Brexit : l’UE s’effrondera-t-elle quoi qu’il arrive ?

Article paru sur TruePublica, traduit par Soverain

Par TruePublica : Il est impossible pour quiconque qui consulte, même occasionnellement, les nouvelles, d’ignorer à quel point le monde a radicalement changé au cours des dix dernières années. L’épicentre de l’effondrement de l’ordre mondial que nous avons tous connu était la crise financière mondiale. Elle a littéralement ébranlé les fondations du monde occidental et les institutions qui l’ont soutenu – et aujourd’hui, elles s’effondrent une à une. L’Union européenne en fera-t-elle partie alors que ses propres menaces existentielles continuent de s’accroître?


Brexit & effondrement de l'UE
L’UE s’effondrera-t-elle ? Et si oui, comment ?

On sait maintenant que les systèmes politiques comme la démocratie font défaut dans le monde entier à un degré plus ou moins important et, tout à coup, beaucoup d’entre nous ont commencé à s’interroger sur un monde sans ces structures que nous tenions tant pour acquises. Malheureusement, d’autres ont adopté cette nouvelle fragilité trouvée avec plus d’empressement que les autres et avec des conséquences effrayantes.

Il n’est donc pas surprenant que la dernière décennie ait été analysée comme une période définie par les dysfonctionnements systémiques et les changements politiques. Alors que nous entrons dans la prochaine décennie, ces dysfonctionnements caractériseront l’élan d’une décennie de perturbations et il est certain qu’une région de changement sera l’Union européenne.

Il est inutile de rechercher des informations dans cet article issus des médias mainstream, simples chiffons de haine, tels Daily Mail, Express, The Telegraph ou d’autres… Nous avons examiné de nombreux articles, périodiques et de prédictions – et depuis quelque temps, dans l’environnement financier et géopolitique, beaucoup croient de plus en plus que les perspectives de l’Union européenne sont au mieux « difficiles », mais probablement plus sombres.

En mars 2017, TruePublica a publié une prédiction de l’avenir proche dans « New World Disorder » – un article qui considère qu’il y a eu des changements substantiels dans certaines des institutions et des systèmes politiques, normalement stables, du monde entier. Quant à l’UE, nous avons écrit :

Avec le récent résultat du référendum britannique sur l’UE est venue l’idée que le système du continent fondé sur des règles avait échoué. Le mécontentement croissant s’accumule à un rythme imparable, au grand dam de l’élite dirigeante. Un État fédéralisé imaginé par l’Amérique et remis à l’Allemagne avec l’intention de détruire les identités nationales, les frontières et les droits souverains se transforment lentement en un cauchemar alors que le bloc des 28 pays entre dans ce que l’on ne peut décrire que comme une phase de désintégration. Entre-temps, l’UE a l’intention de commettre une erreur que les Britanniques regretteront et se plieront.

En ce moment même, l’UE est unie dans cette approche et la Grande-Bretagne se prépare effectivement à s’agenouiller. Toutefois, la vérité sur l’avenir de l’UE ne dépend pas seulement de la Grande-Bretagne, ses propres perspectives semblent bien pires que ne l’avaient prédit certains des plus pessimistes.

Un document qui a fait l’objet d’une fuite dans le quotidien allemand Der Spiegel l’année dernière a révélé que le ministère allemand de la Défense a présenté ce qu’il considérait comme son pire scénario pour l’année 2040. Ils y prédisent cela : « L’élargissement de l’UE a été largement abandonné et un plus grand nombre d’États ont quitté la communauté… Le monde de plus en plus désordonné, parfois chaotique et sujet aux conflits, a radicalement changé l’environnement sécuritaire ».

Der Spiegel a poursuivi ainsi : « Les journalistes auxquels le document a été divulgué ont omis de donner des détails sur ce que l’Allemagne prévoit de faire au sujet de l’effondrement et de la fragmentation possible de l’UE ».

Le fait même que ce document existe est le signe d’une tension accrue dans le système mondial, en particulier au sein de l’UE. Ce qui est alarmant dans le rapport, c’est que même ce scénario est déjà considéré comme « trop optimiste ». La conviction de l’establishment allemand est claire : l’UE ne survivra tout simplement pas.

Il y a tout juste un mois, Politico.eu a rapporté que le ministre français de l’économie Bruno Le Maire disait que l’Europe était dans « un état de décomposition, elle s’effondre sous nos yeux ». Et, typique du thème général de l’article, Le Maire précise : « Les pays membres se referment sur eux-mêmes, essayant de trouver des solutions nationales. » Depuis lors, plusieurs réunions ont eu lieu entre les ministres des finances français et allemand et la réalité est qu’ils (et donc leurs gouvernements) ne sont pas d’accord. En fait, les propositions de Macron ont été rejetées catégoriquement, non seulement par l’élite politique allemande, mais aussi par l’électorat.

Business Insider a rapporté en mai que l’investisseur milliardaire George Soros avait déclaré publiquement que l’Europe était au milieu d’une « crise existentielle » et qu’elle courrait un risque réel de cesser d’exister telle que nous la connaissions encore.

Soros soutient en effet que certains membres du bloc se sont tellement éloignés des objectifs fondateurs de l’UE qu’elle ne peut plus se maintenir dans son état actuel. « Il ne sert plus à rien d’ignorer la réalité qu’un certain nombre de pays membres de l’Union européenne ont explicitement rejeté l’objectif de l’UE d’une ‘union sans cesse plus étroite’. »

Et Soros, comme tant d’autres, prédit la fracture de l’Europe, mais pas nécessairement un effondrement. « Au lieu d’une Europe à plusieurs vitesses, l’objectif devrait être une ‘Europe à plusieurs voies’ qui permette aux États membres une plus grande variété de choix. Cela aurait un effet bénéfique d’une grande portée. » Depuis ses affirmations en mai dernier, il y a à peine trois mois, le projet de l’UE a encore décliné à mesure que le populisme, le protectionnisme et l’isolationnisme se sont répandus dans un plus grand nombre d’États membres de l’UE.

La London School of Economics a récemment publié un article au sujet de la politique et de la stratégie européenne. Leur point de vue est similaire à celui de nombreuses prévisions économiques. Il conclut que des sorties partielles des différents États membres saperait l’UE de l’intérieur. Plutôt que de connaître un effondrement soudain, l’UE sombrerait lentement dans l’oubli.

L’UE pourrait plutôt souffrir d’un lent déclin dû à des « sorties partielles » de certains aspects de l’intégration européenne. Dans le meilleur des cas, il se peut que l’UE continue à boiter dans les années à venir, mais que de nombreux membres l’acceptent à contrecœur comme l’option la moins désagréable.

Geopolitical Futures est une organisation qui suit le cours du système géopolitique international et elle a prédit avec précision la crise dans l’UE, le déclin économique de la Chine et la réapparition de la Russie. Leur point de vue est celui d’une érosion continue de l’ensemble du projet de l’UE.

Pratiquement aucun pays ne sera épargné par la montée des tensions sociales, politiques, culturelles et économiques sur l’ensemble du continent (européen). Mais sous cette instabilité permanente se cache un développement peut-être plus préoccupant : L’Allemagne, soucieuse de la désintégration de l’UE et inquiète de la calamité économique que cela pourrait annoncer, devra travailler plus fort pour que le bloc reste uni.

Geopolitical Futures est d’avis que cela n’augure rien de bon pour l’UE. Elle souffre de multiples problèmes structurels que l’élite a fondamentalement échoué à reconnaître ou à traiter efficacement.

Le problème de l’Europe n’est plus principalement économique, c’est une crise de confiance. Les classes moyennes et inférieures européennes ont perdu confiance dans la capacité de l’élite à gérer efficacement l’économie et à comprendre les tensions culturelles qui sont apparues. De larges segments de la population seront désavantagés par les inégalités économiques, et l’UE ne pourra pas faire grand-chose à ce sujet.

En conséquence, Geopolitical Futures prévoit que la confiance, non seulement entre les citoyens, mais aussi entre les nations de l’UE, continuera de s’éroder et que les frictions entre eux seront inévitables.

« Ce que nous pouvons dire, c’est que notre prévision pour l’Europe est une prévision dans la continuité : les mouvements nationaux et régionaux continueront à dégrader les systèmes sociaux, politiques et économiques en Europe ». N’oubliez pas, cette prédiction ne concerne que cette année et a été jusqu’à présent exacte.

CapX surveille des milliers de sources d’information, de blogs, d’articles universitaires et de publications de groupes de réflexion pour trouver les principaux faits et tendances. Leur point de vue est tout aussi sombre.

Le point commun à toutes ces tentatives de réforme de la zone euro qui se sont enlisées est la réticence des autorités nationales à rechercher des solutions véritablement européennes. En pratique, cela signifie que si une nouvelle crise survient, il n’y aura pas de réponse européenne commune. Les différents pays de la zone euro seront en grande partie laissés à eux-mêmes, tandis que les dirigeants de l’UE, comme lors de la dernière crise, chercheront à prendre des décisions en grande partie à leur convenance. La question est maintenant de savoir combien de temps les dirigeants de la zone euro pourront s’en tirer à bon compte. Et la réponse est peut-être pour très peu de temps. Une étude des perspectives suggère qu’il est tout à fait possible d’identifier les déclencheurs de ce qui pourrait rapidement devenir un effondrement de la zone euro et de l’UE au sens large.

Cette « étude » considère que certaines choses sont en effet prévisibles et inévitables et CapX affirme que les menaces mises en évidence sont assez larges mais identifiées actuellement comme suit : le déclin de l’économie chinoise, la menace croissante de guerres commerciales, l’endettement bancaire actuel et la dette souveraine. N’importe lequel de ces problèmes structurels pourrait mener à une récession majeure. Cette fois, cependant, l’UE ne serait pas en mesure de résister à ce choc économique. CapX, spécialiste financier mondial, pense que l’euro va faire chuter l’Europe. Et conclut : « Le Brexit n’était qu’une simple note de bas de page dans une période beaucoup plus fondamentale de bouleversements européens. Les négociateurs britanniques peuvent faire tout leur possible pour obtenir un accord et découvrir que l’entité avec laquelle ils l’ont fait n’existe bientôt plus ».

Enfin, il y a ceux qui ont physiquement soutenu le Brexit avec leur argent en se basant sur le fait que l’Union européenne n’allait pas survivre.

Jim Mellon s’est distingué parmi les investisseurs en 2016 en tant que bailleur de fonds public de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Et le président du groupe Burnbrae a prévu une autre rupture. M. Mellon prévoit que l’euro deviendra à l’avenir la victime d’une montée anti-establishment, ce qui entraînera l’éclatement de l’union monétaire au cours des cinq prochaines années.

« Le Brexit sera une manifestation secondaire des problèmes de l’Europe, qui deviennent de plus en plus évidents », a déclaré M. Mellon. « L’euro tel qu’il est actuellement n’est qu’un mécanisme très inapproprié – je donne à l’euro une durée de vie comprise entre un et cinq ans ».

À ce sujet, il y a de nombreuses preuves, opinions et prédictions quant à la disparition de l’UE. Le fait est que l’UE à 27 traverse effectivement des défis existentiels.

Cela a été rendu possible grâce aux thématiques communes qui provoquent des changements politiques partout.

L’échec du capitalisme néolibéral en Europe est la raison même pour laquelle nous avons Trump aux États-Unis, le Brexit et un quart des États membres de l’UE soutenant les populistes de droite. L’immigration et le terrorisme qu’elle importe est un grave sujet de préoccupation pour les citoyens de l’UE. Le corporatisme, la corruption, la stagnation économique, une monnaie condamnée, la menace d’une récession catastrophique sont autant de menaces sérieuses. Mais la plus grande menace, et de loin, c’est l’électorat lui-même, qui a prouvé à maintes reprises qu’il n’aimait pas le caractère antidémocratique de l’UE.

N’importe laquelle de ces menaces est existentielle et la probabilité que l’une d’entre elles se produise est effectivement très élevée, la Grande-Bretagne pourrait alors être bien placée pour profiter du désordre qui en découle !

Article paru sur TruePublica, traduit par Soverain


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