Le Brexit a la peau dure : les 7 types de sorties pour le Royaume-Uni

Theresa May agace de plus en plus outre-manche. Elle qui avait fait campagne pour le « Bremain » (comprenez, pour rester dans l’UE) en 2016 est en train de perdre les soutiens des conservateurs adeptes d’un Brexit dur mais aussi du soutien populaire qui, rappelons-le, a voté en faveur du Brexit et souhaite donc sortir de l’UE in fine.

Les Français sont un peu perdus par rapport à ce qu’il se passe au Royaume-Uni depuis plusieurs mois. Il faut dire que la presse mainstream française couvre les informations de manière assez scandaleuse, s’emparant de chaque couac pour pointer les effets (supposés) catastrophiques d’un pays quittant l’UE. La réalité est toute autre, les Britanniques ont voté pour quitter l’organisation de Bruxelles, et il serait impensable aujoud’hui pour eux de revenir sur cette décision historique. Certains soutiens au Bremain commencent d’ailleurs à changer leur position par rapport au Brexit. De plus en plus de citoyens britanniques sont furieux du comportement agressif, pour ne pas dire insultant de la Commission et des leçons de son président, Jean-Claude Juncker.

L’UE a fait le choix d’une stratégie de négociation agressive et sans concession. L’agressivité dans des négociations de tout type, qu’elles soient commerciales ou politiques, est tout à fait contre-productive et ainsi abouti à des effets diamétralement opposés à ceux qui étaient attendus en première instance. Jean-Claude Juncker l’a répété plusieurs fois, le Royaume-Uni « doit payer » des sommes considérables pour sa sortie du fait du calendrier budgetaire de l’UE qui est quinquénnal et se terminera en 2020 mais la Grande-Bretagne doit également compenser le manque à gagner abyssal (environ 10 milliards d’euros par an !) au budget de l’UE. C’est le nœud du problème aujourd’hui, l’argent, mettant les négociations dans l’impasse. Le Royaume-Uni doit payer pour sortir mais doit aussi « payer » pour l’affront fait à la construction européenne. C’est le message clairement délivré par les européistes. Ils veulent à tout prix éviter un effet domino en Europe, qui pourrait avoir des conséquences apocalyptiques, non pas pour les pays déserteurs cette fois-ci mais pour Bruxelles et l’UE elle-même.

Quant à la stratégie britannique, eh bien, c’est le flou. La presse a parlé de hard Brexit et de soft Brexit. Theresa May a fait le choix de la seconde option, rendant fou de rage Boris Johnson, le secrétaire aux Affaires étrangères qui souhaiterait faire du Royaume-Uni, un pays libre et souverain pour aboutir à un modèle de type « libre-échange total ». Afin de clarifier au maximum la situation actuelle, résumons les différents types de Brexit envisagés. Il en existe sept (du plus « soft » au plus « hard ») :

1 – Un arrangement de transition : le Brexit repoussé.

C’est la voie entreprise par Theresa May depuis son discours de Florence. Les modalités donneraient plus de temps au Royaume-Uni pour avoir un meilleur accord. Cependant, cette phase de transition ajoute deux ans au processus de sortie, compromettant une sortie effective du Royaume-Uni, une fois le délai écoulé. Le pays continuerait de payer encore pour 4 ou 5 ans, ce dont les Britanniques ne veulent plus.

2 – Un accès au marché unique : le modèle norvégien.

Les États-membres à l’Espace Economique Européen (EEE) participent au marché unique. Des harmonisations législatives sont effectives mais les Etats dans cette situation doivent contribuer au budget de l’UE, une part certes relative mais de facto, c’est un assouplissement de l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE.

3 – Un accès restreint au marché unique : le modèle suisse.

L’Association européenne de libre-échange (AELE) est une alternative à l’UE, les deux organisations ont d’ailleurs des accords entre elles. La Suisse, pays membre de l’AELE, bénéficie d’un accès au marché unique grâce à une série de traités bilatéraux. La Suisse a choisi ce modèle, a un accès limité (ce qui en soi pourrait être un point négatif pour le commerce britannique) ; les services financiers britanniques pourraient faire l’objet d’un traité bilatéral spécifique. L’inconvénient majeur est que la Suisse a adopté les « quatre libertés » et dans les faits a rejoint l’espace Schengen.

4 – Une union douanière : le modèle turc.

Les Etats-membres d’une telle union ne chargent pas les taxes sur l’import des produits négociés entre l’UE et l’Etat tiers. Un tarif commun est par ailleurs négocié. Seule la Turquie a ce type de profil. Les avantages sont certains : moins de bureaucratie et il n’y aurait pas de frontière « dure » entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande (objet de tensions certaines). Cependant, ce modèle ne couvre pas les services, les Etats-membres à une union douanière ne sont pas compétents pour négocier indépendamment des accords commerciaux.

5 – Un accord général de commerce : le modèle canadien.

Le CETA récemment signé entre l’UE et le Canada est un modèle à prendre en compte et une voie possible compte tenu de la flexibilité qu’un tel accord peut offrir. Le Royaume-Uni pourrait avoir accès au marché européen en signant un tel accord tout en restant libre de signer d’autres accords avec des pays tiers.

6 – Les règles de l’OMC : pas d’accord.

Sans accord avec l’UE, le Royaume-Uni redeviendrait un membre de l’OMC à part entière (l’UE a un siègle à l’OMC et parle au nom des 28), au même titre que les Etats-Unis, le Brésil ou encore la Russie. Le Royaume-Uni serait tout à fait libre pour négocier des accords commerciaux dans les limites (flexibles) des règles de l’OMC.

7 – Libre-échange total : le modèle singapourien.

Sans accord avec l’UE, le Royaume-Uni retourne aux règles de l’OMC puis baisse complètement ses droits de douane à l’import. Le pays devient ultra flexible sur le marché mondial, n’ayant aucune allégeance. Cependant, baisser ses droits de douane à l’import peut être asymétrique sur le marché mondial, ce qui engendrerait un démantelement de l’industrie manufacturière britannique.

Comme on l’a vu plus haut, l’impasse actuelle est dû au fait que l’UE demande au Royaume-Uni de payer certaines sommes considérables pour quitter l’Union. Les Britanniques jugent ces sommes extravagantes, l’UE campe sur ses positions. Nous sommes arrivés au moment critique dans le cycle des négociations, s’il y a un accord sur l’argent à payer, le Royaume-Uni et l’UE pourront passer à l’étape suivante : celle d’un nouvel accord commercial ou bien pas d’accord du tout.

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