Alors que le feuilleton Brexit continue, l’UE sombre dans une crise

Note de Soverain : Alors que nos médias français profitent des quatre démissions au sein du gouvernement Britannique pour alerter sur le chaos que serait le Brexit et toute autre sortie de l’UE, il convient de rappeler ce qu’il adviendrait des nations qui y resteraient.


Article paru sur CapX, traduit par Soverain

Parmi tout le chaos entourant le Brexit, y compris les appels passionnés à ne pas quitter l’UE, souvenons-nous ce que signifierait le maintient dans le club de Bruxelles pour la Grande-Bretagne.

Six ans après sa flambée spectaculaire en Grèce, la crise de l’euro se propage dans de nombreux pays européens. Les taux de chômage élevés, en particulier chez les jeunes, et la croissance lente restent courants, en particulier dans les États membres méditerranéens, et ce, depuis une décennie (ou, comme le disent les cyniques, depuis sa création) que la Banque centrale européenne mène une politique monétaire extrêmement laxiste. Et si la plupart des autres pays se portent bien, quoique pas tant que ça, la prochaine crise est toujours à nos portes.

Bien que les membres de la zone euro discutent de la résolution de leurs problèmes depuis 2012, il ne s’est pas vraiment passé grand-chose depuis. En fait, si une nouvelle crise devait survenir, les mêmes problèmes réapparaîtraient probablement, mais à une échelle beaucoup plus importante.

Rien d’étonnant à ce que certaines personnes soient depuis devenues de plus en plus inquiètes face à cette inactivité, craignant qu’une nouvelle crise n’entraîne des perturbations majeures si la zone euro ne changeait pas fondamentalement. Pour un système plus stable, dit-on, plus d’intégration est nécessaire. De nombreuses idées ont été discutées, allant d’un ministre des finances et d’un budget pour la zone euro à un renforcement du mécanisme européen de stabilité (MES) et à une transition vers un Fonds monétaire européen.

La France et l’Allemagne se sont mises d’accord sur des réformes au cours de l’été. Dans ce qui est devenu la déclaration de Meseberg, les deux grands acteurs de la zone euro ont annoncé qu’ils travailleraient pour un budget commun au sein de la zone euro. Toutefois, la proposition était plutôt vague : des questions cruciales telles que le fait de savoir si ce budget serait autonome ou s’il ferait partie du budget global de l’UE, ou quel serait son montant, n’ont pas été abordées.

Comme toujours en ce qui concerne l’euro, il semble y avoir peu de volonté de mettre en œuvre réellement ces réformes. C’est particulièrement le cas en Allemagne, où le gouvernement affaibli ne veut pas prendre le risque de mettre encore plus en colère ses contribuables. Ce sont en effet les pays axés sur la stabilité qui devraient assumer le fardeau d’une plus grande intégration. C’était déjà le cas lors de la dernière crise de l’euro, lorsque les États appelés « PIIGS » [NDT : terme péjoratif désignant ces cinq pays à l’économie faible : Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne] ont dû être renfloués.

Mais les conséquences des réformes en cours de la zone euro seraient encore plus graves. Renforcer le mécanisme de stabilité, par exemple, signifierait que les États membres les plus riches versent encore plus d’argent dans un fonds qui serait principalement utilisé par les pays en détresse. La transformation du MES en un Fonds monétaire européen ne ferait qu’accroître le pouvoir de Bruxelles sans pour autant préciser la façon dont l’argent des États membres serait protégé. Prenons l’idée franco-allemande d’un Fonds européen de stabilisation contre le chômage : le financement du fonds coûterait 0,35 % du PIB à chaque État membre, soit 11,4 milliards d’euros supplémentaires pour l’Allemagne seulement.

Il n’est pas surprenant de constater que beaucoup de gens en Allemagne et dans les pays riches d’Europe du Nord, que l’on appelle « Ligue hanséatique 2.0 », ne soient pas très favorables à ces propositions. Ils le regretteront si la Grèce, l’Espagne ou même la France ont des problèmes. Le plus préoccupant, c’est l’Italie, qui travaille actuellement sur un budget particulièrement dépensier. Sa dette nationale représente 131,2 % du PIB, soit bien plus que les 60 % prévus par les règles budgétaires de l’UE.

C’est une situation si grave qu’elle pourrait éventuellement faire chuter l’euro. Les contribuables européens craignent à juste titre que le gouvernement italien présume des autres États membres qu’ils interviendront si leur économie tourne au vinaigre.

Malgré tous ces obstacles, Emmanuel Macron semble de plus en plus déterminé à poursuivre des réformes de la zone euro en profondeur. Cette semaine encore, le ministre français des Finances Bruno Le Maire a exhorté ses collègues à se préparer à « toujours plus d’intégration ». Dans le même élan, Le Maire a laissé tomber le masque fédéraliste en déclarant que l’Union européenne devrait devenir une « forme d’empire » – inutile de dire, « un empire pacifique » (comme si cela avait jamais existé). En plus de cette sombre formule, Le Maire a lancé un avertissement cinglant au reste de l’UE : « Soit nous obtenons un budget pour la zone euro, soit il n’y aura plus d’euro du tout.

Les propos de M. Le Maire exposent les contraintes qui pèsent sur les États membres : il a probablement raison de penser que le statu quo pourrait conduire à la chute de la monnaie unique. Mais en plaidant en faveur d’un plus grand partage des charges, d’une plus grande redistribution et d’un plus grand pouvoir à Bruxelles, les membres de la zone euro risquent un désastre encore plus grand.

Il vaudrait peut-être mieux, après tout, qu’il n’y ait tout simplement « pas d’euro du tout », option à laquelle Le Maire ne semble pas encore avoir songé. Comme beaucoup l’ont souligné à l’époque, l’euro était une mauvaise idée bien plus motivée par les ambitions fédéralistes de l’élite européenne que par une logique économique saine.

Un avenir différent est possible. Au lieu de pousser à une intégration financière toujours plus approfondie, tout en ignorant ses effets négatifs, l’UE devrait rouvrir la porte à la concurrence monétaire entre les États membres. Et au lieu de chercher constamment des moyens pour Bruxelles de renflouer les économies touchées par la crise, les gouvernements devraient être tenus responsables de leur propre imprudence. C’est certainement quelque chose que les contribuables du reste de l’Europe soutiendraient de bon cœur.

Kai Weiss


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