Bal tragique chez les frexiters

Le camp du Frexit n’a aujourd’hui pas les moyens de se payer une division. Pourtant, c’est ce que choisissent d’entretenir les militants UPR et LP sur les réseaux sociaux. Si une maigre frange de ces deux appareils politiques accepteraient volontiers un dialogue, une entente ou une alliance, une partie significative des militants est lancée dans une croisade, maniant l’agressivité et l’animosité. La rivalité fraternelle étant souvent plus virulente lorsque les frères ou sœurs sont du même sang, l’exemple est ici édifiant.


Le camp du Frexit est aujourd’hui divisé entre l’Union Populaire Républicaine et Les Patriotes, lancés dans une lutte fratricide pour se partager le maigre gâteau électoral des frexiters.

Si l’Union Populaire Républicaine existe depuis le 25 mars 2007 comme aime à le rappeler François Asselineau (fondée le jour du 50e anniversaire du traité de Rome instituant la CECA), il faut souligner que le parti « du candidat du Frexit » a eu le mérite de défendre une position extrêmement claire et limpide lors de l’élection présidentielle de 2017, faisant campagne notamment contre les ambiguïtés de La France Insoumise et du Front National sur la question de l’Union européenne.

Depuis, le paysage politique français a été chambardé par l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. Le Front National s’est amputé de sa sensibilité sociale-souverainiste au départ de Florian Philippot, et cette amputation a également eu cours chez Jean-Luc Mélenchon, notamment avec l’expulsion oblique de François Coq et de Djordje Kuzmanovic, qui défendaient une position souverainiste sur la question de l’UE.

Malgré cette amputation, les deux intéressés ne se sont pas incorporés dans une formation politique proprement souverainiste. Il semblerait que l’Union Populaire Républicaine et Les Patriotes n’aient pas été suffisamment attractifs. En porte peut-être la responsabilité cette animosité de l’un envers l’autre. Les premiers martèlent qu’ils ont inventé le Frexit, ou qu’ils sont du moins arrivés les premiers sur ce créneau, tandis que les autres assènent le manque de conviction et de dimension politique aux premiers.

Sur Twitter, les exemples de prise de bec ne manquent pas entre les militants UPR et les militants LP. Ces derniers sont d’ailleurs assimilés à l’extrême droite par les premiers, qui de fait s’inscrivent dans la posture atlantiste de rejeter à l’extrême droite l’idée du Frexit.

Et oui, vous validez vous-mêmes par votre pratique l’arnaque que le système essaie de vendre depuis des années en refusant de vous allier ou de discuter avec LP sous couvert de son caractère extrémiste. À écouter Florian Philippot, il est difficile de lui trouver quoi que ce soit d’extrémiste puisque son discours est extrêmement similaire à celui du Président de l’UPR.

De l’autre côté, les militants Patriotes n’hésitent pas à reprocher à l’UPR son caractère sectaire, là aussi faisant le jeu du système qui s’est abattu sur François Asselineau en 2017 visant à le diaboliser. Ce n’est pas davantage malin. Par ailleurs en pratiquant cette politique de l’étiquette, vous contribuez chacun à accoler aux Frexiters l’image de sectaires extrémistes en plus de brûler toute chance d’alliance. Car un jour l’affront mutuel sera arrivé à un point où plus aucun dialogue ne sera possible.

Peut-être faut-il passer un paragraphe à démontrer à chacun le point de vue l’autre. Ce travail ne peut être fait que par une personne extérieure, ou une personne déconcertée par les deux appareils militants et ayant eu sa claque de voir s’écharper avec virulence des gens partageant un objectif commun.

Griefs retenus contre Florian Philippot et Les Patriotes :

L’ex-candidat sur la liste de Tibéri reproche à Florian Philippot d’être un arriviste sur la question du Frexit. Il est nécessaire de rappeler que Florian Philippot était déjà engagé auprès de JP Chevènement en 2002, qui portait déjà une critique acerbe de l’euro, et qu’il tenait un blog « Sortir de l’euro » bien avant que François Asselineau ne créé l’UPR.

Lui est aussi reprochée la simple création de son mouvement Les Patriotes. Mais si Florian Philippot a pris la peine de créer un mouvement (chose compliquée, coûteuse, risquée) ce n’est pas tant pour être sur le devant de la scène que parce qu’il estimait que l’UPR avait un problème. Un parti trop monopoliste sur la question du Frexit, et peut-être trop monothème en apparence ? Une base militante justement trop militante, pour lui qui a passé des années à défaire la base militante du Front National qui faisait passer le parti pour un parti d’énervés.

Peut-être n’avait-il pas envie de démilitantiser une nouvelle structure, ou de travestir encore une fois le fonctionnement d’un parti, lui qui en avait déjà beaucoup fait au Front. Il suffit de réfléchir au pourquoi pour sortir du simpliste jet d’anathème. C’est à la portée des membres de l’UPR, qui sont capables de réflexion et de sagesse.

Autre reproche fait à Les Patriotes, celui d’être d’extrême droite. Pourquoi Les Patriotes seraient-ils d’extrême droite ? Il est quand même plus facile d’entendre Laurent Wauquiez vociférer avec sauvagerie sur l’immigration et l’assistanat que Florian Philippot, et pourtant le premier n’est pas suspecté d’extrêmisme. De même, Florian Philippot n’est pas un conservateur, il défend au contraire une ligne progressiste et sociale, loin des canons idéologiques de l’extrême droite. Par ailleurs la sympathie des militants et sympathisants socialiste et LFI augmente chaque mois plus que la sympathie des gens du RN et de LR.

Enfin, LP n’ont pas volé l’idée du Frexit, qui n’a ni propriétaire ni locataire. Les idées ne se volent pas, elles se partagent et se propagent pour le plus grand bien de la France. Mieux vaut deux antennes d’émission du Frexit plutôt qu’une.

Griefs retenus contre François Asselineau et l’Union Populaire Républicaine :

De l’autre côté, car il ne s’agit pas de faire un éloge des Patriotes, le parti de l’ex-numéro 2 du Front National reproche plusieurs choses aussi à l’UPR. L’UPR serait un parti monothème ne parlant que du Frexit sans développer d’analyse autour. Cette critique est hors de propos et fait l’impasse sur les analyses de François Asselineau notamment en matière internationale, et les propositions qui accompagnent ces analyses. Notamment en matière de francophonie, où aucun candidat n’avait proposé autant de choses : création d’un Parlement de la francophonie à Paris pour débattre de la politique culturelle, aider au développement des États francophones avec les gains récupérés par la sortie de l’UE, la politique d’échanges d’élèves entre l’Outre-Mer et la métropole.

Mais le programme touche aussi à la baisse des coûts d’inscription à l’université, à la revalorisation des salaires des doctorants, à la question d’une aide spécifique aux jeunes agriculteurs, à la promotion de la permaculture ou à la majoration du SMIC. Bref, le programme de l’UPR est assez loin d’être monothème, seulement ses aspects ne sont que trop peu développés par François Asselineau, qui met peut-être trop en avant le Frexit sur le reste. Le Frexit est un moyen, et non une fin pour l’UPR. Mais il s’agirait de le mettre plus en avant.

Par ailleurs, Les Patriotes reprochent à l’UPR l’aspect sectaire du parti. Ce reproche sert les intérêts des médias ayant le Frexit en horreur, mais peut se justifier quant à l’attitude de certains militants UPR qui mêlent beaucoup trop l’affect à la politique. C’est ce que dénonce Simone Weil dans sa Note sur la suppression générale des partis politiques1, le fait que le parti devient plus important que l’idée de fond, pour laquelle il faut normalement se battre. Les militants de l’UPR devraient, pour ceux qui sont concernés, effectivement décoller leur affect de leur conviction politique. Car l’affect est le premier coup de fusil donné au sens critique et à la remise en question.

Pour apporter la contradiction à l’argument de la « secte », il faut préciser qu’il était inespéré pour les militants UPR de trouver un parti disant la vérité, développant des analyses pertinentes, et que l’espérance qu’ils devraient mettre dans le Frexit est investi dans l’appareil de l’UPR. À l’UPR n’appartient pas l’idée du Frexit, les idées n’ont pas de propriétaire et ne se volent pas : elles se partagent et se propagent pour le plus grand bien de la France.

En outre, la division sert les européistes et dessert la France, il est du rôle de chacun d’œuvrer au dialogue :

Il ne s’agit pas de faire un procès à charge ou à décharge des uns ou des autres, mais de défendre les deux points de vue pour que chacun comprenne dans quelle perspective se situe l’autre.

À moins que vous ne préfériez que le Frexit fasse 3% divisés en deux ad vitam æternam, vous êtes tous en capacité de comprendre l’enjeu : décoller de l’affect qui vous lie à votre formation politique, et renouer avec l’idée clé, l’essentiel. Charles de Gaulle a bien fait alliance avec les communistes pour mettre fin à l’occupation, mettant de côté l’affect, l’égo, les querelles d’appareil et les futilités qui ont aujourd’hui comme hier le vent en poupe chez les souverainistes.

Oui il y a deux camps pour le Frexit aujourd’hui dans le paysage politique français et oui, c’est désolant. Mais il faut traiter des réalités quand on fait de la politique (disait Charles De Gaulle), et les réalités ne se traitent pas en jetant des anathèmes, mais en ouvrant le dialogue.

J’invite tous les militants UPR et LP à formuler la demande auprès de leur Président d’ouvrir le dialogue, un dialogue cordial et loin des querelles de pie qui ont cours actuellement. Et j’invite chaque citoyen ayant en conscience l’impérieuse nécessité de sortir la France de l’Union européenne à lui-même engager le dialogue avec un militant de l’autre rive. Les uns et les autres ont un rôle à jouer dans l’avenir de la France, il faut que chacun en prenne pleinement conscience. Soit on refuse de voir la réalité et on reste sur des postures purement idéologiques et dogmatiques, soit on traite de la réalité et on ouvre un dialogue pouvant au moins déboucher sur une entente, si ce n’est une alliance.

Les français, ce sont eux qui font la France, ce sont eux qui sont responsables de la France de génération en génération. La France, c’est plus que les français du moment, elle vient de loin, elle est ce qu’elle est maintenant et elle a de l’avenir. Elle embrasse toutes les générations, y compris celles qui sont vivantes et qui en sont responsables. Et c’est ainsi que je considère dans leur ensemble les français et c’est ainsi que je souhaite que les français dans leur ensemble se considèrent eux-mêmes. Il y a à cet égard entre eux et pour cela une solidarité que je dis être nationale, et faute de laquelle la France risque de n’être pas ce qu’elle est, ce qu’elle est de tout temps, de ne plus jouer son rôle et de ne plus exister. – Charles de Gaulle.

À ces mots, j’appelle Les Patriotes et l’Union Populaire Républicaine au dialogue, à la solidarité, pour exaucer le souhait de Charles de Gaulle, celui de perpétuer la France aujourd’hui en danger, et pour réveiller la flamme de la Résistance, qui dans la division est une flemme de la Résistance plus qu’elle n’est une flamme. Que les uns et les autres n’essayent pas de m’attribuer une accointance particulière pour l’UPR ou pour LP. Je ne suis pas un militant appareillé, je suis pour la France et pour le Frexit.

 

Sébastien Rihani.

Références

1 Note sur la suppression générale des partis politiques

Programme de l’UPR pour l’élection présidentielle et législative de 2017

La Charte des Patriotes

Historien et juriste de formation, décodex ambulant qui décode même le décodex, je veux une République vraiment laïque et pas athée, je veux un peuple français souverain et indépendant en dehors de l’Union européenne et sorti de l’euro, je veux un Etat au service de l’intérêt général, et je veux une planète propre pour nous et pour nos héritiers. Horrible conformiste. Retrouvez-moi sur Twitter : GrandOeil.


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5 Commentaires

  1. Effectivement, il est dommage que les partisans du Frexit n’arrive pas à s’unir.
    FP a fait le premier pas, mais rien ne sera possible tant que FA prétendra avoir le monopole du Frexit.

  2. Contrairement à ce que ce, long, texte soutient, M. Asselineau a explicitement et publiquement déclaré dans un « entretient d’actualité, lors de la scission du F.N. avec le départ de M. Phélippot, que si ce dernier voulait adhérer à l’UPR en s’engageant à respecter programme et charte fondatrice, il y serait accueilli. C’est la non réponse à cette proposition claire qui a conduit à fermer la porte à cette solution. En effet si la démarche de M. Phélippot était sincère pourquoi devait-il la refuser ?
    Il est donc assez clair que l’ambition personnelle est le moteur de sa démarche, et dans ce cas il y a donc une incompatibilité radicale des vues de ce politicien avec l’essence de l’être UPR. Ce sans même aborder le sujet délicat des motifs réels qui auraient pu pousser M. Phélippot à venir au FN avec pour prétexte un thème, l’UE et la sortie, qui n’a jamais été celui du FN.
    Par ailleurs les critiques faites à la position actuelle de l’UPR et de son fondateur sur ce point traduisent le refus de regarder en face un fait qui pourtant crève les yeux. M. Phélippot a un accès toujours facile aux grands médias, sur tous les sujets. M. Asselineau et l’UPR sont interdits de paraître dans les mêmes médias, radios, télévision, sondages, enquêtes etc…., et ce sans la moindre faille depuis le premier tour des présidentielles de 2017. Alors, serait-ce que le « Système » sait que l’un est pour lui un vrai danger et l’autre un leurre ? Une réponse ?

    • 1. Un numéro 2 d’un parti au second tour des présidentielles, devrait rejoindre un autre parti qui ne fait même pas 1 % au premier tour ?

      2. Il avait accès aux grands médias du fait de sa position au FN.

      Oui, je peux comprendre votre frustration mais la légitimité politique dans une démocratie représentative vient des urnes et des urnes seules. On peut le regretter mais c’est ainsi. De plus, l’UPR est un parti. L’UPR a toujours dit qu’elle était ouverte à des unions alors pourquoi ne faîtes-vous aucune union alors que c’est du domaine du possible ? Au final, vous ne voulez pas d’union, vous voulez un ralliement à François Asselineau. Demande plus que compliquée car vous n’avez aucune légitimité sur le plan électoral (voir mon point 1.) et disproportionnée du fait de votre poids réel sur la scène politique française.

      Vous voyez plus gros que vous ne l’êtes !

      PS : je ne suis encarté dans aucun parti. Je suis juste pour que la France sorte de l’UE.
      PPS : la sortie de l’UE n’est pas exclusive à un parti politique en particulier. L’UPR n’a pas inventé l’idée du Frexit. Je suis pour une sortie mais je refuse de devoir rentrer dans un parti pour pouvoir « certifier » en quelque sorte cette idée politique.

  3. les patriotes sont complètement fake… rien que la reprise du mot « patriote » à leur compte, comme les « républicains » par exemple, est une honte et inadmissible.

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