Chasse aux souverainistes chez la France insoumise? – L’édito Rousseau #4

Mardi dernier, nous apprenions que deux figures du courant souverainiste insoumis, Djordje Kuzmanovic et François Cocq, étaient exclus de la liste FI aux européennes.

Le premier avait fait part de la nécessité, selon lui, de faire passer le combat social avant le combat féministe et LGBT (qu’il avait donné à titre d’exemple). Dommage, la France insoumise a préféré ne retenir que la moitié de la phrase pour justifier son exclusion.

« Le comité électoral a décidé de retirer Djordje Kuzmanovic de la liste, après qu’il ait publiquement réitéré des propos considérant comme secondaires les luttes féministes et LGBT, alors qu’elles font parties intégrantes de l’Avenir en Commun. »

Il saute aux yeux que ce choix de ne rapporter que la moitié des propos originaux, change toute la nature de la déclaration de Kuzmanovic. La voici d’ailleurs dans son intégralité (entretien pour le nouvel Obs) :

« Pour se distinguer de la droite, cette gauche [la social-démocratie] s’est concentrée sur des questions sociétales – le féminisme, les droits LGBT et les migrants – qui, d’ailleurs, ne sont pas spécifiquement « de gauche ». Bien sûr, ces sujets ne doivent pas être écartés, mais ils ne peuvent être séparés de ce qui doit être pour la gauche le cœur de son combat politique : la défense des classes populaires et la lutte contre le capital. »

La réaction de la France insoumise, par communiqué, était de contester le principe de hiérarchie évoqué par l’orateur national, (« elles [les luttes LGBT et féministes] font parties intégrantes de l’Avenir en Commun »). Ce propos, et cette réaction, sont révélateurs d’une lacune que la gauche a presque toujours eu; les formations politiques de gauche considèrent, en majorité, que tout le contenu de leur programme a la même importance. Pourtant, il est impossible de gouverner en agissant sur tous les sujets en même temps.

Chaque commission et hémicycle ne travaille que sur un texte simultanément, lui consacrant une période d’une à sept semaines, sans compter les navettes parlementaires entre l’Assemblée et le Sénat (qui multiplient parfois le temps de traitement d’un projet de loi par trois). On arrive ainsi à un maximum estimable à vingt-cinq textes législatifs en six mois, sur de programmes pouvant regrouper 100 à 200 engagements de campagne (parfois plus), auxquels s’ajoutent parfois des mesures non prévues dans le programme. Après, les ordonnances, décrets et utilisations de l’article 49.3 permettent de gagner du temps, mais ces méthodes sont contestées par une bonne partie de la gauche, notamment la France insoumise.

Voilà pourquoi la persistance qu’a une bonne partie de la gauche à ne pas hiérarchiser ses programmes, est une chose malsaine, avec les institutions actuelles. Et même si Mélenchon, en cas d’élection, est « le dernier président de la Cinquième République », il sera président de la Cinquième République. La priorisation du social par Djordje Kuzmanovic sur la cause féministe et LGBT est donc un choix pertinent, puisqu’il s’agit d’abord d’améliorer le niveau de vie de tous les Français, puis de perfectionner celui d’une communauté hélas trop peu reconnue. L’on passera également toutes les déformations des propos de l’ex-orateur national, allant jusqu’à le traiter d’homophobe et sexiste : d’une part, la France insoumise annonce l’état de remarques sexistes sans l’once d’une source ou justification, et d’autre part, Kuzmanovic propose toujours de défendre les causes LGBT et féministes. Ce n’est sûrement pas parce qu’il les met sur un second plan qu’il les abandonne, et encore moins qu’il y est opposé.

Le « mouvement citoyen » (termes par lesquels se définit l’association mélenchoniste), dans cette histoire, s’est donc contenté de relayer que son ancien cadre considère « comme secondaires les luttes féministes et LGBT », sans citer l’importance du social aux yeux du souverainiste. Cette déformation est responsable des extrapolations assimilant l’ancien militaire à un homophobe. Il s’agit là d’un comportement de parti politique aussi banal que ceux que la France insoumise dénonce, puisque le principe consiste à trouver des raisons pour pousser vers la sortie celui qui ne pense pas pareil, ou qui conteste le chef. Le chef précédemment cité étant ici Manuel Bompard, responsable de la liste et huissier des scrutins internes relatifs à celles-ci. Cela fait d’ailleurs beaucoup de pouvoirs dans la main du même homme, pour un parti qui défend le référendum d’initiative populaire, le vote blanc et une part de démocratie directe qu’ils n’ont pourtant pas osée s’appliquer en interne.

Suite à ce communiqué et son éviction, le français d’origine yougoslave a fait le choix de quitter le parti de gauche radicale, critiquant le manque de démocratie interne (brièvement mis en exergue ci-dessus) entre les mains d’un « petit groupe de nouveaux apparatchiks et bureaucrates, aux convictions mollement sociales-démocrates ». Vous pouvez retrouver l’annonce de son départ dans la tribune qui lui a été accordée par Marianne.

François Cocq a également été victime de ce même comportement politicien de la part de la FI, puisqu’il critiquait, lors d’interventions médiatiques, certains points précis de la stratégie du parti. Quant au groupe d’insoumis qui souhaitait organiser un débat, dans le 18ème arrondissement de Paris, sur « l’entrisme islamiste dans le mouvement syndical », ils ont été radiés du mouvement sans même que l’on leur ait adressé une explication, et sans que l’on ait cherché à leur en demander. C’est malin, on ne saura donc jamais s’ils s’agissait d’une légère prise de recul ou d’une grande dérive. La partisanerie a définitivement l’air de primer sur le fond dans cette frange de la gauche, comme dans bien d’autres franges dans le clivage gauche-droite et en dehors.

 

Olivier Rousseau.

 

Crédits photo : RT France.

Je m’intéresse notamment à la politique française, mais aime parfois m’évader vers des sujets sociétaux ou internationaux. Hors du clivage gauche-droite, mais ceux qui veulent m’y coincer de force devront me définir comme étant de gauche patriote. Rédige également pour www.infopremiere.fr


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