre de la lettre : « Sortie de l’UE – Les prochaines étapes » et ironiquement adressée « pour vous (Mme May) et Gavin seulement », en référence au directeur de cabinet de May, Gavin Barwell. La lettre est qualifiée de « coup d’État doux » tenté par les ministres, dont la querelle (entre les deux) aurait facilité la nomination de May au poste de PM.

D’après The Independent :

Une lettre secrète de Boris Johnson et de Michael Gove donnant des instructions à Theresa May pour gérer un « hard » Brexit a émergé. Le memo demande au PM, qui semble incroyablement fragile après le départ de deux ministres de son cabinet en seulement deux semaines, « souligne sa détermination » pour quitter l’UE, d’après The Mail de dimanche. La lettre planifie aussi une date pour les arrangements de transiton entre l’UE et le Royaume-Uni pour le 30 juin 2021, au plus tard, d’après ce journal. M. Johnson et M. Gove auraient également exhorté le PM d’assurer une clarification des plans pour le Brexit de la part de son équipe et les ont appelés à « internaliser la logique ».

La lettre ayant fuité, apparaît comme une attaque voilée sur le Chancelier Philip Hammond, qui a soutenu le « bremain » et souhaite un Brexit plus « soft », pour un manque d’énergie suffisante dans la préparation de l’après Brexit. Une source du gouvernement a dit à The Mail que le ministère des Affaires étrangères et le ministère de l’environnement avaient conduit un « coup d’État mou » et décrit Theresa May comme leur « otage de Downing Street ».

Il est précisé : « Votre approche est gouvernée par un pragmatisme sensible. Cela n’affaiblit en aucune façon notre ambition d’être un pays complètement indépendant pour les prochaines élections. Si nous devons combattre ceux qui souhaitent entraver cette fin, il y a des moyens pour souligner votre détermination. Nous sommes profondément inquiets que le gouvernement – dans certaines mesures – ne prépare les modalités avec suffisamment d’énergie. Nous avons entendu que certains débattaient sur le fait de ne pas pouvoir commencer les négociations sur la base d’absence de tout accord (« no deal ») qui saperait nos oligations de « coopération sincère » avec l’UE. Si ces considérations sont prises au sérieux, cela nous mettrait en position de faiblesse en 2021. Nous voulons tous que vous poursuiviez votre agenda avec confiance et que le gouvernement articule ce qui suit… » La lettre suggère que les deux hommes ont mis de côté leurs différences de l’année dernière lors de la course à la direction du parti quand M. Johnson s’écarta de la course après l’entrée fracassante de M. Gove dans cette dernière.

Repérant une opportunité de capitaliser sur la position incroyablement faible de May au sein de son parti, le parti d’opposition a offert au PM de parvenir à un Brexit plus « soft.

D’après Bloomberg :

Le parti travailliste a accusé Theresa May de manquer de soutien au sein du parti conservateur pour qu’elle tienne ses promesses d’un Brexit qui protège les emplois, ceci venant ajouter de la pression sur le PM. Keir Starmer, le porte-parole travailliste du Brexit, a écrit à Theresa May lundi, en lui indiquant qu’il y avait une « majorité sensible » au Parlement pour sécuriser un accord de transition de deux ans après le Brexit. Cet accord autoriserait la Grande-Bretagne à rester au sein du marché unique de l’UE et de l’union douanière après 2019, le temps d’achever les négociations avec le bloc bruxellois. Il écrit que l’opposition à un tel accord émanait des conservateurs. « Depuis quelques semaines, il est devenu incroyablement clair que vous seule n’avez pas l’autorité de prononcer un accord de transition avec l’Europe et d’entreprendre les étapes nécessaires à la protection des emplois et de l’économie », a écrit Starmer dans la lettre, laquelle a été communiquée par son bureau. Il est peu probable que Theresa May accueille l’offre du parti travailliste, accentuant encore un peu plus la fragilité de sa position.

Comme si ce n’était pas assez, le débat sur la législation du Brexit – alias la loi de retrait de l’UE – reprend demain au Parlement. Le processus délibératoire sera extrêmement lent, prenant huit jours pour discuter de centaines d’amendements dont beaucoup provenant du propre parti de May qui essaye de maintenir des liens étroits avec l’UE.

La menace du leadership de May est retombée jusque dans les marchés, et a vu la libre sterling chuter de 1%, en-dessous de 1,3070 contre le dollar.


D’après Bloomberg, cité par des courtiers à Londres, les comptes à effet de levier (« leveraged accounts ») étaient en train de vendre très activement la livre sterling. Le rendement sur les obligations de 10 ans est tombé de 2 points pour atteindre 1,32 %. Le FTSE100 est monté de façon marginale comme les actifs de la livre sterling étaient en révision.

Hormis le fait que May offre un accord allégé à l’UE – et elle doit être tentée de le faire – nous serions surpris si le nombre de parlementaires conservateurs, prêts à signer une déclaration de défiance, ne se rapproche pas du seuil de 48 parlementaires à la fin du débat.

Traduction Soverain de ZeroHedge