Austérité et immigration de masse

Article paru sur The Automatic Earth, traduit par Soverain

Pourquoi la Grande-Bretagne a-t-elle voté oui lors du référendum du Brexit initié par Cameron ? Dans une large mesure pour protester contre les politiques qu’il a lui-même imposé. Pour beaucoup, cela reste un mystérieux « mécanisme », mais pas pour tous. Des gens comme Steve Bannon le comprennent très bien. En fait, l’austérité et les migrations massives poussent les électeurs à se tourner vers la droite politique. Et ce, même si elles sont initiées par la droite. Lorsque les conservateurs britanniques sous David Cameron et George Osborne ont commencé à démanteler une grande partie des institutions et de l’infrastructure du pays, ils savaient que leurs mesures d’austérité ne feraient que renforcer leur parti.

L’incompétence de Theresa May et de ses ministres sur le Brexit conduira, bientôt, à un contrecoup très puissant et, ensuite, Boris Johnson ou Jacob Rees-Mogg, bien loin à la droite de May, prendront le relais. Le parti travailliste de Corbyn n’a aucune chance. Le même schéma se répète partout, et personne ne sait comment l’arrêter. Comment pourraient-ils le faire s’ils ne le comprennent même pas ?

Pour la droite, c’est une situation imperdable, et elle n’est pas finie. C’est pourquoi Steve Bannon effectue une mission en Europe. Le choix est simple : un gouvernement de droite qui impose des mesures d’austérité sera récompensé par un plus grand nombre d’électeurs. S’ils laissent aussi entrer un grand nombre de migrants, encore plus de votes. Imperdable. Les flux migratoires en Europe sont soutenus par la droite, parce qu’ils savent que s’y opposer par la suite les maintiendra au pouvoir.

Dans les systèmes politiques tels que nous les connaissions, on pourrait s’attendre à ce que les gens se tournent vers la gauche plutôt que vers la droite, mais il n’y a plus de gauche à élire. Ce qui reste d’une gauche d’antan est devenu une partie indissociable d’un grand bloc informe au centre – ou même au centre-droit – de nos systèmes politiques. Ou peut-être devrions-nous dire : les systèmes tels que nous les connaissions autrefois. Voilà ce qu’il reste de la gauche, ce qui, dans la plupart des cas, est très peu. Dans de nombreux pays, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Allemagne, la France, l’Italie, les partis de gauche ont été presque tous éliminés, la « splendeur » passée mise à genoux.

L’Espagne est une exception, mais le Premier ministre de gauche Pablo Sanchez semble avoir décroché son poste principalement en jouant une bien meilleure partie d’échecs – ou de poker – que ses adversaires, en forçant Mariano Rajoy à quitter son poste. Mais attendez de voir ce qui se passera lorsque les réfugiés et les migrants commenceront à affluer pour de bon en Espagne, plutôt qu’en Grèce et en Italie. Ce processus a déjà commencé. L’Italie a fermé ses frontières, l’Espagne les a ouvertes. Cela conduira également à un gouvernement de droite à Madrid.

Ce n’est pas une question d’opinion. C’est simplement ce qui est en train de se passer. Lorsqu’il n’y a plus rien à faire pour mettre fin à l’austérité, sans même parler de limiter les flux migratoires, les gens se tourneront vers la seule alternative qui leur soit disponible. La droite. La même droite qui est plus que prête à amplifier les problèmes, qu’il s’agisse de l’immigration ou de l’augmentation du taux de pauvreté. Ils gagnent dans tout les cas.

En Allemagne, à gauche, le Parti social-démocrate (SPD) n’existe guère plus. Le centre-droit d’Angela Merkel, Reine d’Europe, a ouvert les portes de la nation et, comme vous le savez, les partis à sa droite ont commencé à grandir. Si je peux ajouter ici une petite opinion, je dirais que laisser entrer un million de migrants dans votre pays en un an, c’est chercher les problèmes. Les migrations doivent toujours se faire avec modération, en particulier lorsque la différence de richesse entre la population existante et les nouveaux arrivants est très importante. C’est différent en Turquie ou au Liban, où les disparités de richesse sont beaucoup plus faibles.

De plus, ces pays sont en grande partie musulmans, alors que permettre l’entrée dans votre pays à de nombreuses personnes dont les religions et la vision du monde sont complètement différentes est une toute autre affaire. Le Canada le fait, relativement, bien : les nouveaux arrivants sont d’abord canadiens, et ensuite musulmans ou syriens. Les pays européens n’ont jamais maîtrisé ce modèle ; c’est pourquoi ils ont des ghettos et d’autres problèmes du genre. L’immigration et l’assimilation doivent être les deux faces d’une même pièce, sans quoi vous n’avez pas d’immigration mais une invasion.

La droite peut faire ce qu’elle veut et continuer à gagner et à s’agrandir, tout en privatisant ce qui est prévu et en privant le public de tout ce qu’il possédait autrefois. Et ce même public votera de nouveau pour eux. C’est néolibéral et néoconservateur et personne ne peut l’expliquer, encore moins le combattre. Quand bien même quelqu’un s’y risquerait, une formidable propagande les attend dans les coulisses, et cela fait maintenant un moment. L’ancienne gauche ne dispose pas d’une telle machine. Le mieux qu’ils puissent faire, c’est de blâmer la Russie. Mais ce sont eux qui sont à blâmer, pas Moscou.

Donc, les gens votent contre leurs propres intérêts, et ce n’est même plus très difficile de les inciter à le faire. Tout ce que vous avez à faire est de les priver de toutes autres options. Une fois que l’aile gauche est intégrée au centre, que ce soit aux États-Unis ou dans l’un des nombreux pays européens, rien ne va plus (NDT : en français dans le texte). Les dés sont jetés.

La gauche doit se retourner contre le néolibéralisme, mais elle n’a pas d’économistes pour en justifier la raison, et pas de dirigeants comprenant l’économie. Ils sont donc devenus eux-mêmes néolibéraux. Ils sont tous coincés dans le modèle d’austérité, et aucun d’entre eux ne réalise à quel point il est néfaste de prendre un hachoir à viande dans une économie déjà en difficulté. Le peuple grec peut l’expliquer.

Les économies fonctionnent – ou pas – en raison de l’argent qui y circule. Vous pouvez couper une partie du gras en période de vaches maigres, mais vous ne pouvez tout de même pas couper les artères. L’austérité est mortelle pour une économie, mais l’ironie est que les gens votent pour ceux qui, en premier lieu, l’initient et, en second lieu, en promeuvent d’autant plus.

Je ne veux pas insérer ici une opinion politique, mais je pense que pour qu’une société et une économie fonctionnent correctement, il faut un équilibre entre la gauche et la droite, entre les riches et les pauvres, entre les propriétaires et les travailleurs. Nous sommes loin d’un tel équilibre, où que je regarde. Et comme je l’ai déjà dit, c’est pourquoi nous avons Trump.

Pour dévoiler ce qui était jusqu’à présent resté caché : tout ce qui se faisait sous couvert de la « gauche » n’était rien de plus que du néolibéralisme. Permettre à ceux qui ne sont pas d’accord avec vous de se forger une opinion et une identité, ce qui n’était pas nécessaire selon les néolibéraux Obama, Tony Blair ou Merkel. Je ne vois cependant rien de tout cela se produire, et cela signifie de nombreuses années supplémentaires de Trump et d’autres dominations de la droite.

Si la réponse à l’austérité est de voter pour plus d’austérité, quelle sera la réponse à l’effondrement des marchés boursiers et du logement ? J’en ai une petite idée. Et elle n’inclut ni Jeremy Corbyn, ni Bernie Sanders.

Raúl Ilargi Meijer


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