Afghanistan : la guerre qui déshonore l’Amérique

Les États-Unis sont toujours présent en Afghanistan
Les États-Unis sont présents en Afghanistan depuis 17 ans, et pour combien de temps encore ?

Article d’Eric S. Margolis, traduit par Soverain

Après 17 années sanglantes, la plus longue guerre de l’histoire des États-Unis se poursuit sans relâche en Afghanistan.

Là-bas, un peuple courageux et farouchement indépendant, les tribus montagnardes pachtounes, ont combattu toute la puissance de l’Empire américain jusqu’à un enlisement qui a coûté aux contribuables américains 4 000 milliards de dollars, et 2 371 morts et 20 320 soldats blessés. Personne ne sait combien d’Afghans sont morts. Le nombre est gardé secret.

Les Pachtounes membres de l’alliance des talibans et leurs alliés se battent pour chasser toutes les troupes étrangères d’Afghanistan et expulser le régime fantoche imposé et soutenu par l’Occident à Kaboul qui prétend être le gouvernement légitime de la nation. Retirez les troupes étrangères et le régime de Kaboul ne durera que quelques jours.

Tout cela sent la guerre du Vietnam. Les leçons si douloureusement apprises par l’Amérique dans ce conflit ont été complètement oubliées et les mêmes erreurs se sont répétées. Les mensonges et les paroles heureuses des politiciens, des généraux et des médias se poursuivent à un rythme soutenu.

Cette semaine, les Talibans ont occupé l’importante ville stratégique de Ghazni sur la route de Peshawar à Kaboul. Il a fallu trois jours et des attaques aériennes massives par des bombardiers lourds américains B-1, des hélicoptères Apache, des avions d’attaque au sol A-10 et de nombreux avions de guerre provenant des bases américaines afghanes, pakistanaises, qataries et de la 5e flotte américaine pour finalement repousser l’attaque des talibans. Les talibans ont également pris d’assaut des cibles militaires clés à Kaboul et dans les campagnes, tuant des centaines de soldats du gouvernement dans une sorte d’offensive du Tet [NDT : bataille de la guerre de Vietnam] afghan.

La police et les unités de l’armée afghane ont opposé une faible résistance ou se sont enfuies. Des parties de Ghazni ont été laissées en ruines. C’était un énorme embarras pour les généraux impériaux américains et leurs satrapes afghans qui prétendaient que « une étape décisive avait finalement été franchie en Afghanistan ».

Les efforts de l’administration Trump pour bombarder les talibans jusqu’à la soumission ont clairement échoué. Les commandants américains craignent d’utiliser leurs troupes terrestres au combat de peur de subir de graves pertes. Dans le même temps, les États-Unis sont à court de bombes.

Les routes sont maintenant si dangereuses pour les occupants que la plupart des déplacements doivent se faire par voie aérienne. On estime que les talibans contrôlent en permanence près de 50% de l’Afghanistan. Ce chiffre passerait à 100% si la puissance aérienne américaine n’était pas omniprésente. Les talibans règnent la nuit.

Les talibans ne sont pas et n’ont jamais été des « terroristes », comme l’a faussement prétendu la propagande de guerre de Washington. J’étais là lors de la création du mouvement – un groupe d’étudiants afghans religieux armés par le Pakistan dans le but de mettre fin au banditisme de l’après-guerre civile, au viol collectif des femmes et au combat contre les communistes afghans. Lorsque les talibans ont pris le pouvoir, ils ont éliminé 95% du commerce endémique de l’opium et de l’héroïne en Afghanistan. Après l’invasion américaine, alliée aux anciens communistes afghans et aux tribus tadjiks du nord, la production d’opium-héroïne a explosé pour atteindre des niveaux records. Aujourd’hui, l’Afghanistan occupé par les États-Unis est le plus grand producteur mondial d’opium, de morphine et d’héroïne.

Les autorités américaines occupantes affirment que la production de drogue est gérée par les talibans. C’est un autre gros mensonge. Les chefs de guerre afghans qui soutiennent le régime du président Ashraf Ghani contrôlent entièrement la production et l’exportation de drogues. L’armée et la police secrète reçoivent une grosse part. Sans cela, comment les camions remplis de drogue traverseraient-ils la frontière du Pakistan et de l’Asie centrale ?

Les États-Unis sont devenus par inadvertance l’un des principaux trafiquants de drogue au monde. C’est l’un des héritages les plus honteux de la guerre en Afghanistan. Mais seulement un parmis d’autres. Voir la plus grande puissance du monde bombarder et ravager la petite Afghanistan, nation si pauvre que certains de ses habitants n’ont pas les moyens de se payer des sandales, est un énorme déshonneur pour les Américains.

Les Pachtounes ont tout de même vaincu les invasions d’Alexandre le Grand, de Genghis Khan, de Tamerlan, des empereurs Moghols et du puissant Raj britannique. Il semblerait que les États-Unis cherchent à être les prochains au « Cimetière des Empires ».

Personne à Washington ne peut énoncer une bonne raison de poursuivre la guerre coloniale en Afghanistan. On entend parler des minerais, des droits des femmes et de la démocratie comme prétexte pour maintenir les forces américaines en Afghanistan.Tout ça n’a pas de sens. Une des raisons possibles est de nier l’influence sur l’Afghanistan, bien que les Chinois soient trop intelligents pour saisir cette tasse empoisonnée. Ils en ont plus qu’assez avec leurs musulmans ouïghours rebelles.

Il est intéressant de noter que les « camps d’entraînement terroristes » supposément trouvés en Afghanistan en 2001 étaient en fait des camps d’entraînement de guérilla gérés par les services de renseignement pakistanais pour former les rebelles cachemiris et les camps de la CIA pour les combattants ouïghours en exil de Chine.

Le canard [NDT: mensonge] selon lequel les États-Unis ont dû envahir l’Afghanistan pour s’en prendre à Oussama ben Laden, auteur présumé des attentats du 11 septembre, est faux. Les attaques ont été faites par des Saoudiens et montés à partir d’Hambourg et de Madrid, et non de l’Afghanistan. Je ne suis même pas sûr que Ben Laden était derrière les attaques.

Mon ami et journaliste Arnaud de Borchgrave a partagé mes doutes et a insisté sur le fait que le chef taliban Mullah Omar a offert la livraison de ben Laden au tribunal d’une nation musulmane pour prouver sa culpabilité ou son innocence.

Le président George Bush, surpris en train de dormir sur ses lauriers et humilié, devait trouver une cible facile pour se venger – et ce fut l’Afghanistan.

Eric S. Margolis, traduit par Soverain

Analyste et commentateur des affaires étrangères

Eric S. Margolis est un chroniqueur et auteur de livres primé et internationalement syndiqué. Ses articles ont paru dans le New York Times, l’International Herald Tribune, le Times of London, le Gulf Times, le Japan Times, le Wall Street Journal, le Khaleej Times, Lew Rockwell et d’autres sites d’information au Moyen-Orient et en Asie. Il est apparu en tant qu’expert en affaires étrangères sur CNN, BBC, ABC, France 2, France 24, Al Jazeera, CTV, CBC, CCTV China. Sa chronique Internet www.ericmargolis.com est consultée chaque semaine dans le monde entier. Il est l’auteur de deux livres à succès « War at the Top of the World – The Struggle for Afghanistan and Asia » et « American Raj, How the U.S. Rules the Mideast ». Vétéran de nombreux conflits au Moyen-Orient, Margolis a fait l’objet d’une apparition spéciale sur la chaîne britannique Sky News TV dans le rôle de « l’homme qui a raison » dans ses prédictions sur les risques et les enchevêtrements dangereux auxquels les États-Unis seraient confrontés en Irak. Il est membre de l’International Institute for Strategic Studies (Londres), du Explorers Club (New York) et du National Press Club (Washington, D.C.). Originaire de New York, il a une résidence à Toronto, mais passe une grande partie de son temps à voyager à travers le monde en affectation.

Partager cet article sur :

À l'attention de nos lecteurs:
  • Soverain a réalisé cette traduction d'article pour vous faire partager un point de vue bien souvent non abordé par nos médias francophones. Les propos tenus par l'auteur ne reflètent pas forcément la ligne éditoriale de Soverain; dès lors qu'un article traite un sujet de façon intéressante, cohérente et vérifiée, il a sa place sur notre site.
  • Tous les articles/auteurs ayant un parti-pris, nous attirons votre attention sur le fait, qu'ici comme ailleurs, vous devez faire preuve d'esprit critique, et croiser plusieurs sources d'informations pour vous faire un avis personnel sur un sujet/événement.
  • Cet article est soumis à la licence [Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International], vous pouvez donc le reproduire à des fins non commerciales.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *