Adoption de la résolution sur la mer d’Azov : Le Parlement européen s’en prend encore à la Russie

Article de Strategic-Culture, traduit par Soverain

Le Parlement européen (PE) a adopté une résolution appelant l’Union européenne (UE) à des sanctions plus sévères à l’encontre de la Russie, si la situation dans la mer d’Azov continue à se détériorer. Le document indique que le pont Kertch a été construit illégalement, c’est pourquoi le PE se félicite de la décision du Conseil d’imposer des mesures de rétorsion contre les entreprises impliquées dans sa construction. Il suggère la création d’un poste d’envoyé spécial pour la Crimée et la région du Donbass afin de suivre l’évolution des événements dans cette région. Et il met en garde contre les implications plus larges en matière de sécurité qui affectent directement l’UE. Elle exige que la Russie « mette immédiatement fin aux inspections intensives et discriminatoires des navires et envisage, si nécessaire, des contre-mesures appropriées ».

Auparavant, l’amiral Igor Voronchenko, commandant de la marine ukrainienne, avait menacé de recourir à la force contre la Russie alors que son service faisait venir de nouveaux navires dans le secteur. Le gouvernement ukrainien a annoncé le mois dernier qu’il y construirait une base navale.

L’UE a condamné la Russie pour avoir lancé un nouveau régime d’inspection des navires de charge en provenance ou à destination des ports ukrainiens de la mer d’Azov. Elle est également accusée de militariser la mer en augmentant le nombre de ses navires qui y sont déployés.

Le 3 octobre, le secrétaire général de l’OTAN, M. Jens Stoltenberg, s’est déclaré préoccupé par la situation dans la mer d’Azov lors d’une conférence de presse à Bruxelles. Le mois dernier, le représentant spécial du département d’État des États-Unis pour l’Ukraine, M. Kurt Volker, a déclaré que Washington était inquiet de l’évolution de la situation dans la mer d’Azov et était donc prêt à continuer à fournir des armes à l’Ukraine.

L’OTAN et l’Ukraine ont organisé une importante opération conjointe dans le cadre de l’OTAN du 10 au 19 octobre, baptisée Clear Sky, à laquelle l’US Air Force a largement participé. Il y a quelques jours à peine, il a été annoncé que le gouvernement américain envisageait le transfert des frégates de type Oliver Hazard Perry vers l’Ukraine. Cette décision va véritablement renforcer la puissance maritime de ce pays. L’Ukraine ne possède qu’un seul navire de guerre – la frégate Hetman Sahaidachnyi. Comme il est presque constamment en réparation, il part en mer rarement et seulement pour des déploiements de très courte durée, comme les exercices de l’OTAN, sans jamais s’éloigner de ses eaux territoriales.

La livraison de frégates relativement contemporaines dotées de systèmes d’armes et d’équipements sophistiqués représente un énorme bond en avant pour la marine ukrainienne. Les navires sont trop grands pour la mer d’Azov, mais ils pourraient opérer autour de son entrée. Bien sûr, les navires seront un facteur à prendre en compte dans la mer Noire. Dix navires de cette classe sont disponibles pour l’exportation. Ils peuvent être transférés dans le cadre du programme Excess Defense Articles du ministère de la Défense, qui permet de remettre les armes excédentaires aux pays amis. En septembre, les garde-côtes américains ont transféré deux navires de classe Island, armées de mitrailleuses de calibre.50 et de canons de 25 mm sur le pont. Les États-Unis font un pas après l’autre pour pousser Kiev vers l’affrontement. Alors que la campagne électorale en Ukraine bat son plein, Kiev est incitée à défier la Russie sur le plan militaire.

Les opérations navales de l’OTAN sont limitées par la Convention de Montreux de 1936. Les membres de la mer Noire n’ont pas beaucoup de bâtiments de surface, et les alliés qui ne sont pas de la mer Noire doivent assurer la rotation de leurs navires tous les 21 jours. C’est un problème qui peut être résolu par un petit tour de passe-passe, par exemple en faisant changer de pavillon les navires de guerre pour qu’ils arborent le pavillon de l’Ukraine. C’est ainsi que les frégates américaines Oliver H. Perry pourraient être basées en permanence dans la mer Noire. Tout accord international comporte une lacune. Les militaires russes sont des experts dans ce domaine. Ils savent parfaitement que les frégates fonctionneront sous contrôle américain.

Ce n’est pas tout. Une autre façon de contourner les dispositions de la Convention de Monteux est de signer un accord de concession portuaire avec un pays de la mer Noire. Cela déclenchera des procédures juridiques fondées sur le droit de la mer, ce qui donnera aux États-Unis l’occasion de faire réviser certaines clauses concernant leurs opérations navales. L’Ukraine est utile. L’armée américaine surveille les ports maritimes ukrainiens d’Odessa, Ilyichevsk, Tchernomorsk et Yuzhny. Elle utilise déjà l’usine d’Ochakov en Ukraine. Maintenant que les travaux de construction sont terminés, les navires américains pourraient y jeter l’ancre. La convention ne permet pas aux porte-avions d’entrer dans la mer Noire, mais l’Ukraine pourrait être transformée en un porte-avion insubmersible.

La résolution de l’UE semble vraiment sévère. Pourquoi une réaction aussi forte et pourquoi maintenant ? Parce que le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a contrarié les plans de l’OTAN qui prévoyait un exercice militaire provocateur dans la mer d’Azov. En raison d’un traité bilatéral signé par Kiev et Moscou, l’Ukraine ne sera pas en mesure d’accueillir les entraînements prévus dans la mer d’Azov sans le consentement de la Russie.

Le gouvernement ukrainien exacerbe les tensions parce que le président Petro Porochenko se présente pour être réélu en mars 2019 sur la base d’un programme de sécurité nationale. Cela le pousse à adopter une ligne plus dure à l’égard d’Azov. Fin mars, les gardes-frontières ukrainiens ont arrêté le navire de pêche Nord, battant pavillon russe et immatriculé en Crimée, et détenu illégalement son équipage. L’Ukraine viole un certain nombre d’accords internationaux. L’incident a déclenché une campagne de provocations. En août, le pétrolier russe Mekhanik Pogodin a été arrêté dans le port ukrainien de Kherson. À l’époque, le gouvernement russe a comparé cette décision aux activités des pirates somaliens.

Le gouvernement russe respecte pleinement ses engagements internationaux. L’Accord de 2003 entre la Fédération de Russie et l’Ukraine sur la coopération dans l’utilisation de la mer d’Azov et du détroit de Kertch ne prévoit pas de frontière précise. Il stipule que les parties jouissent du libre usage de cette masse d’eau et conviennent que la mer d’Azov et le détroit de Kertch sont les eaux intérieures de l’Ukraine et de la Russie. Aucune ligne de démarcation n’a même été tracée. Kiev estime qu’elle a le droit d’immobiliser tout navire à destination ou en provenance de Crimée sans son autorisation.

Quoi que fasse la Russie, c’est légal. S’il y a un problème, la Russie et l’Ukraine peuvent le résoudre par la négociation. Mais ni l’UE ni l’OTAN n’ont envisagé de jouer le rôle de médiateur pour promouvoir ce processus dans leur agenda. Ils pourraient facilement faire pression sur Kiev pour qu’elle entame des pourparlers avec Moscou, mais ils ne l’ont pas fait. Au lieu de cela, l’UE vote pour cette résolution provocatrice, l’OTAN exprime son soutien politique et les États-Unis envoient des navires de guerre et des armes. Ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour inciter Kiev à adopter une approche conflictuelle et à transformer la mer d’Azov en un point de rupture, avec une confrontation prévue à tout moment.

Alex Gorka

Co-fondateur, traducteur et rédacteur sur Soverain.
Sympathisant de l’Action Française pour son école de pensée, de Debout la France pour l’embryon de rassemblement transpartisan, et de l’Union populaire républicaine pour ses analyses sur l’Union européenne.
Milite pour un large rassemblement des patriotes au delà des partis pour rétablir la souveraineté de la France sur les traités supranationaux. Être de droite ou de gauche c’est déjà se priver d’une partie de ce qui fait la France.


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