« Les Amoureux de la France », Renouveau ou échec programmé ?

A l’occasion de sa rentrée politique, Nicolas Dupont-Aignan (NDA) a dévoilé un projet qui lui tient à cœur : « Les Amoureux de la France », une plateforme participative invitant les Français à faire leurs propositions en vue de rédiger un programme commun à toutes les droites. La mise en ligne de cette plateforme est prévue pour le 25 octobre 2017, comme nous le rappelle inlassablement le compte à rebours présent sur le site. Ce projet peut-il considérablement changer le paysage politique français et enfin faire émerger un véritable parti d’opposition au Gouvernement européiste de Macron? Rien n’est moins sûr…

Pour réussir, nous devons relever deux défis : bâtir un programme commun à l’écoute des Français puis convaincre une large majorité d’électeurs de se rassembler pour reprendre leur destin en main.

Les Républicains, du moins ceux qui croient encore en l’indépendance de la France, ne gagneront pas seuls. Debout la France, malgré votre talent et votre énergie, ne gagnera pas seule. Le Front national ne gagnera pas seul.

L’objectif de NDA est clair : rassembler les sympathisants des Républicains, de Debout la France et du Front National sous une seule et unique bannière, afin de peser lors des prochaines élections. Première ombre au tableau, la sécession des « Patriotes » (créé par Florian Philippot) du Front National qui ne risque pas de faciliter le rapprochement des droites autour d’un programme commun. Deuxième obstacle, les Républicains scindés en deux depuis les élections législatives de juin 2017, avec d’un côté les « constructifs », ceux qui soutiennent le projet d’Emmanuel Macron, et de l’autre les Républicains en quête de leader englués dans leurs querelles internes.

D’ailleurs cet appel du pied de NDA aux Républicains surprend, étant donné que les Républicains sont profondément européistes et que leur programme présidentiel et législatif était autant voire plus libéral que celui que nous subissons actuellement sous la législature d’En Marche. Notons également la disparition de François Fillon de la scène politique et médiatique, lui qui martelait son amour de la France à chaque meeting. Compter sur la participation de LR pour porter l’indépendance de la France si chère à NDA sur le devant de la scène n’a donc aucun sens. Pour preuve, anecdote d’actualité symbolique, l’amendement déposé par la France Insoumise de Jean-luc Mélenchon pour retirer le drapeau de l’Union européenne de l’Assemblée Nationale n’a trouvé de soutien qu’au Front National, les députés LR étant restés bien discrets sur ce sujet là. Nous ne reviendrons pas non plus sur le triste épisode du référendum de 2005 sur le Traité Constitutionnel qui a été totalement occulté par Nicolas Sarkozy…

Se pose ensuite la question de l’homogénéité politique entre Debout La France (DLF), Les Patriotes (LP) et le Front National (FN). Lors des élections présidentielles, les partis de Nicolas Dupont-Aignan et de Marine Le Pen (dont faisait encore parti Florian Philippot) ont réussi à se mettre d’accord (du moins en façade) sur un projet commun. L’objectif était de créer l’élan nécessaire pour essayer de remporter cette élection présidentielle, que tous le monde savait au fond de lui perdue d’avance. Et effectivement, le résultat a été sans appel. Cette fusion n’a pas créé l’engouement attendu, et s’est soldé péniblement par 10 millions de voix (score non négligeable néanmoins), contre plus de 20 millions pour le candidat européiste (à noter également les 12 millions d’abstentionnistes et 4 millions de votes blancs ou nuls). Nous sommes tous d’accord sur le fait que ces élections nous laissent un goût amer : un rouleau compresseur médiatique en faveur d’Emmanuel Macron, un Front National qui agit comme un repoussoir pour une bonne partie de la population (et que les gouvernement successifs en place ont su manier avec brio pour leur propre intérêt), et un choix cornélien au second tour, qui a été vécu comme une souffrance pour beaucoup de nos concitoyens, notamment chez les électeurs de gauche.

Il est impossible d’évoquer l’indépendance de la France sans aborder sa maîtrise indispensable des domaines régaliens que sont la politique, la monnaie, la défense et la justice. Or, les programmes respectifs de Debout la France et du Front national divergent sur ces sujets fondamentaux. Et c’est là que l’on commence à aborder les sujets qui fâchent. En effet, aux présidentielles, les principaux points de désaccord entre DLF et le FN portaient sur l’avenir de la France dans l’UE et sur la question du retour à une monnaie nationale. Ce sont ces mêmes points de désaccord qui ont provoqués le départ de Philippot et la création de LP.

  • DLF souhaite l’indépendance de la France, tout en restant dans l’UE, en gardant l’euro, et en restant dans l’OTAN (bien qu’il souhaite sortir du commandement intégré).
  • Le FN souhaite sortir de l’UE (en sollicitant les Français par un référendum), mais a abandonné depuis peu l’idée d’un retour à une monnaie nationale, et tout comme DLF, souhaite rester dans l’OTAN hors du commandement intégré.
  • Ces tergiversations du FN sur ces questions pour plaire à un électorat toujours plus large aura fini par définitivement convaincre Florian Philippot de créer son propre parti pour défendre le Frexit « à la dure », à savoir la sortie de l’UE par l’article 50 du Traité sur l’Union Européenne (TUE), le retour à une monnaie nationale, et la sortie de l’Alliance Transatlantique. On jurerait que ce programme est un copié-collé du programme de l’Union Populaire Républicaine soutenu depuis 10 ans par François Asselineau, mais du moment que le projet défend l’indépendance de la France, la France avant tout. Encore faudrait-il que l’initiative de NDA et des Patriotes prenne connaissance de l’UPR, ce parti ultra présent sur la Toile, qui ne peut plus maintenant être laissé sur la touche, compte tenu de ses réseaux militants et de la candidature de François Asselineau à la dernière présidentielle.

Entre ceux qui veulent rester dans l’UE (les LR), ceux qui pensent pouvoir renégocier les traités (DLF et le FN), et ceux qui veulent un Frexit pur et simple (LP et UPR), la plateforme collaborative risque d’être un lieu d’échange plutôt houleux sur de nombreuses questions.

Malheureusement l’union ne viendra pas par le haut, par les appareils politiques attachés à leur survie. Trop d’ego, trop de ressentiment, trop d’arrière-pensées. La question du candidat qui fédérera les patriotes et les républicains en 2022 ne doit surtout pas se poser maintenant.

Trop attachés à leur survie? Ou simplement tellement endettés qu’aucune fusion politique n’est envisageable? Cependant NDA le reconnaît lui-même, aucun accord ne sera réalisé en haut-lieu d’ici les prochaines semaines/mois, chacun continuera son chemin de croix de son côté, le principal étant de proposer aux Français un lieu d’échange unique pour servir d’incubateur à idées pour un potentiel projet unique de droite. Néanmoins il l’avoue en demi-teinte, l’objectif final est quand même d’arriver à se mettre d’accord afin de pouvoir proposer un unique candidat de droite aux élections présidentielles de 2022, afin d’empêcher LREM de prétendre à un second mandat, qui avouons le serait dévastateur pour notre pays.

Mais peut-on encore parler de droite et de gauche à l’heure où l’indépendance de la France est mise à mal au quotidien dans tous les domaines et est en passe de disparaître tout simplement dans l’abysse européen? Cette plateforme à destination des Français de droite ferme de facto la porte aux sympathisants de gauche, notamment ceux de la France Insoumise qui représentent actuellement la seule opposition audible (ou du moins médiatisée) au gouvernement.

Elle ferme également la porte à d’autres partis comme le Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF) ou encore le Parti de la Démondialisation (PARDEM) qui défendent pleinement l’indépendance de la France en proposant toute une série de mesures que l’on retrouve aussi à droite. L’Union de la droite ou l’Union de la gauche ne sont pas une nouveauté, avec les résultats que l’on connait. La véritable nouveauté serait de créer une plateforme participative souverainiste, apolitique, avec pour seul but d’arriver à se mettre d’accord sur un programme -simplifié- afin de rendre à la France les moyens d’appliquer la politique de son choix, sans ingérence ou pression étrangère. C’est ce que souhaitait il y a quelques années Jean-Pierre Chevènement avec la fameuse « jointure des républicains des deux rives », mais qui n’a pas trouvé l’écho escompté, car notamment Jean-Luc Mélenchon refusait d’apparaître aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan…

Même si l’issue de cette consultation citoyenne ne fait pas de doute, elle a au moins le mérite d’exister et de faire avancer le débat. Nous ne pouvons qu’encourager les Français qui y participeront de ne pas tomber dans le piège d’un clivage partisan, et de mettre de côté leurs différends afin de rendre à la France les clés de son destin.

Site des Amoureux de la France